Témoignage : "J'écris des romans roses sous pseudo"

Derrière un pseudo, on peut créer une autre vie qui nous ressemble peut-être davantage. C’est le cas d’Aurélie qui, la nuit tombée, devient un auteur à succès. Elle raconte.

Aurélie, 38 ans, cadre à la SNCF, deux enfants de 9 et 11 ans. Avec sa dizaine de livres publiés dans la collection Harlequin et son demi-million d’exemplaires vendus, celle qui se fait appeler Emily Blaine est devenue en quelques années la reine du roman sentimental à la française.

Dernier roman paru : La crêperie des petits miracles, éd. HarperCollins, Collection &h.

Le soir quand ses deux enfants sont couchés, et après sa journée de cadre à la SNCF, Aurélie s’assied devant son ordinateur pour écrire des histoires d’amour qui se finissent toujours bien. Pendant quelques heures, elle devient Emily Blaine, auteure à succès de ce qu’on nommait autrefois “des romans à l’eau de rose”. Son style est enlevé, ses personnages modernes et ses héroïnes jamais soumises au désir des hommes.

“J’aimais les polars surannés”

” Adolescente, je vouais une détestation profonde aux sciences et un amour immense aux livres. J’en dévorais plusieurs chaque semaine ! Beaucoup de polars à l’atmosphère surannée comme les Agatha Christie ou les Exbrayat. J’allais les emprunter à la bibliothèque car il n’y avait pas de livres chez mes parents.. Dans ma famille, on avait le sens de la terre et du pragmatisme, pas tellement celui du rêve et de l’évasion. La lecture me permettait de m’échapper du quotidien. Cela me suffisait, je ne ressentais pas le besoin d’écrire.

“Le déclic de l’écriture a eu lieu pendant ma grossesse”

Deux ans après le bac, j’ai quitté ma Bretagne natale pour poursuivre des études de commerce à Paris. Puis j’ai été embauchée comme cadre à la SNCF, je me suis mariée. Le déclic de l’écriture s’est produit alors que j’étais enceinte de mon premier enfant. J’avais profité de ma grossesse pour lire avec délice la saga Twilight et c’est à ce moment-là que ma plume a commencé à me démanger. J’ai eu envie de tenter l’exercice de la fanfiction : reprendre les personnages du roman et les transposer dans une autre histoire. Je me suis alors rendu compte que mon imagination foisonnait et que l’écriture n’avait rien de douloureux, bien au contraire. Complètement emballée par ce nouveau hobby, j’ai publié des centaines de pages sur un site spécialisé.

“J’ai remporté un concours de nouvelles”

Quelque temps plus tard, j’ai participé à un concours de nouvelles organisé par les éditions Harlequin. Sans trop croire à mes chances car ce type de format court n’était pas mon fort. Mais surprise, je l’ai remporté et mon texte a été publié. Re-surprise, l’éditrice m’a demandé d’autres textes. Je lui ai fourni le millier de pages de ma fanfiction en me disant qu’elle n’aurait sans doute pas le courage de les lire. Non seulement elle les a lues mais publiées en trois tomes sous le titre Dear you. A partir de là, la mécanique était lancée et je ne me suis plus arrêtée d’écrire des romans d’amour. Avec mes propres personnages, tout droit issus de mes rêves et désirs. Car j’écris avant tout pour me faire plaisir, pour lire ce que je ne trouve pas toujours sous la plume d’autres auteurs.

“Mes héros vivent dans la vraie vie”

Je dois bien reconnaitre que la trentenaire que je suis ne se retrouve pas dans la littérature vieillotte des romans à l’eau de rose classiques. Le schéma narratif où l’homme est le pygmalion de la femme, où la femme ne se réalise que dans le regard de l’homme, où les héros semblent vivre leur amour en étant déconnectés de toute réalité matérielle ne correspond plus du tout à notre époque. Mes héros à moi vivent dans la vraie vie, ont un travail, peuvent connaitre des accidents de la vie, divorcer, perdre un être cher ou leur travail. Mes héroïnes ont de la personnalité et ne se soumettent pas au désir des hommes, mes héros ne sont pas des machos. Mais ces codes de la romance moderne ne m’empêchent en rien de rester fidèle au pilier de la littérature sentimentale : le happy end. Mes histoires d’amour finissent toujours bien. Et bien sûr, mes personnages sont beaux et ont de jolies valeurs !

“Quand j’écris mes romances, je suis une autre”

A partir du moment où j’ai été publiée, je me suis occupée de trouver un pseudonyme. Pas parce que j’avais honte de ce que j’écrivais mais parce que je tenais à ce que mon identité d’auteure reste distincte de mon identité de femme au travail et à la maison, de compagne de mon mari, de mère de mes enfants. Quand j’écris mes romances, je suis une autre et je veux le rester ! Et je souhaitais aussi protéger mes enfants. En France, la littérature sentimentale est méprisée et moquée. Si la comédie romantique est parfaitement reconnue au cinéma, elle perd ses lettres de noblesse sur le papier. C’est triste mais ainsi !

“Une histoire de complicité avec mon mari”

Mon pseudo à consonance anglo-saxonne, Emily Blaine, est entre autres un clin d’œil à des cultures moins élitistes et condescendantes vis-à-vis des romans populaires. C’est aussi une histoire de complicité avec mon mari car nous l’avons trouvé à deux. J’ai la chance qu’il me soutienne dans l’organisation du quotidien afin que je puisse me ménager mes temps d’écriture. Ce n’est pas pour ça qu’il lit mes romans : quand il a essayé, il n’a pas dépassé les dix premières pages ! Cela ne me gêne pas : je n’ai pas forcément envie qu’il ait accès à la part d’intime que je dévoile dans mes livres. Notamment aux scènes de sexe, incontournables car accomplissement attendu d’une histoire d’amour. Je dois bien avouer que c’est un exercice complexe pour ne jamais tomber dans la vulgarité et pour proposer autre chose que le missionnaire dans le lit !

“Cette double vie me comble”

Si je le souhaitais, je pourrais arrêter de travailler et vivre de ma plume mais je n’en ai pas envie. Devenir écrivaine à plein temps rimerait avec un job en solitaire, sans interactions sociales. En tant que cadre à la SNCF, je mène une carrière épanouissante et stimulante sur le plan intellectuel et cette double vie me comble ! L’écriture a vocation à rester un hobby qui instille de la légèreté dans mon existence, me soulage quand une journée a été peu agréable, me répare aussi parfois de mes soucis. Et surtout m’offre l’occasion de rencontres formidables avec mes lectrices qui font parfois des kilomètres pour venir me voir à une signature, échangent avec moi sur les réseaux sociaux et me sont d’une fidélité profondément émouvante”.

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