"Revoir Paris" avec Virginie Efira et Benoît Magimel, projeté à Cannes : le souvenir pour guérir

Le soir du 13 novembre 2015, son frère était dans la salle du Bataclan, et elle est restée en lien avec lui toute une partie de la nuit par SMS.

Son frère a survécu, et cet événement personnel a été pour la cinéaste Alice Winocour le point de départ pour évoquer un événement traumatique collectif, dans Revoir Paris, son 4ème long-métrage.

« Ensuite, lors de discussions que j’ai eues avec mon frère dans les jours et les mois qui ont suivi les attentats, j’ai pu voir comment la mémoire construisait et reconstruisait les événements, raconte la réalisatrice à l’issue de la première projection de son film, le samedi 21 mai 2022 au théâtre Croisette, dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs. Grâce à lui, j’ai eu accès aussi au monde des survivants, à leurs témoignages et j’ai essayé d’être fidèle à leurs récits ». 

Une mémoire atomisée par l’attentat

Revoir Paris raconte l’histoire de Mia (Virginie Efira, sobre, sensible, toujours impressionnante) qui, un soir de forte pluie, se réfugie dans une brasserie, lorsqu’un massacre survient.

Trois mois après l’attentat, Mia ne se souvient de presque rien, elle est devenue, dit-elle, « la victime, l’attraction, celle à laquelle il faut faire attention », mais elle n’arrive pas à reprendre le fil de sa vie.

Elle se lance alors dans une enquête au cœur de sa mémoire atomisée par le traumatisme, tente de recoller les rares bribes de souvenirs, de reconstituer le puzzle de cette soirée tragique. Qu’a-t-elle vraiment fait ce soir-là ? N’a-t-elle pensé qu’à elle, s’est-elle souciée des autres ?

Mia revient sur les lieux du drame, explore les forums sur Facebook, à la recherche d’indices, de survivants, de cet inconnu au petit tatouage qui au cœur du chaos lui a tenu la main.

Paris, personnage-clé de ce drame

Parmi les victimes rescapées du drame, elle rencontre Thomas (Benoît Magimel, tout en nuances, et apportant au film une touche d’humour bienvenue).

En face d’elle qui ne se rappelle plus, lui se souvient presque trop. Enfin, plus que le théâtre de la barbarie, Paris fait figure de protagoniste essentiel, ville-personnage dont la chair est marquée, boulevards incandescents filmés par la réalisatrice tels d’immenses cicatrices.

Film sur la mémoire traumatique, Revoir Paris, dont le tournage a commencé au moment où s’ouvrait le long procès des attentats du 13 novembre, évoque la possibilité d’une réparation, que seul le collectif semble permettre, en faisant voler en éclats des individualismes paralysés par la douleur.

Gorgé de résilience, il veut révéler « le diamant dans le trauma », l’éclat dans le drame, en mettant à jour ces liens qui se sont créés, et des histoires d’amour peut-être aussi, derrière la tragédie. Revoir Paris, pour mieux réparer les vivants.

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Revoir Paris, d’Alice Winocour, avec Virginie Efira, Benoît Magimel, Grégoire Colin… en salle le 7 septembre 2022.

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