Maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI) : comment apaiser les symptômes ?

En cas de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI), si l’alimentation ne permet pas de guérir, elle peut soulager les douleurs et autres troubles digestifs !

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Maladie de Crohn et rectocolite hémorragique (RCH) sont toutes deux des MICI, qui se caractérisent par l’inflammation de la paroi d’une partie du tube digestif, liée à une hyperactivité du système immunitaire digestif. Elles entraînent des symptômes de type douleurs abdominales, diarrhées, nausées… Et alternent entre deux phases : poussée et rémission. Pendant la première, l’attention accordée à l’alimentation est de mise car les symptômes sont très présents. Grâce à une alimentation bien choisie, ils peuvent cependant être atténués. Eva Milesi, diététicienne, précise certains points.

MICI : l’alimentation ne provoque pas les poussées inflammatoires

Les MICI sont des maladies multifactorielles dans lesquelles l’alimentation joue très certainement un rôle. Mais aucun aliment en lui-même ne provoque une poussée, ni ne favorise la rémission. En revanche, les aliments étant en contact avec la muqueuse digestive, quand celle-ci est inflammée, mieux vaut bien les choisir.

MICI : adopter un régime sans résidus

On peut proposer un régime sans résidus, c’est-à-dire sans fruits ni légumes, ni céréales complètes. Le but : limiter les fibres, et donc le travail de l’intestin, et réduire la fréquence des selles. Il ne doit pas être poursuivi plus de trois à quatre semaines, au risque de carences.

MICI : fractionner les repas

La capacité digestive étant généralement réduite, mieux vaut fractionner les repas pour faciliter le travail digestif. On diminue donc les volumes aux repas principaux, et on ajoute une à trois collations. Il faut aussi éviter de sauter un repas : on a tendance à manger davantage au suivant, ce qui occasionne un inconfort.

Limiter le café, éviter l’alcool

La caféine entraîne une constriction du tube digestif et peut provoquer une diarrhée. Mieux vaut limiter sa consommation. L’alcool est déconseillé : proscrit pendant les poussées, on peut en boire un verre à l’occasion en phase de rémission, de préférence au cours du repas.

Réintroduire les aliments progressivement

Il est important de n’exclure aucun groupe d’aliments, mais la réintroduction doit être progressive. Pour les fruits et légumes, par exemple, on les mangera d’abord cuits et mixés, puis en morceaux grossiers, puis crus en jus, puis émincés crus ou macérés et enfin crus grossiers. L’essentiel est la patience : on réintroduit un nouvel aliment ou une nouvelle préparation à la fois, en petites quantités (1 à 2 cuillerées à soupe), au domicile, et on attend 48 à 72 heures pour s’assurer d’une bonne tolérance.

Boire beaucoup en cas de diarrhées

Il faut d’abord boire beaucoup (au minimum 1,5 litre par jour, davantage si les épisodes quotidiens augmentent) pour compenser les pertes. On peut alterner eau, tisanes et thés, potages et bouillons de légumes… Il importe de manger régulièrement, en petites quantités, de supprimer les boissons glacées et gazeuses, de limiter le lait et les laitages, les céréales complètes, les fruits et légumes crus. On privilégie en revanche la purée de carottes, les pâtes et le riz, la pomme crue râpée ou la compote de pommes, ainsi que les fromages à pâte cuite.

Limiter les repas riches en graisses pour éviter ballonnements et gargouillis

Ce n’est pas forcément le plus douloureux, mais c’est gênant et désagréable. On limite certains aliments : choux, légumes secs, oignons, produits sucrés, produits laitiers, produits à base de levure, boissons gazeuses, chewing-gums… On fait aussi attention à la façon de s’alimenter : on mange lentement, sans faire de grosses bouchées, en mastiquant bien, on ne boit pas à la paille, et on boit plutôt avant ou après le repas que pendant. Gare aussi aux repas riches en graisses, qui ralentissent le transit et favorisent la rétention des gaz. Bonus gourmandise : privilégier les pâtisseries maison dont on connaît la composition.

N’exclure aucun groupe alimentaire afin d’éviter perte de poids et carences

Les symptômes digestifs, le stress, la peur d’avoir mal avec la consommation de certains aliments peuvent induire une alimentation monotone, restreinte, alors même que les poussées accroissent les besoins en énergie, tout en diminuant l’absorption des nutriments. Le risque de carence et de perte de poids existe. Pour les éviter, il ne faut exclure aucun groupe alimentaire, et mettre à profit les phases de rémission pour avoir une alimentation équilibrée. On peut manger dès que la faim se fait sentir (même en dehors des repas), ajouter du beurre cru sur les tartines, de la viande hachée ou du fromage râpé dans les potages, du lait en poudre dans les purées… Un suivi nutritionnel (mesures du poids, bilans biologiques réguliers) est nécessaire. Des compléments nutritionnels oraux peuvent être prescrits en cas de besoin.

Le régime végétarien, sous surveillance

Il est parfois présenté comme pouvant « soigner » la maladie. Alors que la consommation de fruits et légumes peut générer un inconfort. Si vous souhaitez suivre ce type de régime, il est nécessaire de se faire accompagner par un professionnel compétent afin de s’assurer d’un apport suffisant en énergie, protéines, vitamines et sels minéraux (tels que le zinc et le fer).

Quid des régimes sans gluten ou sans lactose ?

Certains régimes restrictifs sont parfois présentés comme favorables mais ils sont déconseillés : la suppression d’un aliment qui apporte des nutriments essentiels fait courir le risque de carence. Le lactose est généralement assez bien toléré (sans excès), et le fromage n’en contient pas du tout. Quant au gluten, cela dépend des personnes : aménagez votre consommation en cas d’inconfort. On conseille seulement d’éviter l’alimentation ultra-transformée, les produits industrialisés et de privilégier des produits bruts et bio.

Comment se faire aider ?

L’Association François Aupetit (AFA) propose des services pour informer et accompagner les malades, entre autres à propos de l’alimentation : permanence téléphonique tous les mardis de 14 h à 18 h avec une diététicienne spécialisée, mise à disposition d’un réseau de diététiciens formés aux spécificités MICI, une application gratuite (MICI Connect) qui propose un suivi personnalisé et (notamment) un module alimentation, des fiches recettes sur le site internet de l’Association et l’appli.

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Article paru dans le numéro Femme Actuelle Hors-série Santé d’octobre 2020

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