« Dans "Quotidien", on ne veut pas de clash, ni faire le buzz »
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  • Yann Barthès entamera ce lundi, à 18h25, sur TMC – l’émission retrouvera son horaire de lancement habituel, 19h25, dès le lendemain – sa sixième saison à la présentation de Quotidien.
  • « La saison risque d’être un peu compliquée donc on voulait un retour de l’humour au quotidien, avec Anne Depétrini [nouvelle recrue], Alison [Wheeler] et Pablo Mira qui revient », explique-t-il à 20 Minutes.
  • Alors que la présidentielle se profile, Quotidien n’envisage pas d’inviter de candidats et candidates à l’élection : « Il y a trop d’espaces ailleurs, tout le monde va se jeter sur les politiques. On va laisser la campagne démarrer, continuer à décrypter et on verra plus tard », avance Yann Barthès.

Yann Barthès donne des interviews au compte-gouttes. Ce n’est pas son exercice préféré. Il dit ne pas aimer se répéter, avoir l’impression de radoter. En cette rentrée télé, il a cependant accepté de s’entretenir en exclusivité avec 20 Minutes. On l’a rencontré jeudi après-midi, dans les loges de Quotidien, alors qu’il venait de tourner un « pilote » de l’émission, une espèce de répétition servant aux équipes à se remettre dans le bain et permettant d’effectuer les ultimes réglages techniques.

Alors qu’il fera son retour à l’antenne ce lundi, à 18h25, sur TMC l’animateur se dit « serein » et « dans un très bon état d’esprit ». « Content » aussi, de retrouver sa bande de chroniqueurs. « Ce n’est pas du tout de la langue de bois, on s’entend plutôt bien sur le plateau et en dehors du bureau, je pense que ça se voit à l’antenne », insiste-t-il.

Vous entamez ce lundi votre sixième saison de « Quotidien ». Vous n’éprouvez pas de lassitude ?

Cela pourrait durer éternellement, c’est une émission qui ne repose pas sur un concept récurrent. La trame est récurrente, mais ce que l’on met dedans ne l’est pas. Il n’y a aucune journée qui ressemble à une autre. La période où les choses étaient les plus semblables, c’était pendant le confinement où tout était gelé. Il y avait, en effet, un ressenti, qui n’était pas du tout une lassitude, mais une impression d’avancer, comme ça, sur du vide : on ne savait pas ce qui arrivait, on vivait la même chose que tout le monde, que tous les Français. On travaillait différemment, on était moins nombreux et, du coup, on naviguait un peu à vue. On se retrouvait quelques fois en plateau avec rien. Il y avait la vue de Paris où aucune voiture ne circulait. On essayait de bricoler des sujets autant qu’on pouvait, à distance, sans technique, parce que l’on ne pouvait pas sortir. C’était ça qui était un peu redondant, mais on a tenu le choc.

Depuis le début de la pandémie, le public autour du plateau a disparu. Son retour n’est pas prévu de sitôt ?

La situation sanitaire n’est pas encore totalement sûre. On préfère ne pas faire revenir le public pour l’instant, parce qu’on ne veut pas prendre le risque de devoir l’enlever à nouveau au bout de deux semaines. Il y a une contrainte technique aussi : il n’y a plus de gradin sur le nouveau plateau. Mais on a décidé qu’il pourrait y avoir du public lors d’événements exceptionnels. Par exemple, bientôt, on recevra Ed Sheeran. On pense faire venir des spectateurs et spectatrices, avec pass sanitaire, avec les mêmes contraintes que les théâtres et cinémas. Cela va faire bizarre parce que, cela fait un an et demi qu’il n’y a plus d’applaudissements en plateau. Il y a une ambiance différente, un son différent.

De nouvelles recrues vont faire leur apparition cette saison, dont Anne Depétrini. Qu’est-ce qui vous a décidé à faire appel à elle ?

Anne Depétrini est venue en invitée en fin d’année. On trouvait que ce qu’elle disait faisait écho à ce que l’on pensait et on aimait sa manière d’écrire. On lui a proposé une chronique hebdomadaire sur la vie en 2021. Elle a accepté. La saison risque d’être un peu compliquée donc on voulait un retour de l’humour au quotidien dans Quotidien, avec Anne Depétrini, Alison [Wheeler] et Pablo Mira qui revient. Nicolas Fresco, qui travaille avec Willy Papa [sur « Le Petit Q »], fera une chronique sur les influenceurs.

Vous parliez de « saison compliquée » : l’humour est nécessaire pour contrebalancer cette période tendue ?

En tout cas, là, elle est tendue. J’espère qu’elle le sera moins, que ce sera une année présidentielle sereine (rires). On a toujours essayé de ne jamais perdre l’humour malgré ce que l’on a pu vivre ces dix dernières années, même dans les moments les plus compliqués. Cette saison, je pense qu’on en a encore plus besoin, donc on en a rajouté un peu.

Antoine Bristielle, directeur de l’Observatoire de l’opinion de la Fondation Jean-Jaurès, tiendra quant à lui une nouvelle chronique…

Il est venu plusieurs fois en plateau. Il a un talent dingue, celui d’analyser des groupes [sociaux] et lorsqu’il explique, vous dites : « Evidemment ! » Sauf que vous, vous êtes incapable de mettre des mots dessus. Lui, il les met. Il prend les sondages d’opinion, part de ses sensations… C’est son métier. Heureusement qu’il est là pour éclairer sur l’opinion, sur ce que pensent les Français.

Ses chroniques seront liées à l’opinion publique dans le cadre de l’élection présidentielle de 2022 ?

Pas nécessairement.

En quoi va consister concrètement le « 20h15 express » ?

Ce sera le nouveau rendez-vous actu. Là où, avant, plusieurs gros sujets étaient répartis dans les différentes parties de l’émission, on fera désormais un journal à la manière du « 19h30 Médias » de Julien Bellver. Cette séquence présentée par Paul Gasnier rassemblera toutes les forces de la rédaction pour parler de l’actu française et internationale. On va prendre un peu de distance aussi en allant voir dans les archives ce qui peut éclairer ce qu’il se passe maintenant.

Envisagez-vous d’inviter tous les candidats et candidates à la présidentielle ?

Cela fait deux ans que l’on se dit que l’on ne veut plus de politiques en plateau. On n’en a pas reçu, à part Olivier Véran et Jean-Michel Blanquer qui étaient venus parler de la pandémie [Nicolas Sarkozy, invité en septembre dernier, a officiellement quitté la politique]. La parole politique est partout, les débats sont partout. Donc pour l’instant c’est non, on ne veut pas de débat, pas de clash, on ne veut pas faire du buzz, on veut juste travailler et interviewer des gens qui nous éclairent sur quelque chose ou défendent une œuvre, un film, par exemple, que l’on adore. Mais pas de politique, il y a trop d’espaces ailleurs, tout le monde va se jeter sur les politiques. On va laisser la campagne démarrer, continuer à décrypter et on verra plus tard.

Pour en revenir à la période tendue : ces dernières semaines, plusieurs journalistes ont été insultés et violentés sur le terrain, notamment dans le cadre des manifestations contre le pass sanitaire. En juin, un journaliste de « Quotidien » a porté plainte, accusant Francis Lalanne de l’avoir frappé lors d’une mobilisation à Avignon… Prévoyez-vous des dispositifs spéciaux pour renforcer la sécurité des reporters de l’émission ?

C’est déjà le cas depuis pas mal de temps. Les équipes, sur certains tournages, partent avec de la sécu. On n’est pas les seuls. Parfois aussi, on part sans micro identifiable [sans logo de Quotidien]. Mais on continue à couvrir ces événements. On s’était posé la question de ce que l’on devait faire. Je pense par exemple à
ce qui s’est passé à Avignon en juin ou au Trocadéro la semaine d’avant, avec
des antivax qui ont maltraité notre équipe. Est-ce qu’on arrête d’y aller ? Je pense qu’il faut continuer. J’ai 100 % confiance en nos équipes. Elles ne vont chercher ni la bagarre ni le buzz. Elles sont composées de journalistes, de nature curieuse. Faut-il laisser des groupuscules comme ça, entre eux, sur les réseaux sociaux ? Ou faut-il les connaître ? Je pense qu’il faut les connaître. Il faut montrer le phénomène. Au Trocadéro, en mai, les antivax étaient 200. On a vu cet été qu’il y en avait beaucoup plus. C’est grâce aux journalistes sur place qu’on a découvert qu’un sénateur, Vincent Delahaye, numéro 2 du Sénat, était présent à la manifestation et qu’il a dû ensuite s’expliquer.

Ce genre de tensions influent-elles sur le contenu de l’émission. Autrement dit, est-ce que, par exemple, dans les pastilles humoristiques, il y a une forme d’autocensure, un évitement du sarcasme pour ne pas mettre de l’huile sur le feu ?

On part du principe qu’on peut rire de tout. Si on se dit « On ne peut plus rire de ça », c’est le début de la fin. On peut rire de tout. Point.

Les détracteurs de l’émission lui reprochent son ton sarcastique, estiment que certaines attaques sont gratuites, que la moquerie, le fait de pointer les tics ou éléments de langage des personnalités politiques, par exemple, les décrédibilisent. Que leur répondez-vous ?

Je pense que les politiques s’en remettent bien. Ce sont les premiers à nous appeler pour venir en plateau. Et puis l’humour en politique a toujours existé. On continuera à décrypter et, en général, quand on relève un élément de langage, il y a toujours une signification derrière. Ce n’est jamais gratuit ou alors, quand c’est gratuit, c’est bon enfant. On a pu être parfois lourds, je l’assume : qui ne l’est pas ?

La saison dernière, l’invitation sur le plateau de Patrick Poivre d’Arvor [alors accusé de viols et d’agressions sexuelles ; en juin, l’enquête portant sur huit plaintes a été classée sans suite pour prescription ou insuffisance de preuves] ou Eugénie Bastié, par exemple, ont suscité des remous, notamment sur les réseaux sociaux – si l’on part du principe qu’ils prennent le pouls d’une partie du public. Vous comprenez ces réactions ? Si c’était à refaire, vous les réinviteriez ?

Vous faites bien de mettre une nuance lorsque vous dites que les réseaux sociaux refléteraient la réalité. Je pense que ce n’est pas le cas. Pour Patrick Poivre d’Arvor, on s’est posé la question avant de l’inviter [en mars] et on s’est reposé la question après. Il souhaitait parler et répondre à la personne qui portait plainte contre lui [d’autres plaintes ont été déposées ensuite] et nous avons pris de la décision de lui poser des questions et qu’il réponde aux accusations mais je n’en garde pas forcément un bon souvenir.

Avec Eugénie Bastié, ce qui surprenait, c’était que « Quotidien » invite une journaliste perçue comme réactionnaire…

On n’a pas fait de débat. Eugénie Bastié est intelligente, elle a son avis et ça s’est bien passé. Elle n’est pas partie en levant les bras et en râlant. C’était intéressant de discuter avec elle.

Que dites-vous à ceux qui qualifient « Quotidien » d’émission de « bobos parisiens » ?

(Amusé) On est tous le bobo de quelqu’un et on est tous le beauf de quelqu’un.

Pour finir, la dernière saison de « Quotidien » fut la plus suivie depuis le lancement de l’émission, avec une moyenne à 1.9 millions de téléspectateurs. Ces résultats en progression, à l’aube d’une nouvelle saison, c’est une source de motivation ou ça met la pression ?

Concernant les audiences de l’an dernier, il ne faut pas oublier que, à partir du moment où les gens ont l’obligation d’être chez eux à 18h [avec le couvre-feu], il y a de grandes chances pour que les audiences augmentent. On n’est pas dupes. On a continué l’émission dans ces conditions particulières et je pense que les difficultés se sont vues. Mais cela a créé un lien. Les gens que j’ai croisés cet été m’en ont beaucoup parlé : « Vous étiez là pendant le confinement, vous étiez le rituel. » Alors qu’on avait l’impression de n’être que tous les cinq sur le plateau. D’habitude, on est dans une cave [le studio est en sous-sol], on ne s’aperçoit de rien et on a les scores d’audience le lendemain. On ne se rendait pas compte qu’on était beaucoup regardés. J’ai l’impression qu’un lien s’est créé entre les téléspectateurs et nous. J’espère qu’ils vont continuer à nous faire confiance. L’équipe est en forme, a envie de bosser, bosse toute la journée et, le soir arrivé, donne tout. Quelques fois on est moins bons, parfois on est meilleurs. En vrai, c’est la première fois qu’on a autant de retours. J’espère que ce lien va perdurer parce qu’il était fort, concret.

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