Pourquoi est-on de mauvaise humeur quand on a faim ?
  • La chute du glucose, responsable de notre mauvaise humeur
  • Les émotions perturbent notre rapport à la nourriture
  • Le sucre, un calmant qui peut virer à l’addiction
  • Les trois types de faim

Il est bientôt 13h et vous n’avez plus aucune patience. Plus que réellement agacé(e) par vos collègues de bureau, vos enfants, votre moitié, ne seriez-vous pas plutôt affamé(e) ?

La faim est une pulsion orchestrée par une région archaïque du cerveau, l’hypothalamus. Lorsque le corps manque de nutriments, il envoie des signaux d’urgence pour attiser l’appétit. Ceux-ci induisent des sensations désagréables (contraction de l’estomac, remontées acides…) qui se répercutent forcément sur l’humeur.

Une étude publiée le 6 juillet 2022, dans la revue Plos one, a étudié ce sentiment d’irritabilité causé par la faim. 

“Beaucoup d’entre nous sont conscients que la faim peut influencer nos émotions, mais étonnamment, peu de recherches scientifiques se sont concentrées sur ce sujet”, a expliqué le Professeur Viren Swami de l’Université Anglia-Ruskin (Londres) et auteur principal de l’étude, au quotidien anglais The Daily Mail .

Comme le rapporte Ouest-France, “les scientifiques ont interrogé un panel hétérogène de 64 personnes, habitant en Europe, sur les sentiments qu’elles ressentaient, tout au long de la journée, à différents degrés de faim. Pendant 21 jours, elles ont dû renseigner ces informations sur une application, cinq fois par jour, à des moments aléatoires”. 

Résultat ? La faim était associée à 37 % à l’irritabilité, à 34 % à la colère et 38 % au plaisir.

La chute du glucose, responsable de notre mauvaise humeur

En 2018, des chercheurs de l’université de Guelph (Canada) ont toutefois étudié l’impact de la chute du taux de glucose dans le sang sur notre humeur. Susceptible de menacer le bon fonctionnement du cerveau, elle génère également un état de stress qui augmente l’agressivité. Ce mécanisme de survie explique en partie pourquoi on est grognon quand le ventre crie famine. 

“Cela est lié à l’hypoglycémie. Plusieurs mécanismes entrent en jeu, notamment avec l’hypothalamus, la partie du cerveau qui régule les fonctions vitales. Être en hypoglycémie augmente le stress. Cela a été observé chez les rats, dans une étude canadienne de 2019. L’activation de cet axe du stress affecte donc l’humeur”, explique Alix Le Calvez, diététicienne psychonutritionniste, basée à Bordeaux, et interrogée par Ouest-France

Mais ce n’est pas tout : d’autres phénomènes interviennent.

Les émotions perturbent notre rapport à la nourriture

Toutes les faims ne résultent pas d’un besoin nutritionnel. Certaines sont liées à un trop-plein d’émotions. 

« L’envie de manger apparaît aussi quand nous sommes angoissés, anxieux, stressés ou déstabilisés, constate le Dr Marie Thirion, pédiatre et auteure de Pourquoi j’ai faim ? (éd. Albin Michel). Il s’agit d’un phénomène de compensation qui se met en place très tôt au cours de la vie. On donne le biberon à un bébé pour faire taire ses pleurs et un bonbon à un enfant pour lui faire oublier une écorchure au genou ». 

Du coup, les aliments deviennent des calmants. En leur absence, nous ne parvenons pas à gérer nos émotions négatives et devenons irritables.

Le sucre, un calmant qui peut virer à l’addiction

Les compulsions sucrées peuvent cependant nous rendre insatiables.

À force d’avaler du sucre à haute dose, certains d’entre nous développent en effet une dépendance qui provoque de vraies sensations de manque. En 2009, des chercheurs américains montraient déjà, dans une étude accessible via la National Library of Medecine, que l’addiction au sucre activait les mêmes zones du cerveau que celle à la drogue.

Ces fringales à répétition ne peuvent être apaisées que par l’absorption de nourriture sucrée, qui déclenche une sécrétion de dopamine et d’endorphine, les hormones de la récompense et du plaisir. Sinon la frustration guette. Faute de grignotage, c’est l’énervement assuré.

Les trois types de faim 

D’autant que comme l’explique Alix Calvez à Ouest-France, “en diététique comportementale, on identifie trois intensités de faim : la petite, la moyenne et la grande. Plus on a faim et plus on a du plaisir en mangeant. On travaille beaucoup en thérapie pour apprendre à reconnaître les degrés”. 

La grande faim rend plus irritable et il y a vraiment des signes d’hypoglycémie (pâleur, tremblement, sueur, vertige, sensation de faiblesse, etc.). Pour les petites et moyennes faims, c’est plus supportable, le degré d’irritabilité est plus faible”, poursuit-elle. 

Enfin pour mettre fin à ces accès de colère, une solution : manger. Et s’ils se répètent trop régulièrement, peut-être envisager de se faire accompagner par un professionnel de la nutrition pour rééquilibrer son alimentation et éviter ces épisodes de faim.

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