Pose de stérilet : "J’ai eu l’impression qu’on m’agrafait le vagin"
  • Une douleur à ne pas banaliser
  • Pourquoi autant de souffrances ?
  • La possibilité d’une pose sous anesthésie

Après des années sous pilule contraceptive, Marie, 31 ans, a décidé de passer au DIU (dispositif intra-utérin) hormonal au printemps. Convaincue de l’aspect pratique de ce contraceptif, efficace à 99% et qui peut rester en place cinq ans – de 7 à 10 ans pour le DIU au cuivre – la jeune femme a vite déchanté.

Gêne, pertes de sang, elle a mal supporté son stérilet, qu’elle a fait retirer au bout de quelques semaines. Surtout, la pose lui a laissé un souvenir cuisant. Saisie de crampes et terrassée par la douleur, elle a fait un malaise dans le cabinet de son médecin, et a dû appeler son frère pour qu’il vienne la chercher en voiture. “Mes jambes ne me portaient plus, et je craignais de vomir en prenant un taxi”, raconte-t-elle.

Clémentine, 31 ans elle aussi, a dû dépasser ses appréhensions pour faire changer son DIU au cuivre il y a deux ans. “La première fois, j’ai eu l’impression qu’on m’agrafait le vagin”, se souvient-elle. On est loin de la sensation “un peu désagréable”, ou de la pose “très rapide et en principe pas très douloureuse” évoquées sur certains sites.

Une douleur à ne pas banaliser 

“On observe une nette différence de ressenti entre les femmes nullipares et celles qui ont accouché”, indique la Dre Laura Alexandra Nica, gynécologue au centre hospitalier de Dieppe, qui remarque une demande croissante des femmes de 20 à 24 ans. “Il n’y a aucun problème à poser un stérilet aux femmes qui n’ont pas eu d’enfant, mais chez ces dernières, la peur de la douleur est marquée et la pose peut être éprouvante. Les cas de malaises vagaux ou de douleur intense sont assez fréquents. Il est important de donner toutes les informations aux femmes, de ne pas négliger ou banaliser leur douleur.” 

“Je vois toujours mes patientes une première fois pour leur montrer un stérilet, détailler la pose sur un modèle de bassin que je me suis achetée, expliquer que cela peut engendrer des contractions”, abonde Maïté Cristin, sage-femme à Ballancourt-sur-Essonne. La soignante, comme la Dre Nica, figure sur la liste de praticien.nes féministes et bienveillant.es recensé.es par le blog collaboratif GynAndCo.

Pourquoi autant de souffrances ?

Pour le médecin généraliste et écrivain Martin Winckler, qui a exercé au Centre de planification de l’hôpital du Mans jusqu’en 2008 avant de s’installer au Québec, la souffrance associée à la pose d’un stérilet, petit “T” en plastique souple de 3 à 4 cm de long, tient avant tout à la façon de le poser. “D’abord, la douleur peut survenir à cause d’un spéculum inséré trop brutalement”, décrit l’auteur de C’est mon corps : toutes les questions que se posent les femmes sur leur santé* (L’Iconoclaste, 2020).

Mes jambes ne me portaient plus, et je craignais de vomir en prenant un taxi.

Maïté Cristin explique ainsi qu’elle utilise systématiquement l’huile de massage du périnée de la marque Weleda sur le spéculum, pour une insertion en douceur. Une fois le spéculum en place, le praticien désinfecte le col de l’utérus, puis fait glisser le tube inserteur, où se trouve le DIU replié, à l’intérieur du vagin.

Là, deuxième source de douleur : “Pour passer le col, les médecins français ont encore trop l’habitude de le saisir avec une pince Pozzi, terminée par deux crochets, alors que ça n’est absolument pas nécessaire. Seuls de rares cas où le col n’est pas aligné avec l’utérus nécessitent l’usage d’une pince, et une pince plate fait tout à fait l’affaire, c’est d’ailleurs ce que l’on utilise au Royaume-Uni”, s’exclame le médecin, pour qui la médecine hexagonale est très en retard dans la prise en charge de la douleur. Il a observé, au fil de ses années de pratique, que les sages-femmes étaient moins enclines à utiliser ce qu’il n’hésite pas à appeler “un croc de boucher”. “J’ai toujours trouvé l’utilisation de la Pozzi assez barbare, et je ne m’en suis servie qu’une fois, quand je n’avais plus le choix”, explique Maïté Cristin.

Interne entre 2013 et 2017, la Dr Nica confirme avoir appris à poser un stérilet avec une pince Pozzi, avant de développer la pose sans pince au fil de sa pratique.

“La santé en France repose sur un système dogmatique, où l’on remet rarement en cause ce qui vous est appris”, tacle encore Martin Winckler. Qui identifie une dernière source de douleur liée à l’inserteur : “Inutile de l’insérer loin dans l’utérus, comme beaucoup le font. Le médecin peut s’arrêter à l’orée du col, puis faire pression sur le poussoir afin de laisser le DIU se déplier dans l’utérus, sans le plaquer à la paroi. On appelle cela la pose en floraison, et cela diminue considérablement les risques de spasmes”, assène le soignant, qui conseille par ailleurs à toutes ses patientes de prendre un anti-inflammatoire 2h avant le rendez-vous.

La possibilité d’une pose sous anesthésie

Face aux poses difficiles, ou à des patientes particulièrement angoissées, l’anesthésie pourrait sembler indiquée. Dans les faits, elle n’est quasiment jamais proposée en France. De l’avis des différents médecins interrogés, les risques liés à une anesthésie générale sont trop importants pour ce type d’actes. Quant à l’anesthésie locale, par une piqûre sur le col de l’utérus, elle serait plus douloureuse que la pose en elle-même.

Mais là encore, les habitudes diffèrent d’un pays à l’autre. À Rochester, dans l’Etat de New York où il a fondé le Center for Menstrual Disorders (Centre dédié aux maladies menstruelles), le Dr Morris Wortman pratique la pose du DIU sous sédation consciente, qui provoque une somnolence sans être aussi contraignante qu’une anesthésie générale. Dans les années 1970, il a été l’un des premiers à proposer ce type de sédation pour les IVG chirurgicales, pratiquées alors sans anesthésie.

La santé en France repose sur un système dogmatique, où l’on remet rarement en cause ce qui vous est appris.

Toujours en Amérique du Nord, à Montréal, la clinique médicale Femina, spécialisée dans les avortements, offre des options inédites pour la pose d’un stérilet. “Les patientes peuvent respirer du protoxyde d’azote, un gaz relaxant qui est fréquemment utilisé par les dentistes. Et nous pratiquons l’anesthésie locale sur col de l’utérus : trois injections de xylocaïne à 1% avec une aiguille très fine qui permettent d’endormir la zone”, décrit le Dr Claude Paquin, co-directeur de la clinique.

Selon le généraliste, 95% des femmes ne sentent rien, et cela tient à la formation des médecins, “habitués chez nous à pratiquer cette anesthésie pour les IVG”. Les locaux, les ressources et le matériel de la clinique Femina facilitent cette anesthésie. “Ce n’est pas forcément évident ailleurs, ou en cabinet”, admet le Dr Paquin.

C’est aussi l’avis du Dr Nica, qui plaide pour le développement, à l’hôpital, de salles de “mini-interventions”, à mi-chemin entre le bloc opératoire et le cabinet médical, mais aussi pour le développement de techniques d’anesthésie alternatives, comme l’hypnose ou la sophrologie, auxquelles de plus en plus de soignant.es sont formés : “C’est l’avenir pour toutes ces interventions qui font encore souffrir les femmes.” 

(*) C’est mon corps : toutes les questions que se posent les femmes sur leur santé de Martin Winckler (Éd. L’Iconoclaste, 2020). Disponible sur Place des Libraires et Amazon

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