Tous fous de généalogie !

La discipline a toujours été populaire mais, grâce aux outils numériques, il n’a jamais été aussi facile de retrouver ses ancêtres. Et même de partir sur leurs traces.

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Une vieille photo sortie d’un carton, un article de la presse ancienne ou une anecdote intrigante glanée dans un dîner familial… Il suffit parfois de peu pour que l’envie d’en savoir plus sur ceux qui nous ont précédés s’impose. Ces dernières années, les Français sont d’ailleurs de plus en plus nombreux à tenter l’aventure. La preuve avec le succès croissant des salons de la généalogie, où des milliers de personnes se pressent pour découvrir les derniers outils de recherche. Pour Marie-Odile Mergnac, généalogiste et organisatrice du Salon de généalogie Paris 15e, les « racines » du phénomène sont multiples : « L’augmentation du temps de loisirs et l’accès facilité aux bibliothèques ont été les premiers facteurs de cet essor dans les années 1980, analyse-t-elle. Jusqu’alors, les archives départementales étaient considérées comme des temples du savoir et peu de gens osaient en pousser les portes… » Une démocratisation à laquelle Internet donnera, quelques années plus tard, un coup d’accélérateur sans précédent ! En témoigne l’attrait exercé par les bases de données accessibles sur la Toile, comme Filae et Geneanet, qui recensent des milliards de documents (actes d’état civil, arbres généalogiques partagés, etc.) et qui ont connu des pics de fréquentation pendant les confinements.

Enquête dans le passé

Régine, 71 ans, se souvient de ses recherches un peu laborieuses il y a près de quarante ans : « À un moment, j’ai eu envie de savoir qui étaient ces lointains cousins avec lesquels je jouais durant mes vacances dans le Cantal quand j’étais enfant, raconte-t-elle. Je me suis rendue aux archives départementales, mais c’était compliqué, il y avait des actes dans plusieurs villages, ça demandait beaucoup de temps. » Quand elle s’y remet en 2006, nouvellement retraitée, les archives en ligne ont changé la donne… « Le bonheur », dit-elle. D’autant plus que la numérisation n’a pas seulement facilité l’accès aux documents, elle en a démultiplié la variété ! Céline d’Hulster, enseignante en latin et français, passionnée depuis l’enfance, confirme : « Tout en privilégiant les sources de “première main”, on peut très facilement compléter ses recherches, aujourd’hui, avec des articles de presse ou des photos anciennes glanés sur le Net. C’est d’autant plus intéressant que le plaisir de l’exercice ne réside pas seulement dans l’accumulation de dates et de noms, mais dans la reconstitution de parcours via des anecdotes. On trouve une piste, on émet des hypothèses, on redonne vie à des anonymes de l’histoire… » La Bibliothèque nationale de France (BNF) constitue par exemple une mine d’or : plus de 1500 titres de presse remontant à 1631 accessibles sur retronews.fr et des millions de documents numérisés (cartes géographiques, enregistrements sonores, objets ou manuscrits anciens) sur gallica.bnf.fr. Sans compter d’autres initiatives, comme la création par le ministère de la Culture, en 2014, du portail Grand Mémorial (sur culture.fr), qui regroupe des millions de matricules de poilus…

Tourisme ancestral

Certains poussent même encore plus loin, en marchant (littéralement !) sur les pas du passé familial. L’agence Racines Voyages, fondée en 2019 par une ex-professionnelle du tourisme, qui pratique la généalogie depuis trente ans. Elle en a même fait sa spécialité : « J’ai voulu concilier mes deux passions », explique Marie-Claire Prestavoine. Et même si la crise sanitaire lui a mis quelques bâtons dans les roues, le concept est plus que prometteur. « Nous avons d’une part une clientèle étrangère – beaucoup de Canadiens qui profitent d’un séjour chez nous pour parcourir les lieux de vie de leurs ancêtres, précise-t-elle. Nous avons également une clientèle française, à laquelle nous proposons davantage des week-ends durant lesquels une généalogiste professionnelle s’adapte à l’histoire de chacun. Nous leur demandons de nous envoyer, en amont, des éléments sur leur famille afin de personnaliser au maximum l’expérience. Il arrive aussi que certaines personnes se présentent à nous avec une feuille blanche et aucune connaissance de leur arbre généalogique. »

Il faut dire que la fréquentation d’un lieu marqué par la vie de ses aïeux – une église, la maison familiale où ils ont grandi, le café où ils avaient leur habitudes – est souvent source d’une intense émotion. Céline d’Hulster en sait quelque chose : elle sillonne régulièrement le quartier Excentric à Dunkerque, bâti par son arrière-grand-oncle, décorateur de son état, auquel elle a même dédié un site internet. « Énormément de gens m’ont contactée à cette occasion, dit-elle. Je me suis rendu compte que beaucoup de Dunkerquois avaient un lien avec ce quartier parce qu’il y avait un dancing à l’époque. C’était tellement plaisant de faire renaître tous ces souvenirs. »

Des cousins partout !

Le plaisir du généalogiste, c’est aussi la rencontre et le partage conjugués au présent. Depuis qu’il a mis en ligne le fruit de ses recherches, Jean-Luc, 69 ans, fait lui aussi de nouvelles connaissances. « J’ai créé des liens avec les descendants du frère d’Adolphe Binoche, mon arrière-arrière-grand-père, note-t-il. Les gens qui font des recherches sur ce nom tombent facilement sur le site et on commence à échanger. » Une prise de contact qui se transforme rapidement, chez certains, en rencontres réelles. « Il y a de plus en plus de réunions familiales qui regroupent jusqu’à 600 à 800 personnes, observe Marie-Odile Mergnac. Bien souvent, l’événement est l’occasion d’un “pèlerinage” dans le berceau familial, et parfois, de la dépose d’une plaque commémorative. » Un record a même été battu en 2012 : un Vendéen a réussi à retrouver 24 000 descendants vivants d’un couple du XVIIe siècle et à en réunir 5 000 pour des cousinades XXL ! Une gageure qui suppose, en amont, une organisation au cordeau. Des logiciels sont d’ailleurs capables, aujourd’hui, de modéliser un arbre en temps réel au fur et à mesure de la saisie des fiches. C’est le cas de Généatique, dont la dernière version (payante) permet même de géolocaliser des lieux d’habitation de ses ancêtres, de réaliser des statistiques ou de disposer d’un assistant personnel qui suggère des pistes pour débusquer de nouveaux actes en lien avec sa famille. Pas de doute, la généalogie vit une nouvelle jeunesse.

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