Pourquoi la footballeuse amérindienne Madison Hammond écrit l'Histoire

Dynamique, persévérante, inspirante : tous les qualificatifs s’accumulent pour désigner l’attitude de la jeune footballeuse professionnelle Madison Hammond. Sur le terrain bien sûr, et plus précisément au sein du club de soccer féminin OL Reign, à Tacoma, dans l’État de Washington. Mais pas seulement. Car en dehors, la championne est déjà victorieuse : en 2020, elle est devenue la première femme amérindienne à jouer au sein de la Ligue nationale de soccer féminin. A 23 ans, cette passionnée d’origine Navajo est déjà entrée dans l’Histoire.

Coachs, consoeurs footballeuses et médias spécialisés considèrent que son parcours fera indéniablement figure d’exemple à suivre. Un peu de lumière au sein d’un milieu aussi stimulant qu’ombrageux, riche en concurrences, en élitisme et en discriminations, loin d’être aussi inclusif qu’on ne pourrait le croire. La footballeuse autochtone pourrait d’ailleurs vous le raconter en long, en large et en travers.

Car à l’écouter, qu’importent les championnats : l’égalité des chances demeure encore le plus grand des exploits.

“Battre les garçons”

Qui est donc Madison Hammond ? Une jeune femme qui en veut. Ses premiers ballons, elle les joue à l’âge de cinq ans, dans une équipe locale de garçons au Nouveau-Mexique. A Albuquerque plus précisément, où elle a grandit. Là-bas, son amour du football croît vitesse grand v. D’autant plus que sa famille déploie depuis longtemps des aptitudes sportives – son oncle, ancien champion de golf, enchaîne les compétitions.

Qu’importe son jeune âge, ou les mecs qui lui font face : la sportive ne se laisse pas marcher sur les pieds. “Pour moi, il s’agissait toujours de battre les garçons. Je savais que j’étais aussi compétitive qu’eux”, raconte-t-elle au journal Fansided.

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Très vite, un ancien entraîneur la remarque et l’encourage à poursuivre. Ce qu’elle fera en investissant un club de filles pro, le McLean Youth Soccer, à Alexandria, dans l’Etat de Virginie. C’est là, bien avant de devenir l’une des plus prometteuses recrues de la National Women’s Soccer League, qu’elle comprend ce que signifie l’entrée dans un club. En terme d’investissement personnel, bien sûr. Mais pas seulement. Y perdurer et s’entraîner, coûte cher. Et les bourses délivrées aux jeunes les plus précaires ne sont pas forcément systématiques et accessibles.

“Ma mère était prête à faire beaucoup de sacrifices pour que je continue à jouer. Le football en club coûte tellement cher. Aujourd’hui, c’est encore pire, c’en est presque ridicule. Que ma mère, alors seule à nous élever, ait du faire tous ces choix pour que j’aie toujours accès au foot, ce n’est pas normal”, déplore-t-elle dans les pages du Seattle Times. Dès ses premiers entraînements pros, Madison Hammond comprend que sa situation est à la fois exceptionnelle, réjouissante… mais aussi symptomatique d’un plus vaste problème social.

“Tu ressembles à Sacagawea”

Face aux crampons de Madison Hammond, les adversaires ne sont pas toujours ceux qui dribblent et taclent. C’est avant tout contre les discriminations que la joueuse se bat. Quand on lui apprend qu’elle est la première femme autochtone à avoir été recrutée par la Ligue nationale de football féminin, loin de s’émerveiller, elle rétorque : “Quoi ?! Cela ne peut pas être vrai !”. Adolescente déjà, elle remarque les différences d’équipements entre les équipes d’Albuquerque et de Virginie. Plus de bouteilles d’eau, de maillots assortis, de sacs à dos à disposition.

“J’ai découvert que des clubs avaient beaucoup plus d’argent, d’infrastructures, de moyens d’entraînement”, se remémore-t-elle du côté de Fansided. Des disparités qu’elle ne cessera de constater, de son poste de capitaine de l’équipe de football féminin de l’université de Wake Forest en Caroline du Nord, en 2019, à sa signature-surprise auprès de l’OL Reign en mars 2020, alors que la pandémie du coronavirus s’abattait sur les Etats-Unis.

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Son duel, la nouvelle étoile de l’OL Reign le livre à l’adresse du racisme tenace. “Quand j’étais plus petite, avec mes cheveux raides et mes tresses, certains enseignants me disaient : ‘Tu ressembles à Sacagawea’ ! [Jeune femme du 18e siècle et figure légendaire de la culture amérindienne, ndlr]. C’était si décomplexé. Et dans le foot, les gens me demandent encore : ‘Qu’est-ce que tu es au juste ?’. Ils ont probablement en tête une personne à la peau rouge, vêtue d’un pagne”, ironise-t-elle en insistant sur la pression des athlètes amérindiens, “qui se doivent de représenter leur communautés, leur culture, leurs croyances”. Aussi ambitieux qu’un exploit sportif.

Ce n’est pas le Seattle Times qui viendra contredire cette “pression”. Comme le raconte le journal local, le nombre de femmes noires et autochtones au sein des sports professionnels est encore “trop limité”. En novembre 1997, date de naissance de la jeune vedette, il n’y avait tout simplement pas de ligues professionnelles de football féminin aux États-Unis. Précisons, pour vous donner une petite idée, que la ligue nationale Women’s Professional Soccer n’a été initié… qu’en 2009 ! Racisme et sexisme jouent depuis longtemps dans la même cour.

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L’avenir au bout du pied

Dans sa course, la pro compte bien devancer ces stéréotypes racistes. Sur ses réseaux sociaux, elle propage de bonnes ondes auprès de ses quatre-mille followers bienveillants, admirant sa ténacité et son parcours. Fin 2020, elle tenait ainsi à témoigner sa “gratitude écrasante” à son club et ses consoeurs “pour cette folle année”. Tout en rappelant, tag à l’appui, l’une des causes qui l’inspire : #BlackLivesMatter. Médiatisée pour son rôle historique, la joueuse est pleinement consciente de ce que le football peut apporter à la société. Et s’en réjouit.

Pourquoi ? Sa réponse est claire : “Lorsque vous avez toutes les ressources à votre disposition, cela vous offre tout un système de soutien pour continuer à croire en vous et à croire en vos rêves. Il est regrettable que de nombreuses histoires comme la mienne ne soient pas encore racontées. C’est pourquoi la représentation est si importante : voir des personnes qui vous ressemblent, faire ce que vous souhaitez faire, importe”.

A l’occasion du Mois national du patrimoine amérindien (en novembre), la sportive avait encore souhaité saluer “tous les Amérindiens et les communautés dynamiques dont ils sont issus” en insistant sur le fait que “chaque communauté a une culture, un patrimoine et des histoires uniques à raconter”.

La sienne, d’histoire, l’est tout autant.

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