Paris Hilton, et elle vécut malheureuse et eut beaucoup de chihuahuas

Pour le commun des mortels, elle est cette blonde à papa écervelée qui a grandi dans une bulle de champagne et a un jour écrit les mémoires d’un chien. Avec son documentaire This is Paris, la journaliste Alexandra Dean dévoile un autre visage de Paris Hilton, hantée par son passé.

«Peu de gens de ma famille et de mon entourage m’ont vraiment connue avant que je ne devienne cette… chose.» Paris Hilton dit cela en larmes, dans un sweat à capuche zippé, un doigt fébrile pointé vers son éléphantesque dressing à chaussures. Cette chose : oui, “Paris Hilton”, pionnière de la télé-réalité, architecte du bling-bling et, soyons honnêtes, première influenceuse de l’Histoire.

Pendant sept mois, la journaliste indépendante Alexandra Dean a suivi la petite-fille du fondateur de la chaîne hôtelière éponyme de Los Angeles à Séoul, de Mykonos à New York. Le résultat tient dans son documentaire d’1h45, disponible sur YouTube depuis le 14 septembre, This is Paris. Traduisez : voici Paris, et ce n’est pas – tout à fait – ce que vous imaginiez de Bentley roses, de lissages californiens et d’after improductifs à Ibiza.

Onze mois en enfer

Depuis que ses parents l’ont envoyée dans un centre pour adolescents turbulents à 17 ans, Paris fait chaque nuit les mêmes cauchemars. La Provo Canyon School, située dans l’Utah, l’a brisée. A fait d’elle cette «chose» dont elle parle. Là-bas, elle a été emmenée la nuit par deux hommes venus la chercher de force dans l’appartement familial à New York. «J’ai entendu crier comme un cochon qu’on égorge», se souvient sa sœur Nicky Hilton dans le document. Sur le pas de la porte, Paris a juste le temps d’apercevoir ses parents pleurer. Eux qui ne savaient plus quoi faire, plus comment gérer l’avènement inquiétant de cette princesse de la nuit, déjà droguée à la fête. À la PCS, surnom donné à l’établissement de redressement, Paris Hilton dit, comme ses camarades de l’époque, avoir été abusée psychologiquement et physiquement. Après onze mois passés en enfer, elle se promet de réussir coûte que coûte, pour que ses parents ne la contrôlent plus – jamais.

“This is Paris”, la bande-annonce

Prototype de la “it girl”

Paris Hilton célèbre son 21e anniversaire dans le nightclub Stork Rooms, à Londres, le 3 mai 2002.

La Paris Hilton que l’on connaît naît là. Armée de son nom dynastique, son physique de Barbie et sa voix nasillarde, elle a 18 ans et surgit sur les tapis rouges et dans les clubs privés. Ses jupes léopard, son blond platine et sa formule consacrée – «That’s hot!» pour «c’est cool» – font fureur. Les paparazzi s’emparent bientôt de l’héritière qui s’expose volontiers, préfigurant le concept de la «it-girl». À l’époque, «une photo volée de Paris pouvait se vendre 1 million de dollars», lance celui qui s’occupe désormais des réseaux sociaux de l’héritière.

La suite est connue. The Simple Life, l’émission de télé-réalité qui l’envoie vivre dans l’Amérique profonde des années 2000 avec l’autre «fille de», Nicole Ritchie, fait exploser sa popularité jusqu’en Europe. Au même moment, la diffusion d’une sextape (judicieusement intitulée 1 Night in Paris) par son petit ami de l’époque, Rick Salomon, lui colle – à jamais – l’étiquette de la jet-setteuse sulfureuse. Depuis, elle a lancé dix-neuf lignes de produits de beauté à son nom, et mixé dans tous les VIP Rooms du monde. Ses moult petits copains sont aussi musclés que muets, son sourire de plus en plus fake. «Quand j’aurai gagné un milliard de dollars, alors seulement je serai heureuse», lance-t-elle comme un leitmotiv dans un documentaire la montrant épuisée et insomniaque, piégée dans ce corps de «robot» qu’elle a créé vingt ans plus tôt.

Paris Hilton et sa soeur Nicki Hilton en coulisses de la Fashion Week de New York, le 16 février 2001.

Au fond, Paris Hilton n’a plus envie d’être Paris Hilton. Elle aimerait pouvoir parler normalement (sa voix est plutôt grave, en réalité), marcher normalement, sortir de ce conte de fées qui a viré au chemin de croix. «C’est une fille qui aime faire du scrapbooking à la maison entourée de ses chiens et manger les restes. En vrai, elle ressemble plutôt à Homer Simpson», dépeint Nicky Hilton.

Enfant, elle est même le garçon manqué de la famille. Dans le film, on la voit jouer au golf en bermuda en jean troué dans le salon familial et porter les caleçons de son père à table. Sa mère raconte qu’elle économisait son argent de poche pour acheter un chimpanzé, un furet ou cette chèvre qu’elle élève en cachette sur le terrain de tennis de son grand-père ; elle se souvient aussi qu’«elle a un jour laissé s’échapper son serpent d’une suite au Waldorf (le mythique hôtel new-yorkais situé sur Park Avenue, NDLR)».

Manoir canin

À l’époque, elle veut naturellement devenir vétérinaire. «Elle est probablement l’une des personnes les plus intelligentes que vous ne rencontrerez jamais», assure Kathy Hilton, avant d’ajouter que son aînée a «beaucoup changé entre 13 et 15 ans». Maudite adolescence. De sa passion pour les animaux, elle n’a finalement gardé qu’une adoration – démesurée, certes – pour les minichiens, à qui elle a fait construire un manoir canin sur-mesure dans sa propriété de Beverly Hills.

Le jour où elle remisera définitivement son costume (ce jour où elle aura enfin son milliard de dollars), elle prendra des vacances, sans téléphone. Fera un enfant (elle a fait congeler ses ovocytes) ; courra pieds nus derrière Diamond (son énième chihuahua) ; réapprendra à tomber amoureuse. En attendant, elle peut se repasser en boucle ce passage du film où Kim Kardashian, nouvelle reine en son monde, lui fait le plus beau des compliments : «Le meilleur conseil qu’elle ait pu me donner, c’est de la regarder».

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