On a lu « Le Suppléant », les mémoires du prince Harry
  • Un père aimant mais distant, une belle-mère qui le lâche en pâture, la compétition avec le frère. Bienvenue chez les Windsor racontés par l’un d’entre eux, le prince Harry.
  • Dans ses mémoires, intitulées Le Suppléant et parues ce mardi, le prince se livre à une violente charge contre les tabloïds et certains conseillers royaux.
  • Harry y confie également des souvenirs intimes et revient sur les étiquettes qui lui ont été collées par les tabloïds.

« « Harold, il faut que tu m’écoutes ! Je veux simplement que tu sois heureux, Harold. Je le jure… Je le jure sur la vie de Maman. » Il s’est figé. Je me suis figé. Papa s’est figé. Il avait franchi le pas. » La scène se passe quelques heures après l’enterrement du prince Philip, mort le 9 avril 2021. William (qui appelle son frère Harold), Harry et leur père le prince Charles sont alors réunis, alors que Harry a quitté la Grande-Bretagne avec femme et enfant l’année précédente. La scène, qui se déroule à la fin de Le Suppléant, les mémoires du prince Harry parus ce 10 janvier chez Fayard, résume l’ouvrage : rivalités entre frères, avec le père, souvenir omniprésent de Diana et par-dessus, l’ombre pesante des tabloïds et des conseillers en communication.

Pendant un peu plus de 500 pages, le prince Harry règle ses comptes. Il fait éclater les conventions de communication entre Buckingham Palace, Clarence House ou Kensington Palace – les différents bureaux chargés de la communication de la famille royale – et la presse. Fini les histoires balancées en off, c’est-à-dire sans citer la famille royale comme source, les « sources proches du palais » ou les absences de commentaires aux histoires parues dans les tabloïds. Fini aussi l’accès privilégié qu’ont les correspondants royaux des journaux britanniques à la famille royale – un système que le duc de Sussex dit d’ailleurs abhorrer. Le prince répond et en on, sur des histoires parfois anciennes. Le costume de nazi qu’il avait arboré à une soirée en janvier 2005 ? Harry raconte qu’il s’y est rendu sur l’insistance de son frère, lui qui n’aime pas les soirées déguisées. Le thème de celle-ci était « colons et indigènes ». Il se remémore s’être rendu dans un magasin de costumes et avoir hésité entre un costume de pilote britannique ou cet uniforme. Kate et William « ont hurlé de rire » quand ils l’ont vu avec cet accoutrement

Un « petit jeu de chantage et de stratagèmes ».

L’expression raciste qu’il a utilisée en 2006 envers un soldat pakistanais ? « Enfant, j’avais entendu beaucoup de monde employer le mot sans que ça fasse sourciller personne, et je ne m’étais jamais dit de ces gens qu’ils étaient racistes, développe le prince, qui confie avoir appelé le soldat pour s’excuser. Je ne connaissais rien non plus sur les préjugés inconscients. J’avais vingt et un ans, je nageais dans une bulle de privilèges et pour moi, ce mot était comme le  » Aussie  » qu’on employait pour les Australiens. Innocent. »

Sa prétendue cure de désintox ado ? Harry y répond en écrivant une charge contre les tabloïds et les conseillers de son père. Le prince en est encore furieux plus de vingt ans après la parution de l’article. Il affirme avoir voulu y répondre à l’époque, mais que les conseillers de son père avaient choisi le silence. Ceux-ci auraient utilisé l’histoire visant le fils pour redorer l’image du père : « Dans toute cette histoire dégueulasse, ce petit jeu de chantage et de stratagèmes, le conseiller voyait une occasion inespérée, un merveilleux prix de consolation pour Papa : désormais il ne serait plus, aux yeux du monde, le mari infidèle, mais le pauvre père célibataire démuni face à son rejeton drogué jusqu’à la moelle. »

Rupert Murdoch, le « mal incarné »

Le livre est une charge violente contre les tabloïds. Le magnat des médias Rupert Murdoch, propriétaire du Sun, est le « mal incarné » pour le prince. Il est peu surprenant que le fils de Diana utilise ce qualificatif, lui qui a vu pendant toute son enfance sa mère pourchassée par des paparazzis. Pour échapper aux objectifs, le prince confie s’être caché dans des coffres de voiture lorsqu’il sortait de boîte de nuit. Quand Meghan doit accoucher, ils partent en direction de l’hôpital dans une fourgonnette banalisée.

Lui qui dénonce tout au fil du livre ces intrusions dans sa vie privée et celle de sa mère, se montre ouvert en racontant nombre de souvenirs intimes, comme sa perte de virginité, qualifiée d’épisode « peu glorieux », ou bien encore la fois où il a mangé des champignons hallucinogènes chez l’actrice Courtney Cox. Etait-il important d’écrire que l’odeur d’une crème qu’on lui conseille d’appliquer sur son pénis engourdi par le froid après une expédition polaire lui rappelle sa mère ?

Harry se défend d’en faire trop. Après tout, plaide-t-il, l’exercice n’est pas inédit dans la famille royale : la biographie de son père parue en 1994 n’a pas été écrite « par » mais « avec » le présentateur et historien Jonathan Dimbledy, souligne-t-il. Diana avait elle-même raconté son histoire au journaliste Andrew Morton, une tentative, là encore, de rapporter sa vérité, alors qu’elle était en pleine séparation avec le prince Charles.

William et Harry ne voulaient pas du mariage de Charles avec Camilla

Harry s’est tracé des lignes rouges : il ne dit quasiment rien de ses enfants, en dehors des accouchements de Meghan. Pas un mot non plus sur ses neveux et nièces, les enfants de Kate et William.

Il égratigne en revanche Camilla, qu’il accuse de proximité avec la presse. Il accuse des conseillers de son père de s’en prendre à l’image de Kate et William, puis de Harry et Meghan, pour favoriser Charles et Camilla. Il dresse le portrait d’un Charles aimant, mais distant, qui s’éloigne de lui après son mariage avec Camilla. William et lui ne voulaient d’ailleurs pas de cette union, écrit-il.

Le souvenir de Diana, fil rouge de ces mémoires

Il décrit une relation qui se distend avec son frère au fil des années, tous deux devenant parfois des rivaux. Le soutien caritatif à l’Afrique, c’est à moi, proclame ainsi un jour William, toi tu as les anciens combattants.

Avec son frère, Harry n’arrive pas à évoquer le décès de leur mère. Pendant tout le livre, le duc de Sussex souligne sa peine, n’arrivant pas pendant des années à croire à cette disparition. Il confie n’avoir pleuré qu’une fois pour sa mère en 1997 et n’arrivera à la pleurer une seconde fois que des années plus tard, en présence d’une petite amie.

Si Harry défend ses actions, il en profite aussi pour défendre son épouse. La fameuse lettre que Meghan a envoyée à son père dans une tentative de réconciliation ? Une idée de la reine, lâche-t-il. Sa femme se voit reprocher d’envoyer des mails à des collaborateurs à une heure indue ? Celle-ci était simplement réveillée pour parler à des amis aux Etats-Unis et n’attendait pas « une réponse immédiate ».

Ni Charles ni William n’ont réagi publiquement à la publication du livre. 400.000 exemplaires de ces mémoires ont été vendus ce mardi, jour de sa sortie.

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