Les défilés de mode les plus marquants des années 90

Lorsqu’on évoque la mode des années 90, et plus particulièrement les défilés qui ont rythmé chaque saison de cette décennie plus que jamais dans l’air du temps, on ne peut s’empêcher de ressentir un brin de nostalgie. C’est alors l’heure de gloire du bling à la Gucci et de la sexyness conquérante façon Versace dont les silhouettes passent du catwalk au tapis rouge avec une bluffante fluidité. C’est l’ère des créateurs stars à l’empreinte stylistique singulière et aux maisons de luxe muées en empire, conquérant la mode de la rue sans avoir besoin d’Instagram.

C’est aussi l’hégémonie toute-puissante des supermodels aux mensurations de rêve et la naissance d’une Kate Moss qui en sera l’anti-modèle. C’est, enfin, le temps des défilés festifs conçus comme des shows à part entière, vecteur d’une identité vestimentaire et idéologique mais aussi expression d’un entre-soi modeux qui peut-être, paradoxalement, se prenait moins au sérieux.

Bref, un âge d’or de la mode dont certains moments forts alimentent encore aujourd’hui les moodboards des enseignes de fast-fashion et dont les tendances se retrouvent aujourd’hui dans le vestiaire de jeunes gens qui n’étaient alors même pas nés. Qu’à cela ne tienne, pour les amateurs de mode qui ne se remettent toujours pas de ces palpitantes années, comme pour ceux qui ne soupçonnent même pas leur existence, passage en revue des 10 défilés des années 90 qui nous ont définitivement marqués.

Défilé Azzedine Alaïa Printemps-Été 1991

Visionnaire inimitable. Azzedine Alaïa n’a eu de cesse de révolutionner la garde-robe des femmes tout en les sublimant.

Preuve ultime de ce talent prodige ? La collection printemps-été 1991, dite la “collection Tati” qui s’inspira de la mythique toile de bâche vichy du grand magasin du boulevard Barbès. Une rencontre inédite entre une enseigne commerciale et un couturier, qui scella la première collab’ historique telle qu’on les connaît encore aujourd’hui.

Au programme ? 27 modèles en vichy rose, bleu et noir, composés de pantalons, maillots de bain, brassières et tailleurs-jupe que le couturier fait alors défiler sur les modèles connus de l’époque. Elle sera notamment immortalisée quelques mois plus tard par Ellen Von Unwerth qui photographiera Naomi Campbell portant l’un des mythiques ensembles.

Près de 20 ans plus tard, la collection est mise à l’honneur à la Fondation Alaïa qui retrace notamment sa genèse et ses inspirations créatives.

Défilé Versace Automne-Hiver 1991-1992

Difficile d’imaginer un défilé plus emblématique de la mode des années 90 que celui de l’automne-hiver 1991 présentée par Versace.

Incarnation scénographique de la suprématie des supermodels – ces mannequins demi-déesses consacrées par Gianni Versace – le show s’est terminé sur un final d’anthologie, reproduisant le fameux clip réalisé par David Fincher pour George Michael et son hymne Freedom 90. C’est ainsi que les “actrices” de la vidéo – Linda Evangelista, Cindy Crawford, Naomi Campbell et Christy Turlington – ont déambulé toutes ensemble, se tenant par les bras et chantant en playback le célèbre refrain qui marqua la décennie. Inoubliable.

Défilé Perry Ellis Printemps-Été 1993: The Grunge Collection

Un jour de 1992, un jeune designer américain de 29 ans présente pour Perry Ellis une collection automne-hiver qui, pour l’époque, dépasse l’entendement. Chemises à carreaux en flanelle XXL, bonnets de laine jouxtés de boots militaires, robes de soie portées sur des t-shirts vintage : le show propulse sur le catwalk la subversive esthétique grunge dont raffole alors la jeune génération, biberonnée aux concerts de Nirvana, Hole et autres groupes rock à la silhouette débraillée qui monopolisent alors les ondes radio.

Scandale dans le monde du luxe, le-dit créateur est immédiatement démis de ses fonctions. Son nom ? Marc Jacobs. Un mois plus tard, la collection litigieuse sera pourtant dans les pages du convoité Vogue américain, des supermodels comme Kristen McMenamy, Nadja Auermann et Naomi Campbell y apparaissant en total-look grunge sous l’œil du photographe Steven Meisel. Iconique.

Défilé Gucci Automne-Hiver 1995

Certes, la collection Gucci automne-hiver 1995 n’est pas la première signée Tom Ford mais elle en est pas moins celle qui consacra, d’un point de vue stylistique, l’arrivée du designer américain à la tête de la maison italienne.

Chemise en soie ultra-fluide aux teintes bijoux, pantalon taille basse de velours, mocassins à talons reprenant l’iconique mors de cheval : Tom Ford décline une silhouette ultra-glamour d’inflexion seventies, dont la sulfureuse sexyness donnera un nouveau souffle à une marque un brin assoupie.

Notre silhouette fétiche ? Celle arborée par une Kate Moss en plein envol, puis reportée par Madonna lors des MTV Video Music Awards de 1995.

Défilé Jean-Paul Gaultier Printemps-Été 1994

Baptisée Les Tatouages, la collection alors présentée par celui qu’on surnomme déjà l’enfant terrible de la mode bouleverse de façon prodigieuse les codes d’un luxe ancré dans une culture bourgeoise aseptisée.

Savante réinterprétation de références tribales indiennes et africaines, la ligne offre une vision anachronique et multiculturelle du vestiaire féminin, convoquant corseterie, piercing bijoux, denim sculpté, jupes masculines, silhouettes-armures ou encore tatouages en trompe-l’oeil. Une célébration du “village global” qui inspirera le travail du couturier tout au long de sa carrière.

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Défilé Calvin Klein Printemps-Été 1994

Et Calvin Klein créa la “slip dress”. Après une décennie de power dressing et de silhouettes conquérantes, le designer américain sonne le glas de la business woman et fait défiler pour le printemps 1994 une armée de robes aux volumes fluides et longilignes, inspirées de la lingerie et du vestiaire de nuit.

Des tenues à la simplicité désarmante, que l’on peut porter de jour comme de nuit, à l’intérieur comme à l’extérieur et qui scellent un nouveau paradigme modeux : celui du “waif look”, cette femme-enfant à la morphologie filiforme et au vestiaire minimaliste dont Kate Moss se fera, presque malgré elle, l’emblématique ambassadrice.

Défilé Thierry Mugler Automne-Hiver 1995

Créateur emblématique des eighties et showman réputé, Thierry Mugler était aussi connu pour ses innombrables confections de costumes de scènes, films, concerts ou encore de cabaret. C’est donc sans surprise que le designer aux silhouettes grandiloquentes choisit en 1995 le Cirque d’Hiver pour célébrer le 20e anniversaire de sa carrière. Et quel anniversaire !

Performances de James Brown, apparitions sur le catwalk de Jerry Hall, Veruschka ou encore Tippi Hedren, vague de silhouettes en latex d’ascendance fétichiste ou de tenues ostensiblement aérodynamiques : le show fut conçu comme un spectacle son et lumière placé sous le signe de l’extravagance.

Le clou de la collection ? Une silhouette cyborg, arborée par Nadja Auermann et photographiée plus tard par Helmut Newton, qui donne alors un aperçu des préoccupations futuristes d’une mode plus que jamais avant-gardiste.

Défilé Maison Martin Margiela Printemps-Été 1996

Mannequins masquées, mode cérébrale et créateur anonymisé ne venant jamais saluer son public, ni discuter avec les journalistes : les défilés de Martin Margiela étaient à eux seuls des concepts à part entière et dont l’édition de 1996 ne déroge pas à la règle.

Robe longue en trompe l’oeil dont l’imprimé n’est autre qu’une robe à sequins, body nude provoquant, lingerie déconstruite, bottes aux orteils divisés : les pièces dévoilées lors de ce show présentent toutefois la particularité d’incarner, plus que n’importe quelles autres, le style emblématique du designer originaire d’Anvers. Aussi intelligents que fascinants, ses vêtements avaient le don de questionner notre rapport à la mode tout en réinventant des incontournables du vestiaire moderne avec une ingéniosité enthousiasmante. Ces mêmes pièces que l’enseigne de fast-fashion H&M n’a pas hésité à reproduire et éditer lors de la collaboration avec Maison Martin Margiela lancée en novembre 2013.

Défilé Christian Dior Couture Printemps-Été 1998

Spectacles haut en couleurs, les shows de John Galliano alors directeur artistique de la maison Christian Dior valaient résolument le détour. Et s’il fallait n’en choisir qu’un seul, notre choix se porterait tout naturellement sur celui organisé tel un somptueux bal au cœur de l’Opéra Garnier.

Foulant les grandes marches de marbre du hall intérieur, les silhouettes inspirées de la marquise de Casati jonglaient entre robes de velours dos-nu aux imprimés Art Nouveau, manteaux grandiloquents aux empiècements de vison, crinolines jonchées de paillettes, gaines ostentatoires, jupes en dentelles et chapeaux parsemés de rose. Une collection baroque et fantasque, à l’image du style Galliano, qui ne manquait pas de sublimer le savoir-faire couture des ateliers de la maison tout en divertissant un front row visiblement réjoui.

Défilé Alexander McQueen Printemps-Été 1999

Designer anticonformiste au sens de la provocation sans limite, Alexander McQueen avait le don d’imaginer des shows à la scénographique marquante. Et plus qu’un fashion show, c’est une véritable performance d’art contemporain que le créateur britannique imagine en 1999 pour présenter la nouvelle collection de sa maison éponyme.

Alors que les mannequins foulent le catwalk entre deux engins robotiques, similaires à ceux utilisés pour peindre les carrosseries de voiture en usine, apparaît pour le final Shalom Harlow dans une robe bustier en broderie anglaise, cintrée sur le buste et dotée d’une ceinture en cuir. Debout sur une plate-forme circulaire pivotante, elle laisse alors les robots la pulvériser de peinture de façon aléatoire, le tout à travers une chorégraphie conceptuelle aussi puissante qu’émouvante.

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