"Le soutien-gorge donne le cancer" et autres "fake news" désamorcées par l’Inserm

Dans un nouvel ouvrage publié jeudi 30 septembre, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale passe au crible idées reçues, infox et croyances autour de la santé, notamment féminine. En voici un aperçu.

Pour éviter que les internautes ne tombent dans le piège des fausses informations et afin de rétablir une parole scientifique rigoureuse, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a mis en place depuis 2018 le site Canal Détox, où l’on trouve des vidéos pour lutter contre la désinformation. Pendant la pandémie, l’établissement public décline aujourd’hui l’initiative en un livre collectif et didactique, Fake news santé, écrit par les journalistes scientifiques Laurianne Geffroy et Léa Surugue, et publié ce jeudi 30 septembre aux éditions du Cherche Midi (1).

Parmi les sujets abordés, nombre d’entre eux sont liés à la santé féminine : des chapitres traités en collaboration avec les chercheurs Daniel Vaiman, de l’Institut Cochin, et Palma Rocchi, du Centre de recherche en cancérologie de Marseille. Tour d’horizon des principales idées reçues battues en brèche.

Non, le soutien-gorge ne donne pas de cancer

Si le premier modèle soutien-gorge a été baptisé «Le Bien-Être» par sa créatrice, Herminie Cadolle, force est de constater que cette pièce de lingerie est désormais tombée en disgrâce auprès de certaines femmes. En témoigne le mouvement libérateur du no-bra (l’absence de soutien-gorge), adopté par beaucoup durant le confinement. Si les raisons de ce désamour sont multiples et personnelles, certaines s’avèrent erronées, et pourtant encore relayées. C’est le cas de la rumeur lancée en 1995 par le médecin Sydney Singer, co-auteur du livre Dressed to Kill, dans lequel il accuse le soutien-gorge d’être responsable de la formation de tumeurs malignes au sein, en empêchant notamment la circulation lymphatique et l’évacuation des toxines.

Pour l’heure, aucune étude scientifique rigoureuse n’a jamais confirmé cette hypothèse, soulignent les journalistes Laurianne Geoffrey et Léa Surugue. Les auteures étayent leurs propos de travaux américains, prouvant via une étude comparative menée en 2014 entre des malades et des femmes en bonne santé, qu’il n’existe aucun lien entre le port du soutien-gorge et le cancer du sein. Et ce, quelque soient la taille du bonnet, la présence ou non d’armatures ou encore la durée de port. En revanche, d’autres facteurs de risque sont bel et bien à prendre en compte : alcool, tabagisme, règles précoces, grossesse tardive ou encore surpoids.

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Non, le papillomavirus ne touche pas que les filles

L’infection au papillomavirus humain (HPV) fait partie des maladies sexuellement transmissibles toujours taboues. Si cette famille de virus est naturellement éliminée par l’organisme dans 90% des cas, certaines formes virulentes peuvent entraîner des lésions dans les 10% restants. Ces dernières sont responsables de 3000 nouveaux cancers du col de l’utérus et de 1000 décès par an. C’est pourquoi, depuis 2006, un vaccin est recommandé aux jeunes filles en France. Mais les garçons sont aussi concernés, rappellent Laurianne Geoffrey et Léa Surugue : ce virus serait également «responsable de cancers de l’anus, de la bouche et de la gorge», et un tiers des 6300 nouveaux cas annuels toucheraient les hommes.

C’est pourquoi la France a étendu depuis un an la vaccination aux garçons de plus de 11 ans. Les doses du vaccin Gardasil 9 sont prises en charge par la Sécurité sociale depuis le 1er janvier 2021. Et si l’on en croit les premiers retours positifs sur l’efficacité des campagnes de vaccination des jeunes femmes à l’étranger – à l’instar de l’Australie, où le nombre de cas d’infections au papillomavirus à l’origine d’un cancer du col de l’utérus a diminué de 21,5% entre 2005 et 2015 – une meilleure sensibilisation pourrait participer à éliminer drastiquement ce fléau.

Non, la canneberge n’est pas forcément efficace contre les cystites

La cystite, cette infection bactérienne de l’urine, est aussi douloureuse que répandue. Une femme sur deux en connaîtra l’expérience au cours de sa vie. Pour y remédier, les spécialistes recommandent en premier réflexe une bonne hydratation. Les amatrices de remèdes naturels y ajoutent également un produit à base de baies de canneberge, ou cranberry (jus, stick ou gélules). L’un de ses composants, la proanthocyanidine, est réputé pour empêcher la fixation des bactéries Escherichia coli (en cause dans les cystites) sur les parois de l’urètre et de la vessie.

En creusant le sujet, Laurianne Geoffrey et Léa Surugue ont découvert que, malgré l’efficacité démontrée par des études expérimentales pour réduire l’adhésion des bactéries sur les parois des voies urinaires et la fréquence des cystites, d’autres travaux scientifiques viennent mettre à mal cette hypothèse. «Une étude a même mis en évidence que des gélules à base de cranberry n’avaient pas plus d’effet qu’un placebo à base de betterave sur l’évolution des cystites», soulignent les auteures, rappelant que l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail considère que l’effet préventif de la canneberge sur les cystites n’est à ce jour pas démontrée.

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Non, la composition du tampon n’est pas responsable du choc toxique

Le syndrome du choc toxique (SCT) est une infection rare, due à un staphylocoque doré, une bactérie naturellement présente sur la peau et les muqueuses extrernes, mais qui peut produire une toxine, la TSST-1, pouvant conduire à l’amputation ou au décès si elle n’est pas détectée à temps. Depuis plusieurs années, les victimes de ce choc incriminent les tampons hygiéniques. En effet, gardé trop longtemps à l’intérieur du sexe, le tampon offre un milieu de culture idéal pour que les bactéries se développent et intoxiquent le sang. Entre 1 et 5% des utilisatrices de cette protection interne hébergeraient une famille de staphylocoques capables de produire la TSST-1.

Si pour l’instant, «rien ne permet d’en connaître l’origine», le livre de l’Inserm écarte l’hypothèse de la responsabilité de la composition des tampons, partageant les résultats d’une collecte de tampons hygiéniques du centre national de référence des staphylocoques. Ainsi sur les 6000 échantillons analysés parmi les marques les plus utilisées, aucun ne favorise la croissance ou la production de la toxine incriminée. «Plus rassurant encore, certains tampons auraient tendance à inhiber le développement des staphylocoques», concluent Laurianne Geoffrey et Léa Surugue.

Non, l’IVG ne concerne pas en premier lieu les adolescentes

Le 27 septembre marquait la journée mondiale du droit à l’avortement. Un acte médical fondamental, légalisé en France le 17 janvier 1975, mais qui continue d’être menacé en France et ailleurs, notamment à cause de la propagande anti-avortement qui sévit sur les réseaux sociaux. Parmi les idées reçues qui y sont colportées, les adolescentes sont pointées du doigt, suspectées de pratiquer majoritairement l’interruption volontaire de grossesse en raison de leur manque d’éducation sexuelle et de connaissances sur les contraceptifs à disposition.

Il suffit de jeter un œil sur les données diffusées par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) pour s’apercevoir que la réalité est tout autre. «Le nombre d’avortement chez les jeunes françaises de 15-17 ans est en net recul depuis une dizaine d’années, passant de 10 IVG pour 1000 ados en 2010 à 6 ados en 2019», résument Laurianne Geoffrey et Léa Surugue. En effet, les adolescentes ont pu bénéficier ces dernières années d’un meilleur accès à l’information et aux pratiques contraceptives, de façon gratuite et anonyme grâce au précieux travail des centres de planning familial.

En réalité, c’est chez les 20-29 ans que les IVG restent les plus fréquentes avec un taux de recours de 28 pour 1000 femmes. Outre l’âge, les travaux ont aussi mis en évidence une corrélation avec les milieux sociaux-économiques précaires.

(1) Fake news santé, par Laurianne Geffroy et Léa Surugue, en partenariat avec l’Inserm, publié aux éditions Cherche Midi, 269 pages, 14€.

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