Kyan Khojandi révèle sa face sombre avec son « premier dernier album »
  • Kyan Khojandi a dévoilé début décembre son premier album « L’horizon des événements ».
  • « Premier dernier album », ce projet n’a pas vocation à lancer sa carrière de chanteur mais plutôt à tourner une page de sa vie.
  • « 20 Minutes » a rencontré l’auteur pour discuter de cette incursion musicale.

Certains l’ont connu avec le phénomène Bref sur Canal+, ou derrière les séries Bloqués et Serge le mytho. D’autres l’ont applaudi sur scène, dans le spectacle Pulsions en 2016, ou plus récemment dans Une bonne soirée, dont la tournée se terminera en janvier. Dans tous les cas, les éclats de rire n’étaient jamais loin. Mais, lorsque nous rencontrons 
Kyan Khojandi mi-décembre, ce n’est pas pour discuter de comédie ou d’humour, mais de musique. De sa musique à lui.

Au début du mois, il a dévoilé L’horizon des événements, son premier album. Ou, comme il aime à le souligner, son « premier dernier album », ce projet n’ayant pas vocation à lancer sa carrière de chanteur mais plutôt à tourner une page de sa vie. Quand on lui demande s’il souhaite sortir de son image de comique, il répond : « Tout le monde nous met dans une case, ce n’est pas nous qui nous mettons dedans, ce sont les gens qui le font. »

Mea culpa, débarrassons-nous de nos idées préconçues. « Cet album reflète mon schéma mental d’avant », explique-t-il. Le premier morceau, qui donne son titre à l’opus, en dit déjà beaucoup. « J’veux rebondir, comme une envie de guérir, comme une envie de ne pas mourir/J’ai passé une année entière dans un trou noir, et si j’fais rien… Y aura toujours cette trappe sous moi », débite-t-il sur des notes de piano et de violons. C’est le préambule d’un album sombre, teinté de colère, d’amertume, de tristesse mais aussi de quelques touches d’humour et de lumière. Le brouillard se dissipe à mesure que défilent les titres. L’ensemble donne une création très personnelle et intime renfermant plusieurs facettes de son auteur.

« On a essayé de créer un format qui me ressemblait »

« En public je suis la personne qui écrit des textes et qui essaye de faire rire. En privé, j’ai ma musique », confie Kyan Khojandi. Il joue de l’alto, un instrument qu’il a étudié au conservatoire pendant une quinzaine d’années. Il estime toutefois n’avoir « jamais été un excellent musicien ». Pas faux modeste pour un sou, il précise : « Pour être un musicien, un chanteur, un rappeur, dans tous les arts, il faut performer minimum dix ans pour être bon. Je ne voulais pas faire un truc que je ne savais pas faire. Par contre je pense que je sais interpréter. »

Ni musicien ni chanteur sur cet album, Kyan interprète ses textes sur de sublimes productions du compositeur Clément Libes, qu’il a rencontré lors d’un concert de BigFlo et Oli à Toulouse. On retrouve aussi Guillaume Brière de The Shoes pour le titre Häagen-Dazs et Ben Mazué derrière le refrain de J’te déteste. « On a essayé de créer un format qui me ressemblait. Je n’ai pas essayé de jouer à quelqu’un. J’ai trop de respect pour les artistes. J’aime chantonner, je suis hyper bon sous ma douche mais ça s’arrête là », reconnaît Kyan avec humilité.

Ni rap, ni slam, l’auteur pose sa voix sur la musique. Et ce n’est pas sans rappeler la touche Fauve qui a marqué les années 2010. « Je ne m’en cache pas du tout, au contraire, assure-t-il. Ce sont eux qui ont vraiment amené en France cette manière de s’exprimer sur un album, le spoken word. Quand j’ai écouté Fauve je me suis dit que ce serait exactement la manière que j’aurais de m’exprimer avec de la musique. Je me suis permis à moindre échelle de marcher dans leurs pas. »

« J’ai assouvi des colères, des angoisses, des peurs »

A la fureur entremêlée d’espoir sur le morceau d’introduction L’horizon des événements succède Häagen-Dazs, une chanson sur une rupture amoureuse : « A la base j’étais parti pour écrire des blagues dans un bar. Ce texte est sorti d’un trait, c’est une V1 [une première version]. Je ne peux pas l’expliquer. »

Kyan Khojandi aborde aussi les relations toxiques ainsi que le décès de son père dans la très émouvante Le dernier la dernière. « Quand j’écrivais, après, j’étais K.-O. pendant trois ou quatre heures tellement je sortais un truc émotionnel. J’ai assouvi des colères, des angoisses, des peurs. Comme si je retirais des clous de ma peau », dit-il. Fruit d’une accumulation de notes dans son téléphone, cet album est aussi l’aboutissement d’un travail thérapeutique sur lui-même. Il voulait comprendre pourquoi on reproduit sans cesse les mêmes erreurs qui nous conduisent de manière cyclique dans les mêmes impasses.

« J’ai eu plusieurs fois des rencontres sentimentales, amicales ou de travail qui m’ont amené à aller moins bien. Je me suis souvent rendu compte que j’allais dans ces relations qui ne me convenaient pas mais j’y allais quand même avec enthousiasme. Je me trompais et je repartais à zéro », analyse-t-il.

Il faut donc voir, et entendre, dans cet album une remise en question, une prise de distance sur ses problèmes afin d’enrayer ce schéma mental destructeur : « Même si c’est compliqué et qu’on est dans une société où tout va vite, on a beaucoup de choses à faire, des enfants dont il faut s’occuper, des choses à voir, la pandémie qui ajoute une couche de stress… A un moment donné je pense qu’il faut savoir aussi régler son intime pour aller mieux. Sans être moralisateur. Ça permet d’éviter de retomber dans les mêmes pièges. »

« Je ne suis ni une boîte à rire, ni une boîte à pleurer »

En résumé, cet album, « c’est écrire pour aller mieux ». Et cela se ressent à son écoute. Il se conclut sur une note lumineuse avec un titre où Kyan Khojandi remercie son public. C’est ainsi un auteur apaisé que nous rencontrons en cette fin d’année. « Je vais bien ! J’aborde une nouvelle route et je l’aime bien. C’est un nouveau bouquin et toutes les pages sont cool à lire. »

Serein d’un point de vue personnel, il l’est aussi du côté pro. « J’ai l’impression que le projet a été très bien accueilli dans sa globalité. J’ai reçu des centaines de messages de gens qui l’ont écouté, m’ont donné leurs avis et ont partagé leur enthousiasme et leur surprise. Beaucoup m’ont dit qu’au début ils n’osaient pas l’écouter, plein de gens se sont lancés et ont été agréablement surpris, donc ça me touche », confie-t-il.

A ceux qui ne s’attendaient pas forcément à voir Kyan Khojandi dans le domaine musical, et encore moins dans un registre aussi sombre et intime, il rappelle à juste titre que toutes ses créations, de Bref à Bloqués en passant par Pulsions, « ne se sont jamais interdit de traiter de sujets graves ». « Le spectre est énorme quand on raconte des histoires. Je ne suis ni une boîte à rire, ni une boîte à pleurer, je suis une boîte. Et rien ne nous empêchera demain de faire des deltaplanes si on a envie d’en faire. » On finit quand même sur un sourire.

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