"Plan 75" : l'élimination programmée des personnes âgées dans un édifiant premier film de la Japonaise Chie Hayakawa
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Ce film d’anticipation de la Japonaise Chie Hayakawa interprète radicalement la tradition japonaise « Ubasute », le suicide des personnes âgées se sentant inutiles à la société, déjà abordée en 1983 par Shohei Imamura dans La balade de Narayama. Dans la sélection officielle du Festival de Cannes 2022 Un certain regard, Plan 75, sort en salles le 7 septembre. 

Le film s’ouvre sur un bain de sang qui rappelle le massacre de Sagamihara : 19 résidents d’un foyer pour handicapés assassinés sauvagement en 2016 par un jeune homme qui voulait débarrasser le Japon de ces personnes « inutiles ». La suite du film est beaucoup plus feutrée mais pas moins violente. Dans un futur proche, le gouvernement japonais décide de régler le problème du vieillissement de sa population en votant une loi autorisant l’élimination volontaire des seniors, jugés inutiles et considérés comme une charge pour la société.

Anciens ostracisés

Ce projet baptisé « Plan 75 », vendu comme un « droit à l’euthanasie », est basé sur le volontariat. Souvent en difficulté financière, isolés, avec de faibles revenus, les personnes âgées se laissent convaincre par des agents dépêchés aux quatre coins du pays pour recruter les candidats au suicide.

On leur propose de l’argent et un accompagnement logistique et humain pour mettre fin à leurs jours. Une personne les appelle régulièrement pour faire le point, échanger, jusqu’à la date fatidique.

On suit le destin de quatre protagonistes impliqués dans cet effarant plan. Michi travaille encore dans un hôtel malgré son grand âge mais elle finit par être contrainte de prendre sa retraite. Sans revenu, elle signe pour le Plan 75 mais s’attache peu à peu à la jeune femme qu’elle a en ligne régulièrement, et inversement.

Maria, une aide-soignante philippine a besoin d’argent pour faire soigner sa petite fille malade. Elle est embauchée pour travailler dans un de ces lugubres centres où se déroule de manière industrielle la mise en œuvre du plan 75. Iromu, irréprochable et efficace recruteur du Plan 75 est quant à lui confronté à un imprévu inattendu quand il se retrouve nez à nez avec son vieil oncle venu pour souscrire au Plan 75…

« PLAN 75 n’existe pas dans la réalité, mais tout ce qui est décrit dans le film existe »

réalisatrice de « Plan 75 »

Plus que l’euthanasie, c’est la place des personnes âgées dans la société japonaise qui est ici questionnée. Le film se concentre sur des êtres encore en vie, plus que sur la phase finale du plan. Le film montre comment les anciens sont ostracisés, isolés, et souvent plongés dans la misère, faute de pension de retraite, et comment la honte les empêche de réclamer l’aide sociale. Le film souligne la radicale efficacité de la société japonaise, avec des citoyens obéissants qui exécutent sans broncher ce projet morbide, au nom de l’intérêt collectif.    

Éveil des consciences

La réalisatrice filme sans concession mais avec une grande délicatesse cette vieillesse encombrante, les corps fatigués, la tristesse et la lassitude qui mangent les regards, mais aussi la gaieté et la vie qui continue à battre la mesure malgré l’avancée de l’âge, cette vitalité qui rend ce suicide obligé d’autant plus barbare.

C’est dans l’intimité des personnages, dans l’histoire personnelle des protagonistes, que se révèle l’humanité, autant du côté des victimes, que des exécutants du plan. Les consciences s’éveillent dès lors que les individus ne sont plus de simples numéros, mais des êtres singuliers, reconnaissables, car définis par autre chose que leur statut social, ou leur âge.

A travers ce film d’anticipation, c’est bien la dureté de la société japonaise d’aujourd’hui, basée comme dans tous les pays développés sur la rentabilité et le résultat, que dénonce la réalisatrice et la nécessité de conserver les liens, pour préserver l’humanité qui est en nous.

L’actrice Chieko Baisho, entourée par un chœur d’acteurs tous bouleversants, compose à merveille le personnage de Michi, cette vieille dame traversée par des vents contraires. Actrice et chanteuse légendaire, cette comédienne fut la star de la série Tora-San, comémorée pour son cinquantième anniversaire à la Maison de la Culture du Japon à Paris jusqu’en décembre.  

Ce bouleversant premier long-métrage à la réalisation parfaitement maîtrisée a reçu la Mention Spéciale Caméra d’Or au Festival de Cannes 2022.

La fiche

Genre : Science-fiction
Réalisatrice : Chie Hayakawa
Acteurs : Chieko Baisho, Yumi Kawai, Hayato Isomura
Durée : 1h52
Pays : Japon, France
Sortie : 7 septembre 2022
Distributeur : Eurozoom
Synopsis : Au Japon, dans un futur proche, le vieillissement de la population s’accélère. Le gouvernement estime qu’à partir d’un certain âge, les seniors deviennent une charge inutile pour la société et met en place le programme « Plan 75 », qui propose un accompagnement logistique et financier pour mettre fin à leurs jours. Une candidate au plan 75, Michi, un recruteur du gouvernement, Hiromu, et une jeune aide-soignante philippine, Maria, se retrouvent confrontés à un pacte mortifère.

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