Mika se souviendra « à vie » du passage des Ukrainiens à l’Eurovision
  • Mika est, avec Laura Pausini et Alessandro Cattelan, l’un des présentateurs de l’Eurovision 2022 dont la finale se déroulera samedi 14 mai au Pala Alpitour de Turin (Italie).
  • « Je me sens électrisé par ce qui est en train de se passer », confie-t-il à 20 Minutes, expliquant trouver cette expérience « remarquable ».
  • Mika a été particulièrement marqué par la prestation du groupe ukrainien Kalush Orchestra en demi-finale mardi. « Jamais je n’aurais imaginé être dans une émission de variété, un concours de chansons et vivre une émotion sociopolitique intense, collective, comme celle-là. »

De notre envoyé spécial à Turin (Italie)

On connaissait le Mika chanteur et le Mika coach de The Voice. Cette semaine, on découvre le Mika animateur. Aux côtés de Laura Pausini et d’Alessandro Cattelan, il est l’un des maîtres de cérémonie de l’Eurovision qui se déroule à Turin. Toujours aussi vibrionnant, le trentenaire n’en finit pas de courir après le temps. Depuis lundi et jusqu’à samedi, il enchaîne répétitions et directs. Jeudi, il a cependant trouvé un créneau entre l’ultime couturière et le live de la demi-finale pour répondre aux questions de 20 Minutes.

Comment avez-vous vécu le direct de la première demi-finale mardi ? Qu’en retenez-vous ?

Je trouve cette expérience remarquable. La RAI a décidé d’investir sur les trois soirées de la même manière ou presque, c’est très courageux et même très risqué. Monter une émission comme ça, c’est costaud. En monter trois en une semaine, c’est du jamais vu. Je me sens électrisé par ce qui est en train de se passer. Le secret de tout cela, c’est que l’on a commencé à travailler sur l’écriture, avec Laura [Pausini] et Alessandro [Cattelan], il y a des mois, à distance ou ensemble. On fait partie d’une discussion sur la structure, la narration, le ton de ce que l’on voit, des intros, des performances.

Tout est très millimétré. Il y a peu de place pour l’improvisation. Pour quelqu’un de spontané comme vous, ce n’est pas frustrant ?

Ce chronomètre et la précision ne rendent pas l’exercice plus facile. Tout cela repose sur l’interprétation, sur l’énergie, parfois même un petit regard ou un geste qu’il va falloir amplifier… C’est vraiment un langage télévisuel. On est sur de la macrotélévision. Parce que tout le monde est en train de parler sur notre voix, ça, c’est la première chose qu’il faut comprendre. Donc tout est dans un geste, un regard, dans le lien entre nous [avec Laura Pausini et Alessandro Cattelan] et la caméra. Dès qu’on entre dans cette arène, on est en train de faire de la télévision pour des gens à la maison. Il faut parler à la caméra 99 % du temps et non au public dans la salle. On improvise quand même, mais avec précision, de manière chronométrée. Je vous dis la vérité, si je suis préparé, je trouve cela amusant. Je me prépare le plus possible pour que, si je me trompe, je puisse me rattraper et rester humain et sincère, mais pas figé.

Dans le magazine italien « Sorrisi e Canzoni », vous avez déclaré récemment que les commentateurs français étaient « cattivissimi », « très méchants ». Vous avez un message à faire passer à Laurence Boccolini et Stéphane Bern qui commenteront la finale samedi sur France 2 ?

(Il rit) On sait très bien qu’il y avait plus méchant que Stéphane Bern. Marc-Olivier Fogiel, que je connais très bien, et Dave s’étaient fait virer des commentaires parce qu’ils étaient si méchants… En même temps, ça fait un peu partie de l’exercice, non ? Cette dualité, il y a les choses qu’on aime, celles qu’on n’aime pas, les chutes… Cela fait partie du jeu. Mais, Stéphane, sois gentil, s’il te plaît, je te le demande.

Vous avez eu des mots assez durs au sujet de l’Eurovision il y a quelques années. Quel regard portez-vous sur le concours aujourd’hui ?

Il y a toujours des choses que l’on peut aimer énormément et des choses que l’on n’aime moins. Ce format a eu des succès remarquables ces dernières années, grâce au streaming. Si l’Albanie présente une bonne chanson, ou si un tube vient des Pays-Bas, cela peut devenir un carton dans le monde entier. Quand l’Italie présente une chanson comme Zitti e Buoni, le nombre d’écoutes est incroyable. Le streaming a changé la manière dont les gens considèrent cette compétition. Le calibre des auteurs, le calibre des artistes, les réseaux sociaux, permettent de comprendre qui est la personne en train de chanter, d’où elle vient, ce que raconte sa chanson… Ces chansons ne sont plus forcément des découvertes le soir de la finale. Cela a fait augmenter la crédibilité musicale de cette compétition.

Cette édition se déroule dans un climat international particulièrement tendu, avec notamment l’un des pays participants, l’Ukraine, qui est en pleine guerre. Quelles impressions avez-vous : les gens ont le cœur à la fête ?

Il y a plus que jamais le cœur à la fête. Tout le monde n’est pas en train de sauter en l’air constamment pour autant. Quand l’Ukraine s’est présentée l’autre soir [en demi-finale mardi], il y avait beaucoup de larmes. Il y avait une intensité. Je me suis dit « Merde, je vais me souvenir de ce moment pour le reste de ma vie. » Jamais je n’aurais imaginé être dans une émission de variété, un concours de chansons et vivre une émotion sociopolitique intense, collective, comme celle que j’ai vécue quand les Ukrainiens [le groupe Kalush Orchestra] sont arrivés et que les gens se sont mis à hurler et à applaudir, peu importe le drapeau qu’ils avaient dans les mains. Plus que jamais, c’est une urgence de célébrer nos différences sur la même scène. J’ai donné une interview au New York Times où j’essayais de faire comprendre aux Etats-Unis ce qu’était le phénomène Eurovision… J’ai expliqué que, plus que jamais, les artistes sont en train de chanter dans leur propre langue et c’est assez étonnant car, avant, il y avait cette idée qu’il existait un « son Eurovision ». Maintenant, on entend des langues différentes, mais aussi des instruments des différentes cultures, on voit des broderies, des motifs… Rien que le fait que la France ait voté pour un groupe breton pour la représenter à l’Eurovision… Est-ce qu’on aime ou non ? C’est une autre question. Mais est-ce que c’est intéressant d’un point de vue sociopolitique. Eh bien… oui !

Nikos Aliagas vous a envoyé un message de félicitations après la première demi-finale ?

Non. Il ne m’a pas envoyé de message. Je ne sais pas pourquoi, en fait.

Vous l’attendez ? Il y a un message à lui faire passer ?

Oui : je l’aime ! Lui aussi est concerné par ce dont je viens de parler. Ce serait une bonne question pour lui : samedi soir, il soutiendra qui ? Il va hurler pour la France ? La Grèce ? Et si ce sont les deux, pour laquelle criera-t-il le plus fort ?

Nikos Aliagas sera de retour prochainement à l’animation de « Star Academy ». Vous avez été le directeur artistique de la version québécoise, cela vous intéresserait de reproduire l’expérience en France sur TF1 ?

Au Québéc, j’étais directeur artistique invité. Pour l’instant, il n’y a eu aucune discussion entre moi et Star Ac’ en France, donc toutes les annonces qui ont été faites ne sont pas du tout la réalité.

On va vous revoir bientôt en France ?

Mon nouveau single, Yo Yo, qui sort ce vendredi, va certainement m’emmener en France. J’espère que vous m’entendrez en France avant de me voir. Cet été, je ferai beaucoup de festivals en Europe. Il y a le moment pour la télé, le moment pour la musique et le moment pour la scène. Il faut que chaque chose prenne sa place quand il faut. C’est tellement important pour moi que c’est la raison pour laquelle je chanterai durant la finale. Je fais le host, ensuite je deviens Jekyll and Hyde, je change complètement de tenue et d’attitude et je deviens l’artiste sur scène.

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