Cannes 2022 : avec "Tirailleurs" et "Les Harkis", le festival assure le devoir des mémoires
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Quel souvenir avons-nous de l’engagement des 200 000 tirailleurs, ces soldats qui feront pour 30 000 d’entre eux le sacrifice de leur vie pour défendre la France durant la Grande Guerre ? C’est la question que pose le réalisateur Mathieu Vadepied en présentant Tirailleurs à Cannes dans la section Un Certain Regard avec une sortie en salles prévue à l’automne. Le film rend hommage à ces hommes enrôlés depuis les anciennes colonies, volontairement ou de force, pour rejoindre les rangs de l’armée française.

« Tout ce que je suis est dans ce film », a confié Omar Sy qui incarne l’un de ces hommes arrachés à leur village. Il est dans Tirailleurs, acteur et co-producteur. La culture sénégalaise lui a été transmise par son père. Omar Sy joue intégralement dans la langue d’origine de ces soldats sénégalais, le peul. Il ne prononce qu’une seule réplique en français durant toute la durée du film. Le reste est sous-titré. Pourquoi ce choix ? Par souci « d’authenticité », répond Mathieu Vadepied, interrogé par Franceinfo. « C’était important et à l’origine du projet, il n’était pas possible de faire autrement pour trouver une incarnation et une vérité dans le point de vue qui est le nôtre. C’est aussi parce que la langue maternelle d’Omar Sy est le peul que nous avons décidé que ce serait le peul. »

Identité française et dignité

Tirailleurs est le récit d’un père et de son fils embarqués dans l’enfer de 14-18. Bakary (Omar Sy) n’a qu’un seul objectif, qu’un seul espoir : sortir son fils des tranchées et le ramener vivant au pays. Sauf que ce fils incarné par Alassane Diong pense, lui, qu’il peut devenir un homme par ses faits d’armes et peut-être même citoyen français comme le lui promet l’armée. « J’espère que le film contribuera à donner une impulsion, à donner envie à d’autres de raconter cette période car il y a plein d’histoires humaines à traiter. Le cinéma ne peut pas combler un oubli mais travailler quelque chose qui va vers une forme de reconnaissance », dit Mathieu Vadepied.

« Ce film parle aussi de l’identité française pour que les jeunes d’aujourd’hui, notamment issus de parents qui ont émigré, se sentent valeureux et que la dignité de leurs parents soit retrouvée en parlant des choses simplement sans désigner de coupables ou de victimes », poursuit-il.

La « trahison » envers les Harkis

Dans une autre compétition, celle de la sélection parallèle de la Quinzaine des Réalisateurs, Philippe Faucon défend Les Harkis, du nom de ces Algériens supplétifs de l’armée française. Le film qui réussit tout autant que Tirailleurs à éviter le manichéisme, nous situe au début des années 60 lorsque la guerre d’Algérie touche à sa fin. Un soldat français va s’opposer à sa hiérarchie pour faire en sorte de rapatrier en métropole tous les Harkis de son unité. Il a ainsi voulu respecter un engagement sur lequel l’Etat français est finalement revenu.

Abandonnés, ces Harkis craignent pour leur vie, ils craignent les représailles des Fellaghas, ces Algériens qui, eux, se sont soulevés contre l’autorité française pendant la guerre d’Algérie. « Le film évoque une situation dans laquelle la France a armé des gens contre d’autres gens qui étaient proches d’eux et lorsqu’elle n’a plus eu besoin d’eux, lorsqu’il s’est avéré que les harkis représentaient un nombre trop grand de gens à installer en France avec leur famille, la France a laissé ces hommes sur place dans une situation de grand danger. Je pense que l’on peut utiliser le mot de trahison », affirme le réalisateur Philippe Faucon.

« Je pense qu’il est trop tard pour s’excuser mais il est temps d’assumer », précise l’acteur Théo Cholbi, impatient de voir le film projeté dans les cinémas français en octobre et qui espère que le film pourra aussi être montré en Algérie.

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