Lâcher prise, vivre l'instant présent, positiver… Comment faire bon usage des formules du développement personnel ?

“Lâche prise !”, “Et si tu essayais de positiver ?”, “il faut sortir de sa zone de confort”, les formules de développement personnel ont envahi notre quotidien. Censées nous aider à prendre du recul sur les événements et à nous donner de la force pour avancer, elles peuvent aussi générer de la culpabilité pour peu qu’on échoue à les mettre en œuvre. Xavier Cornette de Saint Cyr, coach thérapeute, décrypte pour nous ces injonctions au bien-être et nous invite à bien les utiliser.

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Vivre l’instant présent“, “quand on veut, on peut“, “lâcher-prise” : on affiche ces phrases slogan comme des mantras pour se redonner du baume au cœur dans les moments difficiles. Invitant à prendre du recul sur un événement, ou à transformer une faiblesse en force, ces formules semblent ne pas faire de mal. Pourtant, Xavier Cornette de Saint Cyr, coach thérapeute et auteur de “Déjouer les pièges du développement personnel” (ed. Flammarion), met en garde : “Derrière une bonne intention, se cache la volonté de dominer l’autre : à toi qui ne sais pas, je vais te dire ce qui est bon pour toi. Toutes ces formules ont un point commun : elles engendrent de la culpabilité. Quand face à une difficulté, on vous dit : “voilà ce que vous auriez dû faire” et que vous ne l’avez pas fait, vous vous sentez coupables de ne pas être à la hauteur.” Résultat : le problème perdure, et en plus, il est teinté d’un sentiment de culpabilité. “A chaque fois que l’on agit, nous faisons ce que nous estimons être le mieux à un moment donné, en fonction de notre personnalité, de nos croyances, de nos émotions et du contexte“, remarque le coach. “Sinon, on ferait autrement. Avec ces formules, on fait abstraction de tout cela, comme s’il s’agissait d’une vérité première qui devrait s’imposer à tout le monde.” Xavier Cornette de Saint Cyr nous donne les clés pour bien utiliser ces 5 commandements du développement personnel.

Il faut lâcher prise

Le piège. Dans cette formule, l’impératif est antinomique“, remarque le spécialiste. “On ne peut pas lâcher prise si c’est un ordre. Si vous êtes accroché à quelque chose, c’est que derrière, il y a une émotion, un besoin de sécurité que vous devez satisfaire. Vous ne pourrez lâcher-prise qu’une fois que vous serez prêt.

Dans quels cas est-ce utile ? Lâcher-prise, c’est accepter ce qui est quand on n’a pas de pouvoir dessus. On réalise alors que ce n’est pas la peine de s’accrocher. Mieux vaut abandonner un combat qui n’en vaut pas la peine. On se fait du bien à soi-même en évitant de dépenser son énergie en pure perte.

Quelles sont les bonnes questions à se poser ? Est-ce que je peux ou non faire quelque chose par rapport à la situation en question ? Est-ce que mon intégrité physique ou morale est en jeu ? Si ce n’est pas le cas, j’accepte ce qui est, car mon énervement ne changera rien au problème. Cela aide à ne pas se laisser déborder par ses émotions.

Vivre l’instant présent

Le piège. En étant incité à vivre au présent, on sous-entend que le passé était terrible et que le futur est incertain. “Pourtant, l’être humain fonctionne en se projetant dans le futur en permanence“, constate Xavier Cornette de Saint-Cyr. “Tout ce que nous faisons est orienté vers l’avenir. Vivre dans l’instant présent peut avoir une dérive redoutable : je fais quelque chose là maintenant parce que j’en ai envie sans m’inquiéter des conséquences.

Dans quels cas est-ce utile ? En s’inspirant des moines bouddhistes qui sont conscients de l’instant présent. Par exemple, ne pas dialoguer avec une personne tout en envoyant un SMS. Vivre en pleine conscience, c’est savoir apprécier pleinement chaque instant.

Quelles sont les bonnes questions à se poser ? Il faut s’interroger sur nos appréhensions vis-à-vis du temps : qu’est-ce que l’on regrette ? Ou de quoi a-t-on peur dans le futur ? Nos craintes sont-elles réelles ?

Il faut positiver

Le piège.Il faut positiver“, “n’en fais pas tout un drame“. Devant une incitation à faire preuve d’un optimisme exagéré, on a le sentiment que nos émotions sont gommées. Si on est mal, c’est que l’on fait preuve de négativité. Pourtant, quand on ressent une émotion négative, elle nous tombe dessus sans qu’on l’ait demandé. Prenons l’exemple d’une personne qui a exercé un nombre important de métiers différents. En disant “je suis instable vis-à-vis d’un recruteur“, elle voit le verre à moitié vide. Si vous lui dites qu’elle a la capacité de s’adapter à des situations nouvelles, c’est la version optimiste. Le problème, c’est que pour voir les choses de cette façon, il faut de l’aide. “Ce n’est pas parce qu’on vous dit de positiver que vous allez y arriver. Il faut avoir des clés pour voir la situation différemment“, décrypte Xavier Cornette de Saint-Cyr. Nous avons besoin de vivre des choses difficiles, de les apprendre, de les digérer, de se confronter à elles avant de revenir à la surface. Si positiver se résume à nier les difficultés, elles vont malheureusement réapparaître un jour ou l’autre d’une manière différente.

Quelles sont les bonnes questions à se poser ? Il faut se laisser le temps de faire le deuil. Immédiatement après une altercation avec son patron, impossible de positiver en affirmant que ce n’est pas grave. Un lien de confiance a été brisé. Prendre du recul est nécessaire pour réfléchir à ce qui s’est passé : qu’est-ce qui s’est dit ? Dans quel contexte ? Pourquoi ? Quelles sont les conséquences possibles ? C’est en faisant ce travail que peut s’opérer un changement de perspective.

“Il faut sortir de sa zone de confort”

Le piège.Comment peut-on sortir de sa zone de confort sans l’avoir défini ?“, s’interroge Xavier Cornette de Saint-Cyr. “Si notre zone de confort est notre zone d’excellence, quelle est la raison pour laquelle nous changerions ?” Cette expression sous-tend le fait que dans l’entreprise, l’employé est en train de ronronner et qu’il fait toujours la même chose. “Sortir de sa zone de confort, cela signifie que vous entrez dans une zone d’inconfort“, décrypte le spécialiste. “Vous vous mettez dans une situation d’échec. Pourtant, chacun a un domaine dans lequel il excelle. Si certains sont créatifs, ou encore aiment prendre des risques, pour d’autres, ce sera la gestion au quotidien ou les tâches répétitives. Heureusement que tous les cas de figure existent car une entreprise fonctionne grâce à cet équilibre.

Quelles sont les bonnes questions à se poser ? Il peut être judicieux, non de sortir de sa zone d’excellence mais de l’agrandir progressivement, en tenant compte de ses facultés d’apprentissage et de son propre rythme.

Ce qui ne te tue pas rend plus fort

Le piège.Avec cette expression, on imagine que notre esprit est un morceau de cuir qui se durcit au fur et à mesure que l’on tape dessus pour le tanner“, décrypte le coach. “Ce n’est pourtant pas comme ça que les choses fonctionnent. Certains événements nous rendent plus forts mais d’autres peuvent nous détruire“. Si on prend l’exemple d’une personne qui a souffert d’un burn-out, on ne peut pas affirmer que cette personne en sortira plus forte. Dans certains domaines, elle gardera une forte sensibilité.

Quelles sont les bonnes questions à se poser ? Il faut du temps pour digérer l’événement avant d’en tirer des conclusions. C’est seulement une fois que la personne a rebondi, que l’on peut affirmer qu’elle en a tiré certains avantages.

A lire : Déjouer les pièges du développement personnel, Xavier Cornette de Saint-Cyr, ed. Flammarion.

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