Macha Méril : "La musique de Michel Legrand est une vitamine"

Quand on regarde son parcours, on se pose la question de savoir s’il a eu une enfance. S’il a eu le temps de vivre cette enfance car à 10 ans, il était déjà au Conservatoire de Paris.

C’est très juste ce que vous dites. Il n’a pas eu d’enfance. D’ailleurs, il me disait dans ce joli domaine de La Mothe, où nous allons faire la remise du Prix Michel-Legrand, qu’il vivait enfin son enfance. Pendant les 12 années de sa jeunesse, il n’a fait que travailler. Il était au Conservatoire et d’ailleurs, il me disait toujours :”Les jeunes, j’entends toujours les jeunes qui veulent se défouler. Comment se défouler ? Travaille mon con !” Parce qu’il faut faire du solfège et après, copier les maîtres qu’on a admirés et leur regarder par-dessus l’épaule.

Il a obtenu tous les Prix sauf en France, notamment aux États-Unis.

Il est tellement aimé partout, au Japon, aux États-Unis, en Russie.

Michel Legrand a reçu trois Oscars et pas de César ! On n’est pas prophète dans son pays et de toute façon, ça ne fait rien.

à franceinfo

D’ailleurs, nous allons retransmettre cette soirée de remise du Prix sur les réseaux sociaux, Covid oblige, sous-titré en anglais et entendu dans le monde entier.

Vous avez choisi d’être actrice, de suivre des cours d’art dramatique. Vous avez eu un coup de foudre pour ce métier.

Ça s’imposait parce que j’étais assez jolie et qu’à l’époque, pour faire du cinéma, il fallait être jolie. Il fallait que je me serve de cet atout et il y avait l’urgence qui vient de la pauvreté, nous étions des immigrés russes très fauchés. J’ai tout de suite compris qu’il y avait un chemin un peu plus commode que les autres où je pouvais rapidement gagner de l’argent, exister et puis aussi avoir une nouvelle identité.

Comment cela a été perçu par votre famille puisque vous êtes née ‘Princesse’ et qu’en plus vous avez changé de nom ?

Princesse sans le pognon, ça n’a aucun sens. Ça a été une petite frustration de la part de mes sœurs, de ma famille, c’est-à-dire comme si j’avais honte de mes gênes, de ma naissance, mais ce n’est pas tout à fait ça. En France, il y a quand même des petits préjugés. Philippe Bouvard s’est foutu de ma gueule en m’appelant ‘la princesse’ pendant des années, c’était pour dénigrer, mais en même temps, avec un petit peu de respect.

Beaucoup de personnes vous ont aidée, portée, prise sous leurs ailes, notamment Gérard Oury ou encore Jean-Luc Godard. Ils vous ont offert vos premiers rôles.

Ça n’a pas été une aide. Non. Ce n’est pas comme ça que ça se passe. Il faut se tailler sa place au contraire. C’est très dur et c’est pour ça que dans le mouvement féministe actuel, je trouve qu’on oublie la force des femmes qui arrivent justement à tenir tête aux volontés des mecs. Aujourd’hui, les femmes sont un peu plus armées, heureusement, mais nous, les pionnières, c’était drôlement pas commode parce qu’il fallait à la fois leur plaire et en même temps, leur résister.

Alors, comment vivez-vous ce mouvement #MeToo ?

C’est compliqué parce que je pense que la femme a le droit à la jouissance. Elle a donc le droit de se comporter comme un homme, avec aussi toutes les réserves que cela entraîne. C’est-à-dire qu’il faut quelquefois se tromper de partenaire et puis quelquefois, tomber sur le bon.

Vous rencontrez Michel Legrand en 1964 et le retrouvez cinquante ans après.

Il est allé me voir au théâtre. Je jouais une pièce de Didier Van Cauwelaert qui s’intitulait Rapport intime. Et le soir même, il me prend la main, je ressens la même chose que j’avais senti 50 ans avant. Et il me dit : “Cette fois-ci, je t’épouse”.

Le grand amour, c’est comme une chose qui vous tombe dessus, il n’y a même pas à réfléchir. C’est autre chose. On est comme un illuminé. Tout d’un coup, il y a quelque chose qui s’impose.

à franceinfo

Je lui ai répondu d’attendre un peu. J’ai passé une semaine avec lui à La Mothe, dans cette maison, et j’ai compris que c’était indiscutable.

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