Musées fermés ? Ils photographient les œuvres et les collent dans la rue
  • Le collectif Line Up, ambassadeur du street art, et l’association de médiation culturelle Odette Louise, ont mené un projet, visant à afficher des photographies d’œuvres du Fonds régional d’art contemporain (Frac), dans le quartier populaire de Celleneuve.
  • Les habitants ont été associés de près à ce projet : certains ont été formés pour faire des visites guidées de cette exposition en plein air à leurs voisins.
  • Une manière de « démocratiser » l’art contemporain, et de montrer que « tout le monde est légitime » pour regarder et commenter une œuvre.

A Montpellier (Hérault), la place Mansart est devenue un musée à ciel ouvert. Le collectif
Line Up, ambassadeur du street art, et l’association de médiation culturelle
Odette Louise, ont mené un étonnant projet, visant à afficher des photographies d’œuvres du Fonds régional d’art contemporain (Frac), dans le quartier populaire de Celleneuve. Un dispositif qui tombe à pic, alors que les musées sont fermés depuis quatre mois, en raison des mesures mises en place pour lutter contre le Covid-19.

C'est l'association Line Up, en partenariat avec des lieux culturels, qui mène ce projet de musée dans la rue

« L’idée est de faire sortir le musée dans la rue », et de toucher des publics « éloignés », « des habitants qui n’auraient peut-être pas osé pousser la porte d’un musée, explique Keini Liguagua, la directrice de Line Up. Cela permet de démocratiser un peu cet art-là. » Les œuvres de l’exposition qui était en cours au Frac avant l’annonce du dernier confinement, Lux fugit sicut umbra, ont ainsi été prises en photo, et imprimées dans de larges formats, puis collées sur les murs du quartier. « Nous voulions reprendre un peu, avec ce projet, les codes du street art, et le collage nous a paru être la bonne manière de faire le pont entre le musée et la rue », reprend Keini Liguagua.

« Cela casse le fossé que les gens s’imaginent parfois entre eux et l’art contemporain »

Et pour que les habitants, qui ont été associés de près à cet étonnant projet, s’emparent de cette exposition pas comme les autres, des femmes du quartier, seules à s’être proposées, ont été formées pour, à leur tour, faire des visites guidées à leurs voisin(e)s. Certaines ont même fait des visites dans leurs langues d’origine, en arabe ou en géorgien. « Cela a permis à ces dames de se dire qu’elles pouvaient visiter des expositions d’art contemporain, qu’elles avaient tout à fait les outils pour s’emparer des œuvres, les comprendre et y être sensibles, confie Gaëlle Saint-Cricq, chargée des publics au Frac, qui a accompagné les habitants dans ce projet. Cela casse le fossé que les gens s’imaginent parfois entre eux et l’art contemporain. »

Des visites guidées sont organisées dans les quartiers

Et que ce soit des habitantes, et non des spécialistes de l’art contemporain, parfois intimidants, qui mènent les visites guidées, ça change tout. « C’est la meilleure façon de montrer aux personnes aux alentours que l’art s’adresse à tout le monde, qu’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise façon de regarder une œuvre, confie Géraldine Noailly, médiatrice au sein de l’association Odette Louise. Il n’y a plus ceux qui savent, et ceux qui ne savent pas. Il n’y a plus de position de « sachant ». Tout le monde est légitime. »

Des enfants de l’école Léo-Malet, à Celleneuve, ont également enregistré des cartels sonores, qui ont été affichés à côté des collages, et que tout le monde peut télécharger en visitant l’exposition en plein air. Ce projet de « musée dans la rue » a débuté il y a une dizaine de jours. La pluie a eu raison de quelques collages, mais certains sont encore à découvrir sur la place Mansart, cette semaine. Le dispositif va être prochainement déployé, avec d’autres associations et d’autres musées et galeries d’art, dans d’autres quartiers prioritaires de l’Hérault, notamment à Lodève, à Sète, à Agde et Lunel.

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