Lacarrau vs. Bugier, le match des « 13 heures » de la semaine
TV 
  • Les premiers pas de Marie-Sophie Lacarrau sur TF1 ont été suivis lundi par 6,4 millions, lundi. Soit presque un téléspectateur sur deux devant sa TV à cet horaire.
  • Sur France 2, Julian Bugier a institué de nouveaux rendez-vous et un fil rouge vaccination a lié tous les JT de la semaine.

« Avec Julian, on a été collègues, on a présenté des émissions ensemble, on a partagé des 14-Juillet… Je n’ai pas envie qu’on nous installe comme des rivaux », déclarait Marie-Sophie Lacarrau à 20 Minutes le mois dernier. Même si les deux journalistes ne sont pas à couteaux tirés, difficile de ne pas évoquer le fait qu’ils sont en concurrence. Ce sont les nouvelles figures des 13 heures de
TF1 et
France 2. Elles ont pris leur poste lundi et 20 Minutes a suivi leurs journaux pour arbitrer ce match… amical ?

Les audiences

L’effet de curiosité a pleinement fonctionné pour Marie-Sophie Lacarrau. Ses premiers pas sur TF1 ont été suivis lundi par 6,4 millions de personnes soit 45,5 % de part d’audience. C’est-à-dire que près d’un téléspectateur sur deux présents devant son petit écran à ce moment-là a suivi son JT. Julian Bugier, lui, a été regardé par 3,4 millions de personnes (21 % de pda). Mardi, près de 3 millions de fidèles étaient au rendez-vous du journal de France 2 qui a vu sa part d’audience progresser à 21,8 %, tandis que la première chaîne constatait la stabilité de sa part d’audience avec 6,11 millions de curieux. Mercredi, avec une audience sensiblement identique à celle de la veille, Marie-Sophie Lacarrau réunissait toujours quelque 2,9 millions de personnes en plus que son principal concurrent.

Le ton

Sur TF1 : « Je ne vais pas dynamiter le 13 heures », avait prévenu Marie-Sophie Lacarrau dans les colonnes de 20 Minutes le mois dernier. La journaliste a pris ses marques tout en s’inscrivant dans l’héritage de
Jean-Pierre Pernaut. Lundi, elle a formulé le « vœu » de « tisser au plus vite » avec le public « le lien de complicité et de confiance » qu’avait pu établir son prédécesseur. Elle ne s’est pas pour autant risquée à réagir aux sujets diffusés en livrant ses coups de gueule comme Pernaut aimait à le faire. Elle a surtout misé sur la complicité avec les téléspectateurs et téléspectatrices, disant regretter de ne pas pouvoir voir un film bien au chaud au cinéma ou plaisantant sur la « sacrée chanson des marins du Vendée Globe » en rebond à une reprise de Derrière l’amour massacrée par un navigateur en fin de reportage. En résumé, un ton souriant.

Sur France 2 : « Miam miam la galette. » La désannonce de Julian Bugier après un sujet sur la tradition des galettes des rois est déjà devenu un mème (
un compte Twitter est même dédié à ces petits commentaires). Très à l’aise sur le plan de la présentation et des interviews en plateau, Julian Bugier force un peu le trait pour ce qui est de la proximité et de la connivence avec le téléspectateur. Très (trop ?) souriant, le présentateur prend parfois un air narquois dans ses commentaires. Il adopte une attitude positive et accentue les bonnes nouvelles, à l’inverse, il adopte un ton neutre, presque morne, pour les sujets les plus difficiles. On sent bien que Julian Bugier veut que l’on passe un bon moment avec lui.

La composition des journaux

Sur TF1 : Continuité avec Jean-Pierre Pernaut oblige, le 13 heures de Marie-Sophie Lacarrau reste très majoritairement tourné vers les régions. Lundi et mardi, le JT s’est ouvert par des reportages sur les chutes de neige, mercredi, c’est L’Epiphanie qui était à l’honneur… L’international doit se contenter d’une portion congrue. Lundi, la mort des militaires français au Mali a été traitée sous l’angle local, à Haguenau (Alsace), ville de leur régiment. Mardi, cinq minutes ont été consacrées à la situation sanitaire en Grande-Bretagne : un duplex avec la correspondante à Londres, un reportage à la gare du Nord au côté des passagers allant ou revenant d’Angleterre et une explication en plateau sur le variant du Covid. Le lancement de la campagne de vaccination en Belgique a aussi fait l’objet d’un sujet. Seule exception ô combien notable : l’édition de jeudi s’est ouverte sur les émeutes au Capitole de Washington envahi par des manifestants pro-Trump la veille. C’est une actualité « qui écrase toutes les autres », a déclaré Marie-Sophie Lacarrau, en soulignant, images à l’appui, que les quotidiens régionaux tels que Le Progrès ou L’Est républicain en ont fait leur Une du jour. Une manière de justifier cette entorse au prisme franco-français. Une dizaine de minutes a été consacrée à ces événements et à leurs potentielles conséquences. En dehors de cela, le menu de des quatre premiers journaux est resté très local, avec des gros plans sur les conséquences des confinements sur l’activité des restaurateurs, hôteliers, libraires, gérants de cinéma et autres commerçants. Et au bout de vingt minutes de journal, la journaliste a ouvert chaque jour la page du « 13 Heures des régions », avec des sujets plus magazines. Les spécialités boulangères des régions et le quotidien des montagnards ont été les fils rouges de la semaine.

Sur France 2 : Dès lundi, Julian Bugier a ouvert son 13 heures avec le fil rouge de sa semaine : la campagne de vaccination. Sans vouloir copier le JT de TF1 (quelle horreur !), le journaliste avait annoncé que son journal serait « proche des gens. » Cette intention nous a valu une démultiplication des reportages et des approches un peu partout en France. La première partie du journal est consacrée aux informations chaudes du moment, souvent en profondeur. Jeudi par exemple, les émeutes au Capitole, aux Etats-Unis occupent plus de douze minutes en ouverture de 13 heures. Mardi, une longue séquence, avec un duplex, est consacrée au reconfinement en Angleterre. Mercredi, Julian Bugier ouvre son sujet avec les licenciements chez Michelin et la situation économique de l’industrie automobile. Les sujets lourds ont donc une place de choix. Une revue de presse des Unes de la presse quotidienne régionale permet d’entrer dans la seconde partie du journal, intitulée 13 heures en France. C’est là qu’on découvre les nouveaux rendez-vous que Julian Bugier nous avait « promis » (il insiste beaucoup sur cette notion de « promesse » aux téléspectateurs). Beaucoup de sujets sur la consommation (avec le rendez-vous Derrière nos étiquettes) et l’innovation. Une école de jeux vidéo en Bourgogne, une start-up qui a créé un lave-vaisselle autonome… « En France, on a des idées » se félicite le présentateur tout sourire. Ces séquences sont longues et approfondies : plus de 5 minutes à chaque fois avec parfois une interview en retour plateau. Julian Bugier se lève de sa table pour mettre du dynamisme lors de cette seconde partie qui se clôt par le feuilleton de la semaine. Une série de cinq longs reportages sur un thème. Cette semaine, il s’agissait d’explorer les initiatives d’une ville de montagne qui a diversifié son offre touristique. Avec tout ça, on n’aura eu droit qu’à un seul sujet sur la météo et un seul fait divers en quatre jours.

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