Mort de Jean-Paul Belmondo : "Le public l'aimait comme son meilleur copain", dit l'écrivain Eric-Emmanuel Schmit
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Le public l’aimait comme son meilleur copain“, estime l’écrivain Eric-Emmanuel Schmitt lundi 6 septembre sur franceinfo, à propos de Jean-Paul Belmondo. Il lui a écrit la pièce de théâtre Frederick ou le Boulevard du Crime en 1998.

Vous avez écrit le rôle de Frederick Lemaître pour Jean-Paul Belmondo ?

Eric-Emmanuel Schmitt : Complétement. Deux ans avant j’avais fait une pièce avec Alain Delon. Donc ça m’a valu un coup de téléphone de Belmondo qui m’a dit “et moi ?”. Ils ont toujours fait le 100 mètres côte à côte. Il y avait une amitié et une rivalité qui était stimulante pour l’un et pour l’autre parce qu’il y avait beaucoup d’affection.

On s’est rencontré, je suis tombé sous son charme et on a fait cette pièce Frederik, autour de ce rôle de Frederick Lemaître, la première star du théâtre au 19e siècle.

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Il avait lui-même une collection d’objets de ce comédien. C’était une expérience incroyable parce que je l’appelais en lui disant que je ne pouvais pas écrire cette histoire si je n’ai pas au moins 15 personnages. Il m’a répondu : “écrit ce que tu veux, je suis là, je veille.” La production a accepté qu’il y ait autant de personnages. 

J’ai pu écrire la pièce de mes rêves, avec l’acteur de mes rêves.

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L’un de mes plus grands souvenirs, c’est de l’avoir vu jouer, mais surtout ce sont ses adieux, à la dernière représentation au théâtre Marigny. C’était en 1998, le public l’a applaudi pendant 20 minutes debout. On était tous en larmes. C’était le plus bel hommage qu’on pouvait rendre à ce comédien généreux. Le public l’aimait comme son meilleur copain. Il avait sur créer cette proximité avec les gens.

Ça électrisait d’avoir Belmondo sur scène ? 

Bien sûr, parce qu’il était généreux. Il se donnait à fond. Il était solaire, beau, bronzé, pour être le plus noir possible. Il diffusait ce bonheur d’être là, cet appétit de vivre.

Il y a des gens qui ne sont pas fait pour la mort. Depuis qu’on m’a annoncé qu’il était parti, je n’arrive pas à y croire

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Il y avait constamment du désir. Il aimait jouer, au cinéma, au théâtre, avec les femmes. J’ai rencontré un fils et un gamin. Il était le fils de son père, sculpteur, qu’il admirait tant. Il était aussi le fils des grands acteurs qui lui avaient donné envie de jouer : Pierre Brasseur, Jean Gabin, Michel Simon. Il montait sur scène comme un fils pour continuer leur art. Il était d’une modestie énorme. Étant persuadé d’avoir rencontré les meilleurs avant, il se donnait totalement à ce qu’il faisait, et aussi au public.

Il y avait cet esprit ludique, qu’il n’a pas perdu au fil des années ?

Tout à fait, il était prêt à prendre tous les risques, pour le plaisir du jeu. C’était comme si c’était toujours la première fois avec lui, il n’était ni indifférent ni blasé. Il savait vivre, se réjouir, accueillir le succès, à chaque fois il était surpris.

Il y a une tranquillité face à la caméra dans A Bout de souffle ?

Quand il disait une phrase, on ne se disait pas “tiens comment il fait”, mais on avait juste l’impression qu’il venait nous dire quelque chose, que ce n’était pas un texte. Il avait ce don des grands, de rendre tout naturel. Il avait cette alchimie.

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