Samantha Avril : Fausse infirmière, fausse enseignante, mais vraie mythomane !

À 38 ans, Samantha Avril a exercé toutes ces professions, hélas sans en avoir suivi les formations. L’affabulatrice, qui doit comparaître devant la justice, vient d’être hospitalisée en psychiatrie.

Samantha Avril, connue pour avoir exercé illégalement en tant qu’infirmière, médecin et, pendant une courte semaine en septembre dernier, comme institutrice à Taponas dans le Rhône, vient d’être hospitalisée en psychiatrie. « Le médecin psychiatre qui la suit habituellement a avancé le rendez-vous prévu, et a décidé, après cette consultation, qu’elle devait être hospitalisée », a confirmé son avocate, Me Laurence Grenier-Guignard, le 13 octobre dernier. Son état psychologique semble s’être fragilisé un peu plus après de récentes révélations. Retour sur les faits.

Le 11 mai 2020, munie d’un faux diplôme de médecine acheté à moins de 200 euros sur Internet et après un rapide entretien par visioconférence, Samantha réussit à s’inscrire à l’Ordre des médecins de Saône-et-Loire et à se faire embaucher au centre de santé Filieris de Montceau-les-Mines, avec un salaire mensuel de 6 000 euros bruts. Pendant plus de quatre mois, le vrai faux médecin fait illusion, enchaîne les consultations, jusqu’à éveiller des soupçons auprès de certains patients et de leur entourage…

Interrogée par RTL, Sandrine Gaultier se souvient : « Elle m’a demandé ce que j’avais. Je lui ai dit que j’avais une forte douleur dans le dos. Elle m’a juste, vite fait, pris la tension. Deux coups de stéthoscope comme ça, et m’a dit que c’était une crise d’angoisse. » Seulement voilà, la « crise d’angoisse » était un infarctus. « J’ai été transférée en urgence à Dijon. Les douleurs de dos et dans la poitrine, c’était un infarctus ! Ne pas faire la différence entre les symptômes d’un infarctus et ceux d’une crise d’angoisse, je pense qu’il y a de gros problèmes, quand même. Oui, à cause d’elle, j’aurais pu y rester », explique la patiente qui ne décolère pas. D’autant plus que Sandrine n’est pas la seule dans ce cas ! Pendant presque cinq mois, Samantha Avril leurre une patientèle de plus d’un millier de personnes, jusqu’à ce que ses collègues de travail découvrent la supercherie. Le faux médecin est alors interpellé en septembre 2020, puis placé en détention provisoire à Dijon. Deux familles de patients décédés portent plainte.

“Trouble de l’identité”

Après quatre mois à la maison d’arrêt, la mythomane est remise en liberté sous contrôle judiciaire en janvier 2021. Une clémence qui ne l’empêchera pas de récidiver, comme l’atteste son embauche, en septembre dernier, à l’école primaire de Taponas, entre Mâcon et Villefranche-sur-Saône. Munie cette fois-ci d’un faux diplôme de Master de l’université de Lyon, et au terme d’un entretien et d’une formation express de huit heures, la voilà enseignante au cours préparatoire de la petite ville. Jusqu’à sa mise à pied six jours plus tard, le 23 septembre, après avoir été démasquée par une institutrice alertée par les articles dans la presse. On pouvait en effet y lire que Samantha Avril avait une nouvelle fois tenté d’usurper une identité pour s’inscrire à l’institut de professorat (INSPE) de Mâcon début septembre.

Un extrait de casier judiciaire B2, document exigé pour tout métier exposé à des enfants, avait pourtant bien été demandé à la fausse enseignante par le rectorat. Mais l’inspecteur académique du Rhône, Philippe Carrière, explique : « On a eu une procédure un peu longue pour le B2, je le dis bien volontiers et derrière, il faut qu’on travaille. » Et de relativiser : « À ce stade, il n’y a pas de préjudice pour les enfants. La personne a travaillé six jours dans les écoles, d’ailleurs il n’y a pas eu de comportement inadapté. Il n’y a eu aucun dépôt de plainte par les parents ni quoi que ce soit. C’était une enseignante comme les autres sauf qu’effectivement elle a falsifié des documents. »

Pour le neuropsychiatre, expert près la cour d’appel de Dijon, Rudy Didi Roy, plusieurs hypothèses de diagnostic concernant le cas Samantha Avril sont possibles : « Il y a de toute façon un trouble de l’identité ». Il peut en effet s’agir ou d’un trouble de personnalités multiples, appelé « trouble dissociatif de l’identité » (TDI) ; ou d’un délire chronique avec processus interprétatif ; ou d’un trouble de la personnalité de type « état limite » (borderline), avec au premier plan, peut-être, une amnésie dissociative ; ou d’une psychorigidité avec une conviction erronée, « ce qui fait qu’elle est capable de convaincre avec de faux diplômes ». Mais en aucun cas, « elle ne répond aux critères de la schizophrénie », affirme le docteur Didi Roy. Le neuropsychiatre estime aussi que Samantha Avril « n’a pas sa place en prison ».

“Elle veut être quelqu’un”

Dès lors, on peut se poser la question de savoir comment et pourquoi un individu développe un tel trouble ? Le neuropsychiatre avance une explication : « Elle veut être quelqu’un. Je pense qu’elle souffre de failles narcissiques majeures, sans doute issues de traumatismes liés à son enfance, qui font qu’elle veut se valoriser en se disant docteur ou professeure. » Et de confirmer : « Elle a besoin d’une prise en charge, d’un étayage, pour être ramenée dans la réalité. Selon moi, elle devrait être hospitalisée en psychiatrie et être étudiée, évaluée dans ses composantes psychiques. » Samantha Avril est désormais soignée dans une clinique du Châlonnais.

Nicolas GAUTHIER

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