"The Last Hillbilly" : les "péquenots" de l'Amérique profonde dans un documentaire sombre et poétique
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Pétri du sentiment de disparition et de mort, The Last Hillbilly est loin des clichés habituels sur les “ploucs” de l’Amérique profonde. Brian Ritchie, qui a inspiré le documentaire de Thomas Jenkoe et Diane-Sara Bouzgarrou, expose et pense son monde avec une lucidité et une mélancolie dérangeantes. Sur les écrans mercredi 9 juin.

Anthropologie

Né dans les monts Appalaches à l’Est du Kentucky, Brian Ritchie décrit sa vie de famille, une tribu dans un monde en déliquescence suite à la fermeture des mines de charbon. Paradoxe, ce descendant des génocidaires amérindiens du XIXe siècle, subit le même sort, non plus par la colonisation mais victime de l’empire économique. Le fond animiste des Amérindiens est remplacé ici par les préoccupations sociales, mais le rapport à la nature et le maintien des traditions leur est commun. Ce qui ferait des Hillbillies les derniers “sauvages” des Etats-Unis.

S’il ne vit pas dans un tipi, Brian Ritchie vit dans un ranch, qu’il améliore inlassablement avec les matières premières locales, comme le faisait ses ancêtres. Les matériaux se sont adaptés (préfabriqué, récupération, et surtout le bois local), mais la démarche reste la même. Tout comme la nécessité de la chasse, source ancestrale de nourriture l’”autochtone” justifie sa pérennité par la “tradition“. Un intérêt qui vaut bien “l’obsession pour les écrans” aujourd’hui, selon lui.

Le dernier des Mohicans

La religion à laquelle les reclus de l’Amérique profonde sont souvent identifiée, n’a pas sa place ici, les souvenirs religieux sont balayés de la main. “Ignares, racistes, consanguins, violents, électeurs de Trump… c’est vrai“, assume Brian Ritchie. Le film ne prend pas parti mais exprime son opinion vécue l’intérieur. Les paysages contemplatifs sont figés depuis le temps des explorateurs occidentaux. L’environnement intacte renvoie au respect des traditions, valeur conservatrice s’il en est chez les Hillbillies. C’est sa décadence et sa disparition aux yeux de Brian Ritchie dont rend compte le film.

Les enfants qui occupent le dernier tiers du film augurent pourtant encore de beaux jours aux Hillbillies, et pour le narrateur “tout ça, les portables, les tablettes, les groupes coréens… finira.” Son monde disparaîtra pourtant sans doute avant eux. Le thème de la mort hante tout le film, toujours avec une beauté cruelle. Ironie de l’histoire et du sort, cet héritier des colons génocidaires indiens,The Last Hillbilly (Le Dernier des Hillbillies), est un “dernier des Mohicans”.

La fiche

Genre : Documentaire
Réalisateurs : Thomas Jenkoe et Diane-Sara Bouzgarrou
Acteur : Brian Ritchie
Pays : France / Qatar
Durée : 1h20
Sortie : 9 juin 2021
Distributeur : New Story

Synopsis : Dans les monts des Appalaches, Kentucky de l’Est, les gens se sentent moins Américains qu’Appalachiens. Ces habitants de l’Amérique blanche rurale ont vécu le déclin économique de leur région. Aux États-Unis, on les appelle les ” hillbillies ” : bouseux, péquenauds des collines. The Last Hillbilly est le portrait d’une famille à travers les mots de l’un d’entre eux, témoin surprenant d’un monde en train de disparaître et dont il se fait le poète.

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