"La nuit venue", premier long-métrage de Frédéric Farrucci : un polar moderne avec Guang Huo et Camélia Jordana
TV 

Paris, la nuit, très loin des images de carte postale, Jin (Guang Huo), un jeune immigré chinois, parcourt la capitale au volant d’une berline rutilante. Derrière son pare-brise, ce chauffeur de VTC voit défiler le bitume et les paysages : la porte de la Chapelle et ses tentes de réfugiés, les rues peuplées de fêtards à proximité des boîtes de nuit. Cet ancien DJ n’a qu’un rêve : claquer la portière et vivre de sa musique.

Mais il doit une importante somme d’argent au cruel Monsieur Xié, à la tête d’un réseau qui exploite des chauffeurs de VTC sans papiers comme Jin, qui ne se voit aucune porte de sortie. Jusqu’au jour où une jeune call-girl, Naomi (Camélia Jordana), monte dans sa voiture. Une passion naît entre ces deux écorchés de la vie. “Normalement, la reine du ratage de vie, c’est moi. Mais j’ai l’impression que tu te défends pas mal toi aussi“, lui lance-t-elle. Cette romance va redonner à Jin l’espoir de se libérer du joug de la mafia.

Avec La nuit venue, Frédéric Farrucci (Entre les lignes, L’offre et la demande) signe son premier long-métrage, tourné avec un petit budget en 37 jours. “C’était une course contre la montre !“, nous raconte le réalisateur. A l’origine du film, il y a une légende urbaine, se souvient-il : “Elle disait que la mafia chinoise équipait des faux taxis et mettait au volant des personnes qu’elle exploitait (…) Plusieurs choses se sont connectées : ma sensibilité pour la question de l’immigration et cette organisation assez mystérieuse, qui me donnait la possibilité de rentrer dans un univers de cinéma noir.” Le thème permet aussi d’ancrer La nuit venue dans l’actualité. “Quand, pendant l’écriture, les VTC ont fait leur apparition dans le paysage urbain, le taxi s’est mué en VTC. J’y ai vu un moyen de renforcer le propos du film en évoquant l’ubérisation de notre société.”

Un film politique

Ce polar est aussi un film social. Le réalisateur y souligne notamment les conditions d’accueil des migrants à Paris. “Cela me semble fou qu’au XXIe siècle, des gens vivent sous des tentes, dans une des villes les plus riches du monde, à côté de boutiques de luxe. C’était important de montrer ce Paris-là“, expose Frédéric Farrucci. La nuit venue traite de ce sujet sous un prisme presque documentaire (images des tentes porte de la Chapelle, condition des travailleurs exploités …). Une approche très humaine, car ces images sont vues à travers les yeux de Jin, lui-même dans une situation de grande précarité. 

Peut-être qu’un jour, j’aurais un enfant et ce sera mieux pour lui que pour moi.Jin à Naomi“La nuit venue”

Dans le costume de Jin, on découvre l’acteur Guang Huo, recruté lors d’un casting sauvage (auprès de comédiens amateurs). “Il dégage quelque chose de profond, de singulier”, estime le réalisateur, qui a vite vu en lui l’interprète idéal pour incarner le rôle titre. “Jin est un personnage assez mutique. Il fallait un interprète charismatique qui puisse communiquer des sentiments, malgré le silence“.

Rone à la bande-son

Il donne la réplique à la chanteuse et actrice Camélia Jordana, alias Naomi, un personnage qui rêve, lui aussi, d’un nouveau départ. “Frédéric m’a offert un rôle qui est très loin de celle que je suis”, témoigne Camélia Jordana dans une interview au Festival Saint Jean-de-Luz. “Naomi est une femme très mystérieuse, secrète”. Au-delà du personnage, c’est aussi l’aspect politique du film qui a convaincu l’actrice, connue pour ses engagements militants, d’y collaborer : “Il [Frédéric Farrucci] filme ce qui me renvoie à un sentiment d’impuissance dans mon monde aujourd’hui”, explique l’actrice. “Quand on s’est rencontré, on est entré en connexion sur l’aspect politique“, confirme le réalisateur.

Le tout est porté par une bande-son moderne, très présente, signée par l’artiste électro Rone. “Je me projetais déjà dans sa musique en écrivant le scénario. Je trouve qu’elle a quelque chose de très atmosphérique. Elle est planante, mélancolique, avec des trouées de joie“, analyse Frédéric Farrucci. “La musique a une fonction esthétique mais elle était également pour moi un moyen d’ancrer mon personnage principal, un immigré clandestin, dans une forme de contemporanéité, en faisant de lui un ancien DJ. Je souhaitais ainsi évoquer sa proximité générationnelle avec celle d’un jeune Français.”

Affiche du film “La nuit venue” (Koro Films / Jour2Fête)

La fiche

Genre : Drame
Réalisateurs : Frédéric Farrucci
Acteurs :  Guang Huo, Camélia Jordana, Xun Liang
Pays : France
Durée : 1h35
Sortie : 15 juillet 2020
Distributeur :  Jour2Fête

Synopsis : Paris 2018. Jin, jeune immigré sans papiers, est un chauffeur de VTC soumis à la mafia chinoise depuis son arrivée en France, il y a cinq ans. Cet ancien DJ, passionné d’électro, est sur le point de solder “sa dette” en multipliant les heures de conduite. Une nuit, au sortir d’une boîte, une troublante jeune femme, Naomi, monte à bord de sa berline. Intriguée par Jin et entêtée par sa musique, elle lui propose d’être son chauffeur attitré pour ses virées nocturnes. Au fil de leurs courses dans la ville interlope, une histoire naît entre ces deux noctambules solitaires et pousse Jin à enfreindre les règles du milieu.

Source: Lire L’Article Complet