Pédopornographie, violences sexuelles… R. Kelly face à la justice

Un procès retentissant s’ouvre ce lundi à New York. R. Kelly, ancienne star du R’n’B dans les années 1990, sera jugé devant le tribunal fédéral de Brooklyn pour différents chefs d’accusation, dont exploitation sexuelle de mineure, extorsion, enlèvement, corruption et travail forcé. Des charges pour lesquelles le chanteur a plaidé non coupable. Comme le rapporte
RFI, il risque jusqu’à vingt ans de prison. Et ce n’est que le début.

Ce premier procès devrait être suivi prochainement par d’autres, dont un à Chicago à l’automne, où le musicien de 54 ans devrait être jugé pour des faits similaires. C’est dans cet état de l’Illinois d’où il est originaire, qu’il avait été incarcéré en 2019 pour abus sexuels aggravés sur quatre femmes entre 1998 et 2010. En juin dernier, il 
avait été transféré vers une prison de Brooklyn en vue de son procès new-yorkais, retardé d’un an à cause de la pandémie.

Au cœur de ces multiples affaires ? Plus de 25 ans de soupçons et d’accusations de pédopornographie, relations sexuelles avec des mineures, violences sexuelles et séquestration. On le soupçonne notamment d’avoir créé autour de lui une véritable secte sexuelle, dévoilée à la fin des années 2010 par une enquête et un documentaire.

Vingt ans d’investigation

L’une des premières affaires remonte au début des années 2000, alors que R. Kelly surfe encore sur le succès mondial de I Believe I Can Fly (trois Grammy Awards en 1998). Jim DeRogatis, journaliste au Chicago-Sun Times, révèle avoir reçu par courrier anonyme des vidéos où figure le chanteur ayant des relations sexuelles avec des jeunes filles. Inculpé pour pédopornographie en 2002, R. Kelly est finalement acquitté six ans après, l’enquête ne permettant pas de définir l’âge d’une des jeunes filles. Comme le précise la
BBC, d’autres accusations similaires visent le chanteur à cette période, abandonnées faute de preuves suffisantes.

C’est près de dix ans plus tard que de nouvelles accusations relancent sérieusement l’affaire. Pour le site de BuzzFeed cette fois-ci, Jim DeRogatis dévoile en juillet 2017 une enquête conséquente et accablante sur le chanteur, l’accusant d’avoir créé une secte sexuelle et de séquestrer six femmes dans différentes propriétés en banlieues d’Atlanta et de Chicago. « Il contrôle tous les aspects de leur vie : il leur dit quoi manger, porter, quand elles doivent se laver, dormir, et comment avoir des relations sexuelles quand il les filme », écrit-il notamment. Des révélations qui surviennent quelques mois avant l’affaire Weinstein.

Enfin, deux ans plus tard, Lifetime diffuse la série documentaire Surviving R. Kelly, qui rassemble plus de 50 témoignages de proches qui confirment tous les accusations de séquestration et de violences sexuelles. Le programme crée alors une véritable onde de choc.

Des inculpations en série

En février 2019, des procureurs de Chicago l’inculpent pour abus sexuels aggravés sur quatre femmes entre 1998 et 2010, dont la plus jeune avait 14 ans au moment des faits. Sept mois plus tard, toujours dans l’Illinois, des procureurs fédéraux l’inculpent pour pédopornographie et incitation de mineure à des actes sexuels, en l’accusant notamment d’avoir filmé ses ébats avec de jeunes filles et acheté le silence de témoins potentiels pour obtenir son acquittement lors de son premier procès en 2008, pour pédopornographie.

A New York, le musicien est accusé d’avoir abusé de six femmes dont l’identité n’a pas été diffusée. Mais beaucoup considèrent que l’une des victimes, appelée Jane Doe #1 dans le dossier, est en fait la chanteuse Aaliyah, décédée en 2001 dans un crash d’avion, à 22 ans. L’acte d’accusation reproche en effet à R. Kelly d’avoir corrompu un fonctionnaire de l’Etat de l’Illinois en 1994 pour obtenir de faux documents et épouser une mineure. Une accusation qui renvoie au mariage, finalement annulé, du chanteur avec la jeune étoile du R & B, alors âgée de 15 ans.

L’acte d’accusation détaille des faits sordides : R. Kelly dirigeait un réseau qui recrutait et préparait des jeunes filles à avoir des relations sexuelles avec lui, les enfermant dans leurs chambres d’hôtel quand il était en tournée, leur demandant de porter des vêtements amples quand elles n’étaient pas avec lui, de « garder la tête basse » et de l’appeler « papa » («daddy »).

« Défaire la poupée gigogne »

A Chicago comme à New York, les juges fédéraux ont refusé sa libération sous caution, invoquant un risque de fuite, de subornation de témoin ou le danger que représente le chanteur. R. Kelly, qui doit aussi faire face à un front judiciaire dans l’Etat du Minnesota, pour des faits similaires, a toujours nié les accusations. « Qu’il s’agisse de vieilles rumeurs, de nouvelles rumeurs, de futures rumeurs, c’est faux », a-t-il assuré dans une interview à CBS, avant les inculpations fédérales.

Pour l’avocate Gloria Allred, qui représente trois des victimes au procès new-yorkais, « les accusations sont très puissantes, elles remuent beaucoup » et « pour dire les choses gentiment, cela va être un vrai défi pour la défense ». Kenyette Barnes, cofondatrice du mouvement « MuteRKelly », est optimiste quant à elle sur une condamnation qui donnera aux victimes présumées une chance de commencer à « guérir ».

Au contraire de 2008, où il avait été acquitté, « il y a cet effort concerté pour défaire la poupée gigogne que représente Robert Kelly », a-t-elle déclaré à l’AFP. « Le temps est venu pour les survivantes (…) Il a fait du mal à trop de jeunes femmes et de jeunes filles tout au long de sa vie, et a évité de rendre des comptes. Et il est temps que ce règne prenne fin. »

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