"Maudite hormones" : Sarah raconte son combat contre le trouble dysphorique prémenstruel

Lorsque le syndrome prémenstruel est intense, on parle de trouble dysphorique prémenstruel. Idées noires, errance médicale, prise en charge difficile… Sarah Rodrigue, auteure de Maudites hormones (éd. Prisma), raconte comment ce trouble à bouleversé sa vie. Son but ? Sensibiliser sur ce sujet encore trop tabou.

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Fatigue, crampes, stress… Avant leurs règles, de nombreuses femmes subissent ces différentes manifestations : il s’agit du syndrome prémenstruel (SPM). Certaines d’entre elles font face à une forme sévère de ce syndrome, appelé trouble dysphorique prémenstruel. Il se caractérise notamment par des manifestations psychologiques extrêmes, comme une forte anxiété ou encore des symptômes dépressifs. Dans son ouvrage Maudites hormones (éd. Prisma), Sarah Rodrigue raconte son combat contre ce trouble hormonal qui a bouleversé son quotidien.

« J’avais l’impression de mourir à chaque seconde »

Dès ses premières règles, Sarah est confrontée au trouble dysphorique prémenstruel, sans pouvoir mettre de mots sur le mal dont elle souffre. « Je sombrais dans une noirceur, dans un gouffre. J’avais peine à aller à l’école, et plus tard, à travailler (…) à me réveiller, à me lever, à m’occuper de moi-même et des gens que j’aime », raconte-t-elle. Des difficultés auxquelles la jeune femme est confrontée deux longues semaines par mois.

Pour décrire le trouble dysphorique prémenstruel, Sarah utilise une image : celle d’un éléphant qui l’écraserait de tout son poids. « Ça ressemble à moi qui ai l’impression de mourir à chaque seconde, qui veut sortir de son corps, qui se sent emprisonnée », raconte-t-elle. Dans ces moments-là, elle est alors incapable de lire, de regarder la télévision et même de communiquer avec ses proches.

Au cours de sa première grossesse, son trouble dysphorique prémenstruel prend encore une toute autre dimension. « Le fait que je sois si réactive à mes fluctuations hormonales fait en sorte que je suis tombée à chaque grossesse dans un état prépsychotique », explique Sarah. Malgré les difficultés, sa fille, son « bébé miracle », vient au monde. « Mais les autres grossesses qui ont suivi ont dû, hélas, être interrompues, tellement mon corps réagissait mal et me plaçait en situation de danger », raconte-t-elle.

« On me répétait que j’étais trop hypersensible »

Si la vie de Sarah est bouleversée par le trouble dysphorique prémenstruel, aucun médecin ne parvient à déceler ce dont elle souffre pendant de longues années. « J’avais vu des tonnes de gynécologues, d’endocrinologues, de psychiatres, de psychologues, de médecins et personne n’était en mesure de me dire de quoi je souffrais ». Pire encore : la jeune femme fait face au jugement de certains professionnels de santé. « On me répétait que j’étais trop hypersensible que j’étais trop émotive, que la souffrance était plutôt dans ma tête, sinon que j’étais trop stressée », se souvient-elle. Ce n’est que plus de 20 ans après le début de ses symptômes qu’une psychiatre pose enfin le diagnostic de trouble dysphorique prémenstruel.

Pendant toutes ces années d’errance médicale, Sarah avait cependant appris à aménager son quotidien en fonction de son trouble hormonal. Oui car, « il faut adapter notre vie à la condition et non l’inverse », souligne-t-elle. Des ajustements qui ne peuvent cependant rien contre le cercle vicieux imposé par le trouble dysphorique prémenstruel : « Quoi qu’on fasse, qu’on ait bien mangé, qu’on ait mangé sans gluten, qu’on ait fait nos exercices, qu’on ait consommé tous nos suppléments, qu’on ait fait notre yoga, qu’on ait fait notre méditation, peu importe ! Au fond de nous, on sait toujours que même si on se sent bien, la prochaine semaine, on va retomber », explique-t-elle.

« On sous-estime la force des hormones »

Pour soulager son trouble dysphorique prémenstruel, Sarah explore toutes les pistes, de la prise d’antidépresseurs à la prise d’hormones. « Il n’y a rien qui fonctionnait suffisamment pour que je me sente soulagée », raconte-t-elle. Après 27 ans de combat contre ce trouble hormonal, elle décide alors de procéder à une hystérectomie/ovariectomie afin de se mettre en ménopause chirurgicale. À l’issue de cette opération, elle se redécouvre : « À partir du moment où mes cycles se sont arrêtés, où finalement j’ai été libérée de ce trouble dysphorique prémenstruel, c’est la vraie Sarah qui a émergé », raconte-t-elle.

C’est pour sensibiliser à ce syndrome aux manifestations extrêmes et briser les tabous qui l’entourent que Sarah témoigne. « On sous-estime la force des hormones, et je pense que ce qui est important, c’est de se rallier en tant que femme et de reprendre le pouvoir sur notre cycle menstruel. D’être capables de dire que ce n’est pas normal de souffrir de son cycle. D’être nos propres avocates pour défendre notre droit à avoir des services adéquats », conclut-elle.

Sarah Rodrigue est auteure de l’ouvrage Maudites hormones, paru aux éditions Prisma.

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