Orfèvrerie, menuiserie, marqueterie… cinq duos artisans-designers présentent leurs créations

Virtuoses du tissage, de la marqueterie, de la céramique…, ils travaillent main dans la main avec des designers. Ensemble, ces duos effacent les frontières et apportent aux objets ce supplément d’âme que l’on recherche tant.

India Mahdavi et Lison de Caunes : paille pop

Diplômée en architecture, design industriel, design de mobilier et graphisme, India Mahdavi a fait du bonheur la marque de fabrique de son studio créé en 2000. Lison de Caunes, elle, a choisi, après ses études à l’Union centrale des Arts décoratifs, de remettre au goût du jour la technique oubliée de la marqueterie de paille, perpétuant la tradition de son grand-père, le décorateur André Groult .Devant le succès, elle a inauguré son atelier au début des années 1990. Elles se sont trouvées il y a trois ans autour d’une table ronde qui allie savoir-faire et imagination.

Madame Figaro. – Comment vous êtes-vous rencontrées ?
India Mahdavi.
– Je connaissais la technique de la marqueterie de paille que je trouvais très séduisante mais liée aux années 1940 et indissociable du travail de Jean-Michel Frank et de Jean Royère. Je me demandais comment la réinterpréter. J’ai eu le déclic quand je planchais sur mes tables conçues autour du thème «Les héros de mon enfance», et inspirées des bandes dessinées. J’ai eu envie de donner un nouveau visage à Bugs Bunny en utilisant pour le représenter des matériaux naturels. C’était donc enfin l’occasion d’intégrer la marqueterie de paille dans mon travail. Je suis allée voir Lison, experte en la matière, et elle a dit «Banco, ça m’amuse beaucoup !». C’est ainsi qu’est née cette collection de tables rondes aux motifs décalés qui donnent un côté plus fun à cette technique sérieuse.
Lison de Caunes. – C’est vrai que la marqueterie de paille c’est très sérieux ! Et pourtant nous avons réussi le pari d’en faire quelque chose d’amusant. Ce premier projet a été lancé il y a trois ans et, depuis, nous n’avons pas cessé de collaborer.

Quel est votre projet en cours ?
I. M.
– Encore une table, cette fois-ci inspirée de la cible That’s All Folks, celle que l’on voit au générique des dessins animés américains.
L. C. – Nous nous connaissons de mieux en mieux et notre collaboration est donc de plus en plus fluide. Nous travaillons beaucoup ensemble sur le choix des couleurs de la paille. Je fais des propositions à India. Elle donne son avis. Je modifie. J’apporte mon savoir-faire et India son œil.

Table en marqueterie de paille, inspirée de la cible That’s All Folks.

Qu’avez-vous appris l’une de l’autre ?
L. C.
– Moi j’ai besoin de la folie des designers. Je pense être une bonne artisane mais je n’ai pas une imagination débridée. India m’emmène dans son monde. Elle me dit «Viens on va faire le Bugs Bunny que j’ai dans la tête» et je la suis ! J’adore me laisser entraîner dans des univers nouveaux. D’ailleurs quand un designer me propose un truc totalement dingue, irréalisable au premier abord, je dis toujours oui.
I. M. – Avec Lison, je découvre une multitude de paramètres techniques comme le travail en étoile ou à la verticale qui va changer l’aspect de la paille. La paille est un matériau vivant, elle s’applique de mille façons et le rendu est toujours différent. L’expertise de Lison est donc essentielle. Et sa main aussi : elle apporte une dimension d’affect qu’aucune machine ne peut réaliser.

Quels sont les liens entre artisanat et design ?
L. C.
– Je sais travailler la paille et India sait dessiner un meuble, inventer des motifs… À un moment donné, ces deux métiers se rencontrent.
I. M. – Le design va au-delà d’une réflexion sur l’usage. Il prend en compte la fabrication, l’empreinte carbone… Mon travail avec Lison s’inscrit dans cette approche avec une volonté de préserver des savoir-faire.

D’autres collaborations en vue ?
I. M.
– J’ai envie de réaliser une autre table inspirée du corail.
L. C. – Parfois India pense à des motifs sans savoir s’ils sont réalisables. À moi de lui dire oui ou non. Alors, d’accord pour le corail !

Clara Hardy et Élise Fouin : rêve de soie

Clara Hardy et Elise Fouin : “Le designer se retrouve parfois artisan, et l’artisan designer. La frontière est devenue poreuse.”

Élise Fouin et Clara Hardy auraient pu se rencontrer à l’École Boulle, où elles ont toutes les deux fait leurs études, la première en orfèvrerie et design, la seconde en menuiserie et design. Mais la vie en a décidé autrement. Élise Fouin a fait ses armes de designer chez Andrée Putman, avant de monter son studio en 2008. Clara Hardy a, elle, fondé en 2015 Sericyne, entreprise spécialisée dans les produits en soie non tissée, technique qui consiste à laisser les vers déposer naturellement leur soie sur des supports. Leurs chemins se sont finalement croisés à l’occasion d’un programme sur l’innovation, dans le cadre duquel elles ont créé une lampe délicate et unique.

Madame Figaro. – Comment vous êtes-vous rencontrées ?
Clara Hardy.
– Sericyne avait remporté un concours avec R3iLab, un réseau d’innovation pour l’industrie. Dans ce cadre, nous devions développer un projet montrant notre capacité à inventer et R3iLab nous a mis en contact avec Élise.

Parlez-nous de votre lampe, de ses spécificités…
C. H.
– Il s’agit d’une lampe en soie dont la fabrication a nécessité vingt-cinq jours de travail et 1500 vers à soie. Chez Sericyne, on crée une soie non tissée entièrement naturelle. Les vers ne produisent pas de cocons. Ils sont installés sur des moules, où ils déposent leur soie. Là, ils étaient sur une structure plate. Élise a transformé cette soie plate en des formes 3D et en incluant des éléments lumineux.
Élise Fouin. – J’aime la matière. Elle est très souvent le point de départ de mes créations. Mais avec Sericyne, j’ai dû créer «ma matière». En effet, ce ne sont pas des femmes et des hommes qui tissent la soie Sericyne, ce sont les vers qui la fabriquent en évoluant sur un support. Contrairement à mes habitudes, je n’ai pas travaillé une matière finie, mais j’ai imaginé une structure pour guider les chenilles, pour qu’elles produisent une soie répondant à mes besoins. Quant à l’éclairage, j’ai utilisé des microLED qui ne chauffent pas et qui peuvent donc être encapsulés…

Lampe en soie avec micro LED encapsulés.

Qu’avez-vous appris l’une de l’autre ?
E. F.
– J’ai intégré dans mon travail les impératifs de Sericyne. Je suis allée dans les Cévennes voir l’atelier afin de mieux saisir les contraintes de cette technique. Un apprentissage passionnant !
C. H. – Élise a porté un regard nouveau sur notre technique. Elle a montré que nous pouvions imaginer d’autres voies, d’autres usages. Elle nous a ouvert l’esprit.

Quels sont les liens entre artisanat et design ?
C. H.
– Les deux sont intimement liés. Le design ne consiste pas seulement à dessiner des formes, à répondre à des fonctions. Il doit aussi penser des systèmes. Ainsi, Sericyne n’est pas uniquement une entreprise d’artisanat : elle repense la filière soie, son fonctionnement. Elle est donc partie prenante de l’univers du design.
E. F. – Je partage l’avis de Clara. Autrefois, en France, on aimait bien cataloguer les artisans et les designers. Aujourd’hui, la jeune génération ne fait plus de frontière entre les différents domaines et disciplines. Designers et artisans repensent ensemble les processus de conception et de fabrication. Le designer se retrouve parfois artisan, et l’artisan designer. La frontière est devenue poreuse.

D’autres projets ?
E. F.
– On voudrait capitaliser sur cette lampe qui, à ce jour, reste encore un objet manifeste. Il faut maintenant que nous la rendions plus accessible. Nous réfléchissons donc à une déclinaison qui pourrait être commercialisée.
C. H. – Si nous arrivons à produire cette lampe en série, à la faire distribuer, nous montrerons qu’il est possible de faire de beaux objets pour tous, fabriqués naturellement.

Philippe Model et Bruno Dubois : l’esprit bistrot

Philippe Model et Bruno Dubois. «Nous devons aussi faire évoluer nos collections en ouvrant notre univers à des personnalités passionnées, originales, uniques…»

Il a conquis le monde avec sa chaise parisienne. Et pourtant, rien ne prédestinait Bruno Dubois, consultant en stratégie industrielle, à faire carrière dans le mobilier. C’est en voyant l’âge de la retraite arriver que l’homme songe qu’il est temps de lever le pied sans pour autant cesser toute activité. Il explore plusieurs pistes et s’éprend de la Maison Louis Drucker, alors à vendre. Fasciné par le potentiel du rotin et le savoir-faire de cette manufacture créée au XIXe siècle, il la rachète en 2006. En quelques années, ses chaises de bistrot redeviennent des icônes… Rien d’étonnant, donc, à ce qu’elles aient attiré l’attention de Philippe Model, amateur de beau, connu pour ses chapeaux, souliers, mais aussi pour ses collections de peintures, papiers peints, objets déco, meubles… Ce touche-à-tout s’est pris de passion pour les assises et, avec Bruno Dubois, donne des couleurs au mobilier.

Madame Figaro. – Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Philippe Model.
– La manufacture Gatti, avec qui j’ai réalisé mes premières collections de chaises bistrot, a été revendue il y a un an et demi à un financier. Quand j’ai compris que la collaboration allait être impossible, je me suis tourné vers Bruno. Il a immédiatement proposé de m’aider.
Bruno Dubois. – J’étais ravi de travailler avec Philippe, car une entreprise ne peut se développer qu’en proposant de nouveaux produits. Et cela passe par des collaborations avec des créateurs de talent, comme Philippe. Certes, nous avons nos archives, les signatures de Maison Louis Drucker, mais nous devons aussi faire évoluer nos collections en ouvrant notre univers à des personnalités passionnées, originales, uniques, qui apportent un autre point de vue sur notre savoir-faire.

Décrivez-nous cette collection ?
P. M.
– Il s’agit d’une collection de chaises déclinées dans neuf teintes et complétées par un banc, une tête de lit et un abat-jour.

Qu’avez-vous appris l’un de l’autre ?
P. M.
– Maison Louis Drucker, labellisée Entreprise du patrimoine vivant, m’a apporté son savoir-faire historique d’exception, son exigence. Cette collaboration me permet aussi de faire connaître mon travail hors de France, car Maison Louis Drucker a une clientèle internationale.

Chaises de bistrot parisiennes en rotin.

B. D. – Philippe a montré aux équipes de Maison Louis Drucker que l’on pouvait traiter la couleur à travers des mélanges et des motifs différents, peut-être plus complexes que ce que nous avons l’habitude de faire. Nous avons 40 sortes de tissages et, pour lui, nous avons dû en inventer d’autres ! Un défi passionnant et un nouveau souffle. Si Philippe voit en nous un moyen de se faire connaître dans le monde, il est aussi, pour notre maison, l’emblème de la création parisienne qui plaît partout sur la planète. Nos clients, en Azerbaïdjan, en Australie où ailleurs, veulent tous un morceau de la Ville Lumière, et Philippe s’avère en être un parfait ambassadeur.

Quels sont les liens entre artisanat et design ?
B. D.
-L’artisanat et le design sont inséparables. Ils doivent sans cesse fusionner pour vivre, voire survivre.
P. M. -Ce rapprochement n’a pas toujours été évident. Mais notre époque implique un nouveau lien aux objets : on souhaite qu’ils durent, qu’ils aient une âme. Elle est donc propice à recréer un lien intime entre les designers et les artisans.

Avez-vous une autre collaboration en vue ?
P. M.
-Nous souhaitons tout simplement élargir cette gamme.
B. D .- Ce matin, je réclamais d’ailleurs une nouvelle chaise à Philippe. Un modèle un peu classique, avec un dossier en forme de médaillon. Il va plancher dessus…

Mayeul Gauvin et Marianne Guély : constellations de papier

Mayeul Gauvin et Marianne Guély. «Les contraintes techniques se mêlent aux sensibilités, et cela donne des créations plus touchantes auxquelles on s’attache longtemps.»

Au sein de son studio créé en 2007, Marianne Guély, formée au design industriel, fédère des talents de tous horizons autour de son matériau fétiche : le papier. Avec elle, artistes et artisans le réinventent dans le cadre de projets de scénographie ou en concevant des objets d’exception. Mayeul Gauvin fait partie des proches de Marianne Guély, collaborant régulièrement avec elle. Peintre décoratrice spécialisée dans les décors muraux et les trompe-l’œil, elle apporte au studio un œil expert en matière de recherche sur la couleur et les effets d’illusion. Elles viennent de signer en duo une lampe de rêve…

Madame Figaro. – Comment vous êtes-vous rencontrées ?
Mayeul Gauvin.
-J’ai découvert le travail de Marianne pendant ma dernière année d’étude. J’étais partie en Belgique faire un stage au sein de l’atelier d’Isabelle de Borchgrave, elle aussi experte du papier. En rentrant à Paris, j’ai tout naturellement contacté Marianne, et elle m’a proposé une collaboration qui se poursuit encore aujourd’hui.

Ensemble, vous avez créé une lampe : quelles sont ses particularités ?
Marianne Guély.
– Nous voulions associer la pierre d’albâtre et le papier, faire dialoguer ces deux matières. Et Mayeul a joué le rôle d’alchimiste !
Mayeul. – La lampe devait évoquer des constellations avec des effets évanescents. Pour obtenir ce résultat, j’ai fait de nombreux tests. J’ai mélangé différentes techniques. J’ai, par exemple, utilisé de l’encre de Chine avec beaucoup d’eau pour un rendu très brut du papier. J’ai aussi tanné – comme on le ferait pour du cuir – un apprêt à la colle avec de la peinture noire pour un résultat qui accroche la lumière et donne du brillant…

Abat-jour en papier et socle en albâtre.

Qu’avez-vous appris l’une de l’autre ?
Marianne.
– Mayeul est comme moi, elle aime voyager, découvrir des cultures. Cela se ressent dans son travail d’artiste et dans son approche de la matière. Elle apporte un sens de la couleur que nous n’avons pas au studio.
Mayeul. -Travailler avec Marianne implique souvent de nombreuses recherches, et c’est très excitant de s’immerger dans de nouvelles techniques et de les mettre en pratique.

Quels sont les liens entre artisanat et design ?
Marianne.
– Artistes, artisans, designers sont des partenaires. Depuis trente ans, je navigue entre l’industrie et l’artisanat, et je suis à l’aise dans les deux secteurs. Cette absence de frontière permet de faire un travail éclectique et des rencontres. Je suis toujours à la recherche de talents pour faire évoluer mes idées. Ainsi, avec Mayeul, nous créons aujourd’hui une pièce unique, mais je peux en parallèle plancher sur des cartes de vœux qui seront imprimées à plusieurs milliers d’exemplaires. Le résultat dans les deux cas est très élégant.
Mayeul. – Une collaboration entre un artisan et un designer catalyse les émotions. Les contraintes techniques se mêlent aux sensibilités, et cela donne des créations plus touchantes auxquelles on s’attache longtemps.

D’autres projets ?
Marianne.
– Nous allons continuer à développer des lampes, afin de proposer du sur-mesure aux architectes d’intérieur. Nous aimerions également, imaginer un lustre avec du papier, mais aussi des plumes et, pourquoi pas, du verre de Murano.

Laura Gonzalez et François Roger : effet miroir

Laura Gonzalez et François Roger. «Pour moi, c’est très clair, je suis designer, je ne suis pas artisan. Je travaille avec la main des autres.»

Donner une âme aux lieux, c’est le dada de Laura Gonzalez depuis la création de son agence Pravda Arkitect et la réalisation de son premier chantier en 2008. Pour cultiver un style éclectique chic bien à elle, elle s’entoure d’artisans : ébénistes, tapissiers, peintres… Parmi eux, le céramiste François Roger que rien ne prédestinait à ce métier. Formé à l’hôtellerie avant de devenir sommelier et d’ouvrir un bistrot et une cave à vin, il a été rattrapé par la passion familiale. Le déclic a lieu lorsque, par hasard, il essaie de reproduire un objet en terre dans l’atelier Jean Roger fondé par son grand-père. Il décide alors de se faire former par son père et prend finalement sa succession. Avec Laura Gonzalez, ils viennent d’imaginer un miroir spectaculaire.

Madame Figaro. -Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Laura Gonzalez.
– C’est moi qui suis allée le chercher. J’avais chiné aux puces des appliques Algues, de Jean Roger, que j’adorais et je voulais lui acheter de nouvelles pièces pour le projet du Relais Christine. C’était il y a sept ans, et c’était le début d’une longue collaboration. Depuis, je commande des pièces à François pour presque tous mes chantiers et nous avons aussi développé ensemble, il y a trois ans, ma collection de bougies exclusives.

Sur quelle pièce êtes-vous en train de travailler ?
L. G.
– Sur un miroir conçu comme une grosse tresse. Tout est parti d’une photo, que j’ai envoyée à François, avec un détail qui a quelque chose de végétal comme un tronc d’arbre. Je lui ai également donné des cotes à respecter. Et François a livré sa propre interprétation. Elle m’a plu immédiatement.
François Roger. – Il est vrai que quand je travaille avec Laura, il y a peu de déchets ! Il y a entre nous une certaine cohérence dans la vision et dans le style. Les codes de Laura sont classiques, mais systématiquement twistés, comme on aime le faire chez Jean Roger. Concernant ce miroir, j’ai souhaité travailler avec une terre chamottée, faïencée, pour plus de solidité et de couleur blanc mat, parce que c’est la teinte identitaire de l’atelier, mais aussi pour le côté très contemporain.

Miroir en terre chamottée et faïencée blanc mat.

Qu’avez-vous appris l’un de l’autre ?
L. G.
– La patience et la complexité de sa technique.
F. R. – Laura ayant besoin d’objets complètement différents sur chacun de ses projets, je suis dans la recherche permanente. Cela me fait avancer, progresser.

Quels sont les liens entre design et artisanat ?
L. G.
– Pour moi, c’est très clair, je suis designer, je ne suis pas artisan. Je travaille avec la main des autres. Cet esprit d’équipe est très intéressant, car plus il y a d’intervenants, plus il y a d’inconnus, plus il y a de surprises.
F. R. – Pour moi, les deux sont complémentaires, imbriqués. Je suis artisan quand je produis pour les autres, et je suis designer et artisan quand je réalise mes propres collections. L’artisan apporte un autre œil au designer et lui permet de développer de nouvelles techniques. Les deux s’enrichissent.

Avez-vous une autre collaboration en vue ?
F. R.
– Toute une série de pièces pour l’hôtel Saint-James, à Paris, comme des appliques Fagot XXL et des vases Artichaut pour toutes les chambres. Et nous allons aussi décliner le miroir Tresse pour que Laura puisse le proposer dans sa collection d’objets exclusifs.
L. G. – Nous développons également une série d’appliques pour un hôtel à Rome, deux modèles qui rappellent des manchettes de gladiateur, ainsi que la signalétique des chambres sur des plaques en céramique.

Elizabeth Leriche, chasseuse de tendances : “Les consommateurs sont en quête de propositions avec une âme”

Directrice du bureau de style qui porte son nom, Elizabeth Leriche participe depuis dix ans à l’Observatoire du salon de décoration Maison & Objet. Elle s’y attache notamment à mettre en valeur le grand retour du Craft. Pour elle, design et artisanat sont tout naturellement liés.

Madame Figaro. -Assiste-t-on à des retrouvailles entre designers et artisans ?
Elizabeth Leriche.
– La relation entre designers et artisans a toujours existé. Elle a eu des hauts et des bas. Aujourd’hui, elle est de nouveau évidente. Les designers renouent avec les savoir-faire traditionnels. Ils ne s’éloignent pas radicalement de l’industrie, mais ils cultivent des liens de plus en plus intimes avec des artisans afin de réaliser des objets plus singuliers, porteurs de sens. En effet, face à l’uniformisation de l’offre, les consommateurs sont en quête de propositions avec une âme, et c’est ce que permet le geste artisanal. Pour les designers, qui sont aussi des créateurs, c’est une aubaine, une façon de s’exprimer aussi pleinement, d’aller vers plus de surprise, d’échange aussi.

Quels sont les designers qui vous semblent emblématiques de ce mouvement ?
Je pense immédiatement à Ronan et Erwan Bouroullec, qui vont travailler avec l’industrie mais qui ont aussi un véritable intérêt pour les techniques traditionnelles. Ils ont, par exemple, collaboré avec Maison Matisse qui propose à des designers de développer des projets avec des artisans inspirés de l’univers du peintre Henri Matisse. Ils ont ainsi imaginé le vase Fenêtre Duo qui représente une fenêtre ouverte. Cette série très limitée en faïence, terre cuite et aluminium a été réalisée à la main dans des ateliers français. Constance Guisset a, elle, pour Maison Marcoux Mexico, conçu une table, des vases, une carafe, dans le cadre d’une résidence à Oaxaca, au Mexique. Ses créations ont été façonnées par un atelier local, expert du travail de la terre noire, spécifique à cette région. Quant à Sam Baron, il est allé chercher l’inspiration au Portugal pour ses bougeoirs Pedra fabriqués avec des pierres délaissées dans les carrières…

France, Mexique, Portugal…, les designers ne se contentent pas des artisans qui sont à côté de chez eux !
Cette «coopération» reflète une envie de découvertes d’autres territoires. Les objets deviennent symboliques d’un dialogue entre des cultures. Et à l’heure où nous sommes contraints dans nos déplacements, ils deviennent une façon de voyager. Ils sont un peu comme la pierre de rêve chinoise : les observer permet de s’évader !

Peut-on parler d’une stimulation mutuelle ?
La rencontre entre un designer et un artisan est l’occasion d’avancer ensemble. Le designer confronte son projet aux limites de la technique, et il doit parfois l’adapter. Quant à l’artisan, il peut aussi imaginer de nouvelles approches pour répondre aux attentes du designer. Le résultat de ces rencontres permet ainsi souvent de mettre au goût du jour des savoir-faire ancestraux.

Face à des créations standardisées et lisses, est-ce que le travail du designer avec l’artisan permet une redécouverte du toucher ?
Cette collaboration c’est, bien sûr, l’occasion pour le designer de renouer avec le plaisir de toucher la matière. Certes, il ne «fait» pas, mais il va pouvoir partager ce lien sensuel à la terre, au textile, au bois que possède l’artisan. Et l’objet qu’ils vont réaliser ensemble, la plupart du temps en petites séries, portera la marque de la main de celui qui l’a fabriqué. Le futur propriétaire, quand il touchera cet objet, sentira qu’il y a l’empreinte de l’artisan, une forme de signature. Ce contact unique déclenche aussi une nouvelle relation au temps. Un objet fait à la main, ce n’est pas un objet qui sort d’une machine automatique. Il a fallu du temps pour le réaliser et il est donc aussi fait pour durer dans le temps… Une valeur de durabilité de plus en plus importante pour les consommateurs

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