Laurence Haïm : "Chez Melania Trump, on ne sent rien"

Dans le documentaire Melania Trump, cet obscur objet du pouvoir, la journaliste Laurence Haïm revient sur l’ascension de la jeune beauté slovène devenue première dame des États-Unis, et décrit un modèle de réussite pour de nombreuses Américaines. Interview.

Madame Figaro. – Votre documentaire Melania Trump, cet obscur objet du pouvoir (1) apporte un éclairage psychologique sur Melania Trump. Comment avez-vous recomposé le puzzle de sa personnalité et de son parcours dont on sait finalement si peu de choses ?
Laurence Haïm. -(2) On sait peu de choses et c’est justement ça qui m’a intéressée. Pendant des mois, j’ai enquêté sur son passé et je me suis replongée dans ses déclarations publiques. Je me suis rendu compte que, premièrement, Melania Trump n’est pas la ravissante idiote que beaucoup imaginent ; que, deuxièmement, il y a une consistance dans le message politique qu’elle envoie en étant toujours là pour soutenir son mari. Troisièmement, elle entretient très bien un certain mystère dans sa communication depuis qu’elle est arrivée à la Maison-Blanche, et je pense que nous aimons tous les femmes mystérieuses.

On découvre dans votre film que Melania est partie de Slovénie du jour au lendemain et qu’on a perdu sa trace pendant trois ans avant son arrivée aux États-Unis…
Oui et dès qu’il y a une rumeur qui sort sur son passé, elle attaque en justice. Elle a gagné 2 à 3 millions de dollars en procès depuis qu’elle est à la Maison-Blanche. Depuis l’élection de Donald Trump, elle n’est jamais retournée en Slovénie. Elle est la parfaite immigrée devenue américaine, qui a laissé son passé derrière elle.

La First Lady la plus mystérieuse de l’histoire américaine

Qu’avez-vous découvert sur elle ?
Son sens de la famille. Elle adore son fils Barron qu’elle protège farouchement contre la moindre rumeur, et malgré tout ce que l’on peut dire sur son manque de sourires et ses refus de tenir la main de son mari, elle est toujours derrière Donald Trump. C’est la plus mystérieuse et la plus silencieuse First Lady de l’histoire américaine.

En vidéo, “c’était une extraterrestre”, extrait du documentaire sur Melania Trump

Son mystère, son silence, c’est ce qui fait sa force ?
En ce moment, oui, parce que comme on ne l’entend pas, on ne peut pas trop la critiquer. Malgré tout, quand elle apparaît à des moments de crise politique, elle ne dit pas n’importe quoi. En tout cas, elle envoie toujours le même message : «Je soutiens mon mari». D’ailleurs, dans les enregistrements dévoilés par son ex-conseillère et amie Stephanie Winston Wolkoff qui ont été diffusés par CNN, Melania Trump parle de la situation des enfants migrants à la frontière mexicaine et on croirait presque entendre Donald Trump, avec une voix charmante.

Dans son livre, Melania and me, Stephanie Winston Wolkoff décrit la première dame comme froide et égoïste. Quel est votre avis ?
Je dirai plutôt élégante, distante, réservée. J’ai suivi Hillary Clinton et Michelle Obama quand elles étaient premières dames et il y avait toujours un moment où elles laissaient transparaître une saute d’humeur. Chez Melania, on ne sent rien. Elle a toujours ce masque parfait de femme ravissante, extrêmement bien habillée.

Ses choix vestimentaires, justement, n’ont pas toujours été très judicieux ?
Elle a compris le pouvoir des vêtements et c’est sa manière de communiquer. Le jour où elle s’est rendue en escarpins auprès des sinistrés de la tempête Harvey, c’était une erreur de débutante. Mais selon moi, le cas de la veste I really don’t care. Do you ? (Je m’en fiche complètement. Pas vous ?, NDLR) n’est pas une bourde. Je pense que c’était calculé, surtout quand on sait comment son styliste le français Hervé Pierre et sa conseillère Stephanie Grisham sont avec elle et la conseillent.

Melania Trump à la Maison-Blanche, lors de la cérémonie célébrant le centenaire de la ratification du 19e amendement de la Constitution américaine. (Washington DC, le 18 août 2020.)

Au début du mandat de Donald Trump, on se rappelle du hashtag #FreeMelania et d’une First Lady assez mal à l’aise dans son rôle. Est-ce que la Melania de 2020 est plus épanouie dans sa fonction ?
Non pas du tout. Je ne la trouve pas plus épanouie et même, au contraire, plus figée, plus crispée, et toujours soumise. Elle ne se libère pas et elle reste fidèle à Donald Trump jusqu’au bout. S’il est réélu, je ne le vois pas divorcer et je n’ai aucun doute sur le fait qu’elle restera First Lady pour quatre ans.

Et s’il n’est pas réélu ?
Elle pourra aller à Palm Beach où l’attendent les Trumpettes. Elle pourrait créer une marque de vêtements avec le styliste Hervé Pierre, ou lancer une ligne de beauté. Comme Michelle Obama, elle négociera extrêmement bien ses mémoires qui seront écrites par quelqu’un d’autre. Elle aura sûrement envie d’avoir une action caritative et continuera à s’occuper des enfants et lutter contre les opioïdes.

(1) Melania Trump, cet obscur objet du pouvoir, un documentaire à voir sur Arte.tv à partir du 12 octobre.
(2) Spécialiste des États-Unis, Laurence Haïm couvre la campagne présidentielle américaine sur LCI dans l’émission de Darius Rochebin, et sur Radio Classique avec une chronique quotidienne à 8h25.

Source: Lire L’Article Complet