#MeToo quatre ans après : les Etats-Unis, la Suède et l'Egypte, trois pays où le mouvement peine à faire réellement bouger les choses

Quatre années après la discours choc de la comédienne Asia Argento au festival de Cannes, qui avait jeté une lumière crue sur les violences sexuelles dans le monde du cinéma, franceinfo fait le point sur les conséquences du mouvement #MeToo aux Etats-Unis, en Suède et en Egypte. 

Aux Etats-Unis, libération de la parole mais peu de condamnations 

Celui qui était le roi de Hollywood il y a encore une dizaine d’années, Harvey Weinstein, a été condamné en 2020 à 23 ans de prison par un tribunal new-yorkais. Cependant, il n’en a pas fini avec la justice. ll a tout d’abord fait appel de cette condamnation. De plus, il a été transféré l’été dernier à Los Angeles où un autre procès est en cours. Il est une nouvelle fois accusé de viol et d’agression sexuelle par cinq femmes. Il plaide non coupable et risque jusqu’à 140 ans de prison.

Depuis le début de l’affaire, la parole s’est clairement libérée. De nombreuses figures d’Hollywood sont tombées en disgrâce après des accusations d’agression sexuelle. On peut citer en vrac les acteurs Kevin Spacey, James Franco, Bill Cosby, Chris North, mais aussi des stars de la télévision ou même des hommes politiques, comme le gouverneur de New York. Il faut cependant noter que très peu ont en fait été condamnés, les faits étant souvent prescrits. La plupart des stars s’en sortent aussi avec des accords privés, qui interdisent aux victimes de s’exprimer sur le sujet. 

>> Soutien du mouvement #MeToo, le procureur de l’Etat de New York démissionne après avoir été accusé de violences

Il y a ce procès très médiatique en cours de l’acteur Johnny Depp, procès pour diffamation intenté par Johnny Depp contre son ex épouse, Amber Heard. Dans ce cas pourtant très complexe de violences conjugales, l’essentiel du public et des médias a pris parti contre l’actrice et ne se prive pas de la tourner en ridicule. Le New York Times, sans se prononcer sur l’affaire elle-même, parle tout de même, face au déferlement de haine que suscite Amber Heard, de « la mort » du mouvement #MeToo.

En Suède, un mouvement puissant mais peu d’évolution 

La Suède est l’un des pays où #MeToo avait eu le plus de retentissement. Les pétitions pour dénoncer le harcèlement ne s’y sont pas limitées au monde de la culture ou des medias. Il y a en eu des dizaines, dans tous les milieux. Depuis, le gouvernement a débloqué des fonds pour défendre la cause des femmes et une loi sur le consentement a été votée.

Pourtant, le pays assiste aujourd’hui à une sorte de contre-coup. Le cas le plus emblématique est celui de Cissi Wallin, une journaliste très médiatique qui dès 2017 avait dénoncé sur les réseaux sociaux un autre journaliste vedette en l’accusant de l’avoir droguée et violée. L’homme a toujours nié et l’affaire a été classée faute de preuves. Il a depuis réussi à faire condamner son accusatrice pour diffamation.

De nombreuses condamnations pour diffamation

Cissi Wallin a ensuite publié un livre, également attaqué en diffamation, mais cette fois elle a été blanchie. Il n’empêche que cette tentative de faire taire une femme n’est pas un cas isolé. Une enquête faite par la télévision suédoise, qui a suivi une dizaine d’affaires, montre que toutes les femmes accusées de diffamation en relation avec #MeToo ont été condamnées. 

C’est évidemment à la justice d’établir la culpabilité ou l’innocence d’une personne mise en cause. Cependant, il y a une spécificité dans le système judiciaire suédois qui fait que ces diffamations sont établies sans même que l’affaire soit jugée sur le fond. Le fait est qu’aujourd’hui la proportion de femmes qui déclare avoir été victime de harcèlement sexuel, en Suède, n’a pas diminué. Peut-être est-ce dû au fait que le propension des victimes à signaler le harcèlement a augmenté. Il est également possible que le sentiment d’impunité n’a pas diminué, et que les agressions continuent comme avant, ce qui serait une moins bonne nouvelle.

En Egypte, un mouvement malmené par le pouvoir 

En Egypte, 99% des femmes ont déclaré avoir déjà subi un harcèlement, selon l’ONU. Contrairement à d’autres pays, le mouvement #MeToo n’a émergé qu’à l’été 2020 dans le pays. Après les accusations de harcèlement d’un étudiant de l’université américaine, des dizaines de milliers de témoignages de femmes sont apparus sur les réseaux sociaux, racontant leur quotidien et les abus dont elles sont victimes.

Cependant, ces velléités de libération de la parole ont été rapidement rattrapées par la réalité conservatrice de l’Egypte. Quelques semaines après ces premiers témoignage, la vidéo d’un viol en réunion commis par des jeunes hommes de la haute société égyptienne a surgi sur les réseaux sociaux. Alors que seuls deux des cinq auteurs ont été interpellés, ce sont surtout des amis de la victime qui ont été l’objet d’une campagne de diffamation de la part de personnalités proches du pouvoir. Hommes comme femmes, ils ont tous subi des tests de virginité et ont été accusés de saper les valeurs familiales égyptiennes.

Depuis ce fiasco, les réseaux sociaux se taisent aux vues de l’impunité régnant pour les prédateurs sexuels en Egypte. Au moment de cette vague de libération de la parole, le président Sissi lui-même a apporté son soutien aux victimes. Soucieux de préserver le peu de crédit qu’il a en matière de défense de droits de l’Homme et des femmes, il a fait valider, à l’été dernier, une loi criminalisant de cinq ans de prison le harcèlement.

Une mesure cependant peu appliquée, tant la parole des femmes est peu écoutée en Egypte. D’autant que certaines défenseuses de droits des Femmes comme Mozn Hassan ou Amal Fathy ont été poursuivies, et condamnées, par la justice égyptienne pour avoir critiqué le peu d’implication du pouvoir dans cette défense des droits des femmes. 

Source: Lire L’Article Complet