Dans "The Card Counter", Paul Schrader dresse le portrait d'un vétéran d'Irak hanté par les tortures qu'il a pratiquées
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Un anti-héros solitaire qui traîne ses cicatrices dans un climat de violence sourde : 45 ans après avoir écrit Taxi Driver, chef-d’oeuvre du Nouvel Hollywood, Paul Schrader continue son chemin aux côtés des fantômes de l’Amérique avec The Card Counter, mercredi 29 décembre au cinéma.

Fidèle compagnon de route de Martin Scorsese, pour lequel il a aussi écrit Raging Bull ou La dernière tentation du Christ, le cinéaste de 75 ans a également tracé sa route comme réalisateur. Son Card Counter, qui était en compétition à la dernière Mostra de Venise, baigne dans la noirceur : il raconte l’histoire d’un vétéran d’Irak, hanté par les tortures auxquelles il a pris part dans la prison militaire d’Abou Ghraib.

« La société l’a pardonné, mais il ne s’est pas pardonné lui-même« , a déclaré en conférence de presse à Venise le cinéaste, captivé par « le manque d’esprit de responsabilité dans les sociétés contemporaines« .

Un homme sans attache

Comme Travis Bickle (Robert de Niro) dérivait à bord de son taxi à travers la nuit new-yorkaise, William Tell (Oscar Isaac) est un homme sans attache, qui sillonne les Etats-Unis de casino en casino, enchaînant les tournois de poker professionnel.

Le personnage est solitaire, avare de ses mots, et cultive d’étranges rituels, emballant par exemple dans des draps blancs les meubles des chambres de motel qu’il occupe. Un rôle principal que Schrader confie à Oscar Isaac, révélé chez les frères Cohen (Inside Llewyn Davis) et connu aussi pour les Star Wars.

« Tous les personnages que j’ai joués ont leur étrangeté, mais William est probablement le plus mystérieux, le plus difficile à cerner« , a déclaré l’acteur au charme magnétique à Venise. « J’ai lu, relu et relu » le scénario avant de comprendre que la « clé« , c’était de capter « comment le corps se souvient des traumatismes« . Il a expliqué avoir travaillé le langage corporel, comme un joueur de poker qui ne laisse rien transparaître par le visage.

Histoire de famille

Le film est aussi l’histoire d’une famille de substitution, celle que William va finir par former avec d’autres personnages blessés : Cirk (Tye Sheridan), un jeune homme dont le père, militaire, s’est suicidé, et qui semble se chercher une figure paternelle, et La Linda (Tiffany Haddish), improbable agent de joueurs de poker professionnel.

William finira-t-il par croire à la rédemption ? Rien n’est moins sûr, tant la violence menace tandis que les crimes du passé continuent de le hanter.

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