« Tout est en mutation » dans les médias, estime Philippe Vandel
  • Ce vendredi, Philippe Vandel sera à l’antenne d’Europe 1, comme tous les autres jours de la semaine, pour animer le 500e numéro de Culture Médias.
  • Son émission décrypte les faits médiatiques du jour et accueille les invités culturels du moment. Depuis son poste, le journaliste observe les changements du secteur.
  • « Tout est en mutation. On est en train de vivre ce qu’ont vécu les gens avec la fin du charbon », indique-t-il à 20 Minutes.

Il attendra le millième numéro pour sortir les cotillons. Philippe Vandel fêtera la 500e de Culture Médias ce vendredi sur
Europe 1 sans surprise particulière au programme. Chaque jour, le journaliste décrypte l’actualité du monde culturel et médiatique et reçoit les personnalités qui font l’actu du moment. Pour préparer ses questions, regarder les émissions dont il parle, lire les livres des invités et écouter
les podcasts dans lesquels ils interviennent, l’alarme qui le réveille à 5 heures ne sonne pas trop tôt. Nouveaux médias, mutation de la presse, polémiques, Philippe Vandel se confie à 20 Minutes.

Avec quelle idée en tête partez-vous en prenant l’antenne à 9 heures ? Que voulez-vous que les auditeurs et les auditrices retiennent ?

J’aimerais surtout qu’ils se disent que ce n’est pas biaisé. J’essaie tout le temps d’être informatif. J’ai une morale, que je tiens d’un grand journaliste américain, Dan Rather, qui disait « mon métier, c’est de rendre intéressant ce qui est important ». Qui couche avec qui, ça intéresse tout le monde mais ça n’a aucun intérêt. Par contre, comment sont faits les médias et comment s’organise une information, c’est rébarbatif dit comme ça, et c’est à nous de le rendre flamboyant.

Aujourd’hui, les médias couvrent de larges domaines, de la télévision à la presse en passant par YouTube et Twitch. Vous efforcez-vous de traiter ces nouveaux médias ?

On n’a pas à se forcer pour les traiter d’abord parce que c’est l’actualité mais c’est aussi la vraie vie. J’ai deux enfants de 18 et 20 ans qui ne regardent jamais aucune émission de télé. Or, ils sont tout le temps sur leur téléphone. Donc les médias, ce n’est pas que la télé linéaire. Tous les matins, je dis « au menu, tous les médias et toutes les formes de culture. » Les médias, c’est le temps disponible devant les médias. Quelqu’un qui joue à un jeu vidéo pendant quatre heures, il n’a pas le temps d’être devant Netflix pendant quatre heures. S’il est devant Netflix, il n’est pas devant une autre chaîne.

L’actualité médiatique, c’est aussi beaucoup de polémiques. Comment vous positionnez-vous face à ça et comment les traitez-vous ?

La polémique fait partie de la vie, mais la vie n’est pas la polémique. Quand il y a un sujet difficile, je ne l’élude jamais, mais je ne fais pas non plus la matinée là-dessus. Parfois, des choses qui se sont dites chez nous ont fait polémique. Il arrive que ça vous dépasse, mais la polémique n’est ni mon alpha ni mon oméga.

En juin dernier, vous étiez au micro pour expliquer qu’Europe 1 était confrontée à une grève. Comment va Europe 1 aujourd’hui ?

Comment va Europe 1 ? Plutôt pas mal. Comment sont les audiences ? Je n’en sais rien parce qu’elles ne sont pas encore tombées. Pour ce qui est de Culture Médias, rien n’a changé. On a toujours été libres depuis que l’émission existe. Il n’y a jamais eu de pression, jamais d’interdiction de faire un sujet, jamais d’obligation d’en faire un, jamais de remarque sur le contenu. Depuis
le changement capitalistique, jamais aucune. Aucune pression, pas un SMS, même pas un truc de couloir.

Vous évoquiez les audiences. Elles étaient en hausse la saison dernière…

C’est un média dont les audiences ont baissé à cause du Covid parce qu’un tiers de l’écoute se fait en voiture. Si les gens sont en télétravail, vous perdez mécaniquement un tiers de votre écoute. Tous les médias radios baissent et Culture Médias a progressé sur un an. C’était inespéré, je ne pensais même pas que c’était possible. La structure de la matinale d’Europe 1 a changé. Il n’y a plus
la pastille humoristique de Nicolas Canteloup et mécaniquement, ce sont les pastilles humoristiques qui attirent le plus de monde. J’ai dit à mon équipe que nos audiences baisseraient peut-être et qu’on ne pouvait pas comparer les vagues d’avant à celle qui vient.

Vous recevez des patrons de presse dans votre émission. Sentez-vous une mutation des médias, des changements profonds dans le secteur ?

Totalement ! Le changement profond, c’est la fin de la presse papier. La mauvaise nouvelle, depuis une semaine, c’est que le papier coûte de plus en plus cher. Il y a plusieurs options : soit on fait du papier moins bon, soit on paye moins les journalistes, soit on le fait payer plus cher. Tout est en mutation. On est en train de vivre ce qu’ont vécu les gens avec la fin du charbon. Il y aura toujours des journalistes, mais un jour, il n’y aura plus de papier sauf, je pense, pour les livres parce qu’on veut les garder. Le monde est vraiment en mutation, le paradigme change pour tout le monde dans les médias.

À six mois de l’élection présidentielle, allez-vous couvrir la campagne et sous quel prisme ?

Bien sûr ! Culture Médias est une émission média donc on ne va pas couvrir la campagne mais la manière dont les médias couvrent la campagne. On a fait plein de sujets sur la
Coupe du monde, sans pour autant se demander si la France allait jouer en 4-4-2 ou en 4-3-3. On s’est, par exemple, intéressés à la manière dont les médias ont traité l’Equipe de France. Pour la présidentielle, on reviendra notamment sur les débats organisés par les différents médias.

Vous fêtez votre 500e ce vendredi. Quel est votre plus grand souvenir de l’émission ?

Traverser Paris complètement désert et être seul à faire l’émission. Toute l’équipe était en télétravail, tout se faisait à distance. Quand tu rentres de l’émission, tu es tout seul comme dans une pub pour un parfum de luxe en scooter, la police t’arrête et tu montres ta carte de presse. C’était complètement lunaire, j’étais dans le film Seuls Two d’Eric et Ramzy.

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