Test Deathloop : Un gros plaisir en boucle

Arkane applique son savoir faire en termes de gameplay à une nouvelle licence très attirante, que ça soit dans son concept, son univers ou sa patte graphique et il faut reconnaître que ça fonctionne terriblement bien.

On vous l’avait déjà dit lors de notre preview de Deathloop, le thème de la boucle temporelle est très à la mode en ce moment et si Returnal était la surprise inattendue sur le sujet, le jeu d’Arkane est clairement celui que l’on attendait de pied ferme depuis un bon moment. Dévoilé pendant l’E3 2019, le jeu s’est montré de manière ponctuelle assez régulièrement jusqu’à sa sortie, prenant le temps de bien expliquer ce que l’on pouvait en attendre. Il faut dire qu’un jeu reposant sur le principe de boucle temporelle peut vite se casser la gueule, comme on l’a vu avec Twelve Minutes qui a eu du mal à convaincre certains joueurs, et Arkane a joué très tôt la carte de la pédagogie de son univers et du but du jeu de manière très clair. Et le résultat paye avec un jeu extrêmement solide.

Leçon de narration

Si on devait décrire Deathloop en une seule phrase, on dirait que c’est un jeu extrêmement bien construit à tous les niveaux. Tout d’abord avec son scénario et le rythme de la narration, parce qu’avant même de commencer à découvrir le gameplay de Deathloop, on est plongé directement dans l’intrigue, de la plage de Blackreef sur laquelle Colt se réveille tous les matins à notre première rencontre avec notre ennemie jurée Juliana. On comprend très vite l’objectif final : tuer les 8 Visionnaires d’AEON, l’organisation qui a mis en place la boucle temporelle sur l’île, pour briser la dite boucle et s’échapper d’ici et Arkane n’a rien laissé au hasard et l’ensemble est extrêmement bien construit et cohérent du début à la fin du jeu.

L’enquête que l’on va faire et les nombreux indices que l’on va trouver pour réussir à tuer tout le monde en moins de 24 heures sous peine de tout recommencer est captivante et on se prend véritablement au jeu d’enquêteur et il y a une réelle satisfaction d’accomplissement quand on voit les choses progresser pour concrétiser le plan final. C’est très agréable que cet aspect du jeu est aussi intéressant que peut l’être les phases de combat ou d’infiltration. Fait assez rare dans un jeu vidéo : j’ai même pris le temps de lire les documents secondaires de Deathloop, chose qui n’était pas arrivée depuis Dark Souls. C’est l’occasion de plonger en détails dans le lore passionnant de l’île de Blackreef, d’AEON et des autres visionnaires, mais également de débloquer plein d’indices sur des événements secondaires qui se passent un peu partout sur l’île.

Difficile d’en dire plus sur le scénario en dehors du pitch de base sans spoiler, mais sachez que l’enquête est passionnante et que Deathloop propose bien plus que ça et dans la plus pure tradition d’Arkane, plusieurs fins sont possibles. On saluera aussi la qualité de la narration, parce que la boucle temporelle obligé forcément à innover pour éviter que les choses deviennent répétitives. C’est en grande partie les discussions entre Colt et Juliana qui vont animer les choses et on apprécie qu’Arkane ait choisi l’humour et la légèreté dans la majorité des dialogues, évitant un jeu qui se prend trop au sérieux quitte à être parfois un peu trop vulgaire gratuitement.

Bienvenue sur Blackreef

Deathloop, c’est aussi une construction artistique et technique très juste. Avec quatre zones différentes de Blackreef à explorer, qui évoluent selon le moment de notre visite (matin, midi, après-midi ou soir), les environnements et les ennemis rencontrés ne sont pas du tout les mêmes, mais on apprécie toujours l’ambiance colorée et très années 80 à chaque fois. Encore une fois, certains lieux sont vraiment géniaux, comme les repaires des visionnaires Charlie ou Harriet, mais le mieux est de les découvrir sans spoilers. La patte artistique de Deathloop est très reconnaissable et c’est ce qui la rend superbe et représente une vraie bouffée d’air frais dans le monde du AAA et la musique jazzy qui accompagne la découverte ne fait que renforcer cet univers distinctif.

Comme toujours avec le studio français, le level design est exceptionnel avec une multitude de chemins différents pour s’approcher des visionnaires, beaucoup d’éléments cachés que l’on découvre à chaque nouvelle boucle et une envie d’explorer toujours plus grande qui va de paire avec celle d’enquêter sur les différents visionnaires. On se retrouve assez vite à faire une boucle juste pour le plaisir sans chercher à se concentrer sur les visionnaires et uniquement pour explorer des pistes secondaires ou chercher de quoi améliorer notre équipement et c’est en soi une grande qualité du jeu.

La patte Arkane

Pour ce qui est du gameplay, on retrouve énormément d’éléments qui ont fait le succès de Dishonored et ceux qui ont joué à ces jeux ne seront pas dépaysés. Bien sûr, ça passe par le level design dont on parlait juste avant, mais aussi dans certains pouvoirs disponibles ou de la façon dont l’IA réagit. Mais Arkane n’allait pas refaire exactement la même chose et apporte pas mal de nouveautés avec du hacking, des nouveaux pouvoirs très funs à utiliser. Mais pour acquérir ces pouvoirs et les améliorer il va falloir tuer les Visionnaires plusieurs fois, ajoutant une couche supplémentaire de rejouabilité à Deathloop. Et avant de se lancer dans nos expéditions sanglantes, il va falloir se préparer et c’est une étape importante d’une session de jeu sur Deathloop.


Pas de crafting dans Deathloop mais beaucoup de loots, que ce soit des pouvoirs, des armes, des améliorations ou des bonus passifs. Le petit problème c’est qu’on perd tout à la fin d’une journée à moins d’infuser notre équipement avec du residuum, une ressource que l’on trouve un peu partout sur l’île et que l’on peut perdre définitivement si on meurt 2 fois dans la même zone. Il va donc falloir avant chaque moment de la journée adapter nos armes et nos pouvoirs en fonction de nos besoins et du visionnaire que l’on va devoir affronter.


La préparation ne passe pas que par l’équipement, mais aussi par le choix de la route à suivre. On vous l’a dit tout à l’heure : Deathloop est un jeu très cohérent scénaristiquement parlant et ça se ressent dans l’interface et les menus. Pour ne pas se perdre dans les différents embranchements et enquêtent qui s’entremêlent, le jeu nous propose une arborescence limpide pour nous aider dans notre quête et qui regroupe même les documents et informations nécessaires pour chaque zone et chaque moment de la journée, de quoi rendre beaucoup plus agréable l’exploration et ne pas avoir l’impression d’avoir été dans une zone non-nécessaire trop tard.


L’IA de combat

Abordons le gros (et seul) point faible de Deathloop : son IA. Elle n’est pas catastrophique en soit mais la différence de comportements en combat ou quand on est en mode infiltration est gigantesque. En combat, elle est plutôt hargneuse et c’est agréable d’avoir un vrai challenge et de se sentir menacé par les éternalistes (noms donnés aux partisans d’AEON), même en ayant un très bon stuff vers la fin du jeu. Les ennemis ne sont jamais à prendre à la légère et foncer dans le tas sans repérage se termine rarement bien. En infiltration, l’IA est totalement aveugle et va avoir un temps de réaction long qui fait que l’on peut presque passer devant eux sans soucis pour peu qu’on soit accroupi et ne voir aucune réaction ou une vision à retardement.

Il y a clairement une volonté de privilégier l’infiltration par rapport au combat mais c’est dommage que ça se fasse au détriment de la réactivité des ennemis lorsqu’on avance discrètement. En contrepartie, ça rend les combats hyper agréables et très nerveux, grâce à un arsenal très varié, des armes aux effets parfois excellents (et drôles) et des pouvoirs qui peuvent parfois donner naissance à des situations explosives et bordéliques.


Le PvP !

Le dernier point que l’on se devait d’aborder était forcément le PvP. Il est possible dans Deathloop d’incarner Juliana et d’envahir la boucle d’autres joueurs incarnant Colt, un peu comme on pouvait le faire dans Dark Souls. C’est extrêmement fun et plein de tension et la partie se transforme en jeu de chat et la souris très rapidement. Dès que Colt est repéré ou entre en combat, on a un marqueur sur notre carte qui nous indique sa dernière position et Juliana a le pouvoir de se déguiser en éternaliste pour se fondre dans la masse et attaquer par surprise. Ne vous attendez pas du PvP nerveux dans Deathloop, mais plutôt à une traque silencieuse ou la patience est de mise, surtout si votre Colt est prudent (ou une flipette). Pas de quoi y passer des heures non plus, mais ça reste rigolo.


Ça vaut le coup ?

Deathloop est une réussite quasi-parfaite. Le scénario est superbe et il a bien plus à découvrir que le fait de tuer les visionnaires pour briser la boucle. La relation de haine et de clashs entre Colt et Juliana est très drôle et Arkane a fait un sacré travail de narration pour rendre le concept de boucle temporelle toujours aussi captivant, même après la 20ème fois. On prend plaisir à explorer l’île et ses différentes zones à différents moments de la journée, on prend plaisir à enquêter et trouver des documents et informations qui vous nous permettre de tuer les visionnaires, on prend plaisir à faire de l’infiltration, malgré une IA un peu aveugle, et on prend plaisir à se battre. Bref, Deathloop c’est beaucoup de plaisir servi avec une belle direction artistique très reconnaissable et un level design très soigné comme Arkane sait si bien le faire. Une nouvelle perle par un studio français dont notre pays peut être fier.

Source: Lire L’Article Complet