Kamala Harris, future colistière de Joe Biden ?

Sa candidature n’a pas su séduire les démocrates américains et pourtant, Kamala Harris pourrait bien devenir la première femme vice-présidente des États-Unis, si Joe Biden remporte la course à la Maison-Blanche en novembre face à Donald Trump. Portrait d’une femme portée par son passé de procureure déterminée et d’une histoire familiale digne du meilleur «rêve américain».

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«Ma mère me disait souvent: “Kamala, tu seras peut-être la première à accomplir de nombreuses choses. Assure-toi de ne pas être la dernière”.» Il y a un an, Kamala Harris croyait dur comme fer pouvoir devenir la première présidente noire des États-Unis. Devant ses supporteurs, la sénatrice de 55 ans évoquait sans retenue son ambition. Un appétit certain pour le pouvoir qui remonte à l’enfance. Malgré de nombreux atouts, la candidature de Kamala Harris n’a toutefois pas su séduire les démocrates américains. Le 3 décembre, à court d’argent, celle que l’on surnomme l’«Obama Girl» préférait jeter l’éponge. Avec un autre objectif en tête : la vice-présidence des États-Unis.

Aujourd’hui, les spéculations vont bon train sur les chances de Kamala Harris d’accompagner Joe Biden, son ancien rival, dans la présidentielle contre Donald Trump et de devenir, en cas de victoire, la première femme vice-présidente des Etats-Unis. Elle est d’ailleurs favorite des sites de paris politiques, loin devant Elizabeth Warren, Susan Rice ou encore Karen Bass. Il faut dire que des notes griffonnées sur un carnet de Joe Biden, capturées à son insu mardi 28 juillet, vantent les qualités de Kamala Harris : «Pas rancunière», «A fait campagne avec moi et Jill», «Talentueuse», «D’une grande aide pour la campagne», «Grand respect pour elle». Peu après, le site spécialisé Politico annonçait, dans un texte pré-daté au 1er août, que Joe Biden avait choisi Kamala Harris comme colistière. Bien que le média politique ait rapidement évoqué une «erreur», la rumeur continue d’enfler.

Pourtant, rien n’était joué d’avance. Le 27 juin 2019, lors du premier débat de la primaire démocrate, la sénatrice californienne n’hésitait pas à mettre en avant son histoire personnelle pour faire remarquer à l’ancien vice-président Joe Biden avoir été blessée par ses échanges «courtois» avec des sénateurs ségrégationnistes, tenus dans le passé. Depuis, Kamala Harris semble avoir tourné la page.

Fille de parents immigrés

Kamala Harris a grandi à Oakland, dans la Californie progressiste des années 1960. Fière de la lutte pour les droits civiques de ses parents immigrés, la démocrate a toujours revendiqué ses origines : un père jamaïcain professeur d’économie, et une mère indienne aujourd’hui décédée, chercheuse spécialiste du cancer du sein. Alors qu’un mouvement les États-Unis, la politicienne n’a pas été épargnée par le racisme et la ségrégation. En juin 2019, elle livrait un souvenir d’enfance encore douloureux : lorsqu’elle prenait, enfant, l’un des bus chargés d’amener les écoliers noirs dans les quartiers blancs. Déterminée à faire bouger les choses, Kamala Harris a bravé tous les obstacles pour atteindre ses rêves.

En vidéo, le discours anti-Trump de Lori Lightfoot, première maire afro-américaine de Chicago

La première procureure de Californie

Prétendante sérieuse à la Maison-Blanche, Kamala Harris a fait de son passé de procureure une force. Avant de se retirer de la course à la Maison-Blanche, l’Américaine était même, aux yeux de certains démocrates, la mieux placée pour «mener le réquisitoire» contre Donald Trump, et battre le républicain à la présidentielle de novembre 2020. Il est vrai que, depuis le début de sa carrière, Kamala Harris a accumulé les titres de pionnière. Après deux mandats de procureure à San Francisco (2004-2011), elle a été élue, deux fois, procureure de Californie (2011-2017), devenant alors la première femme, mais aussi la première personne noire, à diriger les services judiciaires de l’État le plus peuplé du pays. Puis, en janvier 2017, elle a prêté serment au Sénat à Washington, s’inscrivant ici comme la première femme originaire d’Asie du Sud et seulement la seconde sénatrice noire dans l’histoire américaine.

“Pas trop âgée et noire”

L’expérience que Kamala Harris a engrangé dans les branches judiciaire, exécutive et législative faisait aussi d’elle la candidate «parfaite», confiait en juin 2019 à l’AFP Marguerite Willis, ex-candidate démocrate au poste de gouverneur de la Caroline du Sud. Avant d’observer : «Elle n’est pas trop âgée (…) et c’est une femme noire, ce que je trouve très important en ce moment», dans un contexte où le racisme augmente sous la présidence Trump, et davantage encore depuis la mort de George Floyd par un policier le 25 mai.

Côté vie privée, rien à signaler. Mariée depuis août 2014 à un avocat, père de deux enfants, Kamala Harris n’a jamais caché son histoire familiale, elle dont la soeur Maya est une ancienne de la campagne de Hillary Clinton en 2016.

Dans les pas de Barack Obama

D’habitude chaleureuse, Kamala Harris sait se montrer ferme quand il le faut. Au Sénat, elle s’est notamment fait remarquer pour ses interrogatoires serrés, au ton parfois glaçant, lors d’auditions sous haute tension. À l’instar de celle du candidat conservateur controversé à la Cour suprême Brett Kavanaugh, en 2018. Mais ses supporteurs voient cette rigidité comme un signe de sa grande détermination. «Elle s’empare du porte-voix à chaque fois qu’elle le peut» pour défendre, notamment, un système judiciaire plus juste pour les Noirs, confiait l’an dernier Deitra Matthew, l’une de ses supporters venue rencontrer la candidate à Columbia (la capitale de la Caroline du Sud, NDLR). «Je dois admettre que je n’ai pas été aussi emballée par un candidat depuis 2007», avant l’élection de Barack Obama. Kamala Harris serait-elle la femme de la situation ?

*Cet article, initialement publié le le 29 juin 2019, a fait l’objet d’une mise à jour.

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