Meurtre de Julie Douib : un féminicide retentissant jugé à Bastia jusqu’au 16 juin

Le procès de Bruno Garcia-Cruciani s’est ouvert ce jeudi 10 juin, à Bastia. L’homme de 44 ans est accusé d’avoir assassiné son ex-compagne, Julie Douib, le 3 mars 2019 à L’Île-Rousse (Corse). Un féminicide, qui au-delà d’émouvoir la France entière, est vite devenu un symbole de la lutte contre les violences faites aux femmes.

Retrouvée morte sur son balcon par une voisine

En 2019, Julie est la trentième victime de féminicide (sur les 146 connus survenus en France la même année, ndlr). Trois jours avant son meurtre, les plaintes déposées contre son ex-compagnon sont classées sans suite. Comme pour de nombreuses victimes, les sonnettes d’alarme semblent avoir largement été ignorées.

Ce 3 mars 2019, Julie Douib est retrouvée sur son balcon par une voisine. Elle a reçu deux balles de calibre 9 mm au thorax par arme à feu. Elle est déclarée morte peu avant midi. Son ex-compagnon qui s’est rendu une demi heure plus tôt à la brigade de gendarmerie de l’Île-Rousse, avoue le meurtre et est placé en détention provisoire à la maison d’arrêt de Borgo, rappelle France 3

Quelques jours plus tard, des centaines de personnes défilent dans les rues corses pour rendre hommage à Julie et interpeller les pouvoirs publics face à un drame qui aurait vraisemblablement pu être évité. Un rassemblement est également organisé à Vaires-sur-Marne, la ville d’origine de Julie. La Fondation des femmes appelle à un plan national de lutte contre les féminicides. Six mois après la mort de la jeune femme, le Grenelle contre les violences conjugales, voulu par Marlène Schiappa, est lancé.

C’est pareil : les pauvres, elles portent plainte, on ne les protège pas et finalement on les tue. C’est nous, les familles de victimes, qui prenons perpète.

À l’heure du procès de l’ex-compagnon de Julie, ce 10 juin 2021, plus de deux ans après l’horreur, son père, Lucien Douib estime que la situation n’a pourtant que très peu changé : “Il y en a encore qui meurent dans les mêmes conditions, c’est-à-dire tuées par armes, violentées dans la rue… Cela me révolte. J’ai l’impression de retourner deux ans et demi en arrière et que rien n’est fait. Je sais que ça a bougé mais ça ne va pas assez vite. C’est inimaginable qu’on puisse entendre les même problèmes 27 mois après l’assassinat de Julie. C’est pareil : les pauvres, elles portent plainte, on ne les protège pas et finalement on les tue. C’est nous, les familles de victimes, qui prenons perpète”, cite FranceInfo

Au moment des faits, la procureure de l’époque, Caroline Tharot, avait déclaré à Corse-Matin qu’il n’y avait eu “aucun manquement de la part des services de gendarmerie et de la justice”. Lucien Douib, durant la marche silencieuse, avait pourtant expliqué : “Il y a eu beaucoup de plaintes. Tout le système était au courant. Moi-même, j’ai porté cinq ou six fois plainte. Ma fille a porté cinq ou six fois plainte avec justificatifs de coups, certificat médical, lettres de témoignages”, cite France 3. “Je ne comprends pas comment on a pu autant fermer les yeux sur cette histoire.”

Depuis l’assasinat de leur fille, Lucien Douib et son épouse s’occupent des deux garçons que Julie Douib a eu avec Bruno Garcia en 2008 et 2011, durant leur treize ans de vie commune. 

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Des témoignages accablants à l’heure du procès

Dans cette affaire, le verdict de la justice est désormais attendu mercredi 16 juin. L’accusé encourt la réclusion à perpétuité.

En ouverture de son procès ce jeudi, le père de la victime s’est une nouvelle fois exprimé : “J’espère que ce procès et ce qu’on va y dire servira pour les autres”, confie-t-il. “Que les femmes iront plus facilement porter plainte, qu’on les écoutera plus et que peut-être fin 2021, au lieu que 90 d’entre elles soient parties comme en 2020, il y en aura moins… Et s’il y en a moins, on aura un peu gagné”.

J’espère que ce procès et ce qu’on va y dire servira pour les autres. Que les femmes iront plus facilement porter plainte, qu’on les écoutera plus.

Les premières auditions de témoins ont été difficiles pour la famille. Pendant celui de la voisine qui l’a retrouvée, le père de la victime a quitté la salle d’audience. Cette dernière raconte avoir entendu des coups de feu et s’être dirigée vers la cage d’escalier. Elle y croise alors Bruno Garcia : “Il s’est arrêté, il m’a fixé. On ne s’est pas dit un mot”, cite La Dépêche. Elle s’est alors dirigée vers l’appartement. La porte ouverte, elle a alors découvert Julie sur le balcon. 

“Julie, elle était allongée sur le balcon, la tête dans un pot de fleurs vide. Elle gémissait. À un moment donné, elle m’a regardé et elle m’a dit ‘il m’a tué’, c’étaient ses derniers mots”, raconte, émue la voisine. 

Une autre voisine auditionnée lors du procès, raconte la scène à laquelle elle a assisté, depuis le parking de la résidence, ce dimanche matin : “J’ai vu une personne se jeter sur la dame et la jeter par terre. Ils étaient sur la terrasse. Elle est allongée, lui est sur elle, il la maintient au sol en la tenant au niveau du cou. Elle disait ‘à l’aide, à l’aide’, elle a levé la main. Le deuxième coup de feu est parti à ce moment-là”. 

Un accusé sans regret et sans expression

“Ce qu’il a fait vivre à Julie Douib, il l’avait déjà fait vivre à Saveria”, une précédente compagne, assure la directrice d’enquête, cité par La Dépêche. La jeune femme avait déjà été auditionnée une première fois en 2019. “Complètement terrorisée”, elle n’a pas pu se rendre à ce procès.

Pour l’experte, le mobile du meurtre de Julie Douib “est lié à une rupture mal digérée et à une liaison secrète (de la victime) avec un prof de sport”.

À son procès, Bruno Garcia ne laisse paraître aucune expression, aucun regret, aucun remords, relate Libération. 

Il conteste toute notion de préméditation. Selon l’ordonnance de mise en accusation, il était “obnubilé par le fait qu’elle le trompait”, avant leur séparation. Au mois de Février, en 2019, il a recherché sur internet : “peine pour homicide”, “tentative de meurtre”, “fusillade” et “partir vivre en Thaïlande”. Le jour-J il a fait venir sa soeur et son beau-frère pour s’occuper de ses enfants. Il quitte son foyer avec une arme, un Glock-17 de calibre 9mm coincée dans sa ceinture, la bouche du canon équipée d’un silencieux. 

“Monsieur, est-ce que vous confirmez votre version que je peux résumer ainsi : Je comptais aller au centre de tir, j’ai changé d’avis et je suis allé chez mon ex-compagne avec mon arme que j’ai sortie pour l’impressionner. J’ai tiré une fois dans la chambre des enfants sans être sûr de l’avoir touchée et puis j’ai un trou noir sur ce qui s’est passé sur le balcon”, ce à quoi répondu Bruno Garcia, inexpressif : “C’est bien ça, merci madame”. 

En Corse, comme sur l’ensemble du territoire française, les violences conjugales sont en hausse après les différents confinements. En Corse-du-Sud, la vice-procureure générale constate une augmentation de 10 à 15% des faits rapportés à la justice en 2020 par rapport à 2019, précise France 3

Ce 10 juin, un mois après le féminicide de Mérignac, où Chahinez, 31 ans, mère de trois enfants, a été abattue en plein rue par son mari récidiviste, le gouvernement a annoncé six mesures pour renforcer la protection des victimes de féminicides. 

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