"Je n’ai pas d’autres choix " : l’inquiétante hausse des ventes de fillettes afghanes depuis la prise de pouvoir des talibans

C’est un reportage déchirant que France 2 diffusait ce dimanche 22 mai 2022, au cours de son journal du 20 heures.

Dorothée Olliéric, envoyée spéciale de la chaîne en Afghanistan, s’est rendue au village de Qala-e-naw, dans l’Ouest du pays, dans un camp où vivent des familles dans une extrême pauvreté. Là-bas, des parents endettés vendent leurs fillettes, dans l’espoir d’assurer la survie de leurs autres enfants, affamés.

Deux femmes ont accepté de témoigner face caméra.

Amina, 10 ans, vendue 2 300 dollars

« J’ai vendu ma fille à cause de la famine et de la pauvreté« , dit une première, qui devait « plus de 2 000 dollars à des gens ». Sa fille se prénomme Amina, elle a 10 ans, et a été vendue il y a trois mois pour environ 2 300 dollars.

C’est parce que nos enfants meurent de faim, je n’ai pas d’autres choix.

« Est-ce que tu sais quand tu vas partir ? Et comment tu te sens ? », demande la journaliste de France 2 à la fillette.

« Je vais partir bientôt », répond-t-elle simplement, occultant la seconde question. « Comment tu te sens par rapport à ça ? », tente de nouveau l’envoyée spéciale.

Amina ne répond pas mais fond en larmes. Dorothée Olliéric interroge alors sa mère : « Est-ce que vous avez honte quand vous la voyez comme ça ? ». « C’est parce que nos enfants meurent de faim, je n’ai pas d’autres choix », lâche cette dernière.

« Bientôt » donc, dans quelques semaines, l’homme qui a payé la famille « emmènera de force » Amina, explique les équipe de France 2. Ce mari imposé a vingt ans de plus qu’elle. Et rien ne garantit à cette famille qu’il attendra la majorité sexuelle de leur fillette avant d’avoir des relations sexuelles avec elle, précise le JT.

Sabera, 5 ans, vendue 500 dollars

Une autre mère explique survivre avec moins de 50 centimes par jour. Et ce, avec trois enfants, dont un bébé de 5 mois. Elle a alors vendue son aînée, Sabera, 5 ans, pour 500 dollars, à un jeune couple du même village mais moins pauvre, et qui ne peut pas avoir d’enfants.

« J’ai emmené ma fille chez la famille qui l’a achetée en lui disant des mensonges et après je l’ai laissé en partant en douce… », raconte-t-elle. La nuit de son arrivée chez ces inconnus, la petite fille s’est enfuie.

Cela fait neuf mois que les talibans sont là et ces gens n’ont pas reçu la moindre aide humanitaire.

« J’étais obligée de la vendre, dit cette deuxième femme. Même si je sais que personne ne doit séparer une mère et son enfant… Comment j’ai pu donner une petite fille comme elle ? Tous mes enfants allaient mourir de faim. » 

Depuis le retour des talibans, la vente des enfants aurait doublé

Le chef de ce village explique à France 2 que « depuis que l’émirat islamique est au pouvoir, la situation s’est nettement aggravée ». Doublé même, dans ces petits villages de montage, estime la chaîne, au conditionnel, car il est complexe de mesurer cet inquiétant phénomène.

L’Afghan à la tête du village constate et déplore : « Cela fait neuf mois que les talibans sont là, et ces gens n’ont pas reçu la moindre aide humanitaire ».

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