Huit femmes accusent PPDA d'agressions sexuelles : "Cela se passe en un quart de seconde, il n’y a aucune séduction"

Après le classement au mois de juin, d’une enquête pour viol contre Patrick Poivre d’Arvor, huit femmes racontent dans le journal Libération, paru ce mardi, les agressions sexuelles dont elles disent avoir été victimes de la part de l’ancien journaliste de TF1.

Harcèlement moral et physique, agressions sexuelles, viols : le quotidien Libération publie ce mardi 9 novembre, les récits de huit femmes décrivant ce qu’elles disent avoir subis de la part de Patrick Poivre d’Arvor, sur une période allant de 1993 à 2008. Leurs témoignages avaient déjà été entendus par la police au cours de l’enquête préliminaire ouverte en février 2021, à la suite de la plainte déposée par Florence Porcel pour «viol», «harcèlement sexuel» et «agression sexuelle» à l’encontre du journaliste. Des faits que Patrick Poivre d’Arvor a toujours niés fermement.

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À visage découvert

«Jamais je n’ai accepté une relation qui ne serait pas consentie, qui serait forcée, jamais de la vie. […] Il n’y a rien de pire, pour moi, que de contraindre quelqu’un à quoi que ce soit», déclarait l’animateur le 3 mars sur le plateau de l’émission Quotidien, sur TMC, en réponse aux accusations de Florence Porcel. Le 25 juin, le parquet de Nanterre a classé le dossier sans suite, estimant que la plainte de cette dernière était «insuffisamment caractérisée», et que les autres faits étaient prescrits.

Au total, l’enquête a permis d’entendre les témoignages de 23 femmes. Onze ont porté plainte pour viols, agressions ou harcèlement. Aujourd’hui, huit d’entre elles ont décidé de dénoncer les actes de l’ancien présentateur du JT en témoignant en leur nom, dont sept à visage découvert. Une façon pour elles de répliquer au journaliste de 74 ans, qui lors de son intervention sur TMC, s’agaçait «de l’anonymat, toujours de ­l’anonymat.»

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« Deux PPDA »

Journaliste aujourd’hui âgée de 51 ans, Stéphanie Khayat affirme avoir subi deux viols dans le bureau du journaliste. Le premier se déroule en 1994, lors de son entretien d’embauche pour un poste à LCI. «Je ne l’entends pas s’approcher. Il me retourne brusquement face à lui, m’oblige à me baisser et enfonce son sexe dans ma bouche. Je ne suis pas là depuis dix minutes. Ça a été brusque, soudain, rapide», raconte-t-elle.

Souffrant d’anorexie, elle évoque aussi le jour où PPDA l’a mise en relation avec le médecin qui a soigné sa fille, Solenn, décédée en 1995. En 1997, alors qu’elle est au seuil critique de la maigreur, Stéphanie Khayat est hospitalisée à Sainte-Anne. «Quand je sors de l’hôpital fin mai, il me viole à nouveau dans son bureau». Se sentant humiliée, elle a le sentiment que l’homme «lui fait payer le prix de son aide». Pour la journaliste, il y a deux PPDA. «Il y a l’homme qui m’a aidée quand j’étais malade. Et celui qui m’a violée, sans aucun égard, ni tentative de séduction.»

D’autres femmes racontent également avoir été victimes d’agressions sexuelles dans les locaux de TF1. Parmi elles, Muriel Reus, 63 ans, à l’époque directrice adjointe de TPS, une filiale de TF1. Invitée dans le bureau de PPDA après le JT, celui-ci essaie de l’embrasser, défait sa ceinture et baisse son pantalon : «Cela se passe en un quart de seconde. Il n’y a aucune séduction. C’est une tentative mécanique de commettre un acte sexuel. J’ai un instant de sidération et je lui dis : « Patrick, qu’est-ce que tu fais? Tu connais mes relations avec la direction de TF1. »Cela le stoppe et je sors du bureau.» Le lendemain, Muriel Reus raconte la scène à Patrick Le Lay, à l’époque PDG de la chaîne. Après lui avoir demandé «Il a osé aussi avec toi?», il poursuit : «Je m’en occupe». Elle raconte qu’ensuite, le présentateur se montrera distant avec elle. Et qu’elle aura compris que «la direction est pour le moins au courant de ses agissements. (…) Je n’avais pas imaginé à quel point ce système était institutionnalisé, ritualisé.»

« Tout le monde savait »

«Le système PPDA» : tel est le titre de l’article de Libération, qui souligne les approches et comportements similaires que le journaliste employait avec celles qui témoignent. Ainsi, il les abordait ainsi le plus souvent avec des questions intimes («Etes-vous en couple ? Etes-vous fidèle ? Etes-vous heureuse dans votre vie sexuelle ?»). Et, après avoir invité certaines à assister au tournage du JT, les conviait ensuite dans son bureau. «Un ami journaliste à l’époque m’a appris peu de temps après que tout le monde savait, que c’était un processus bien rodé où autrices, étudiantes, journalistes, toutes sortes de femmes étaient invitées au JT avant de passer dans son bureau. Si tout le savait, pourquoi est-ce que cela continuait ?», interroge Aude Darlet, une des témoins.

Anciennes journalistes à TF1, Cécile Thimoreau, Cécile Delarue, Emmanuelle Dancourt rapportent également des agressions, et leur crainte de se retrouver seules avec l’ancien présentateur. «À TF1, j’ai subi trois agressions sexuelles. La première, dès les dix premiers jours de mon arrivée, par un responsable d’une cinquantaine d’années. La deuxième, quelques mois plus tard, dans une voiture. […]Et la troisième fois, c’était PPDA», raconte Cécile Thimoreau.

« Il faut absolument que j’évite cet homme »

Craignant d’être «la prochaine à passer à la casserole», Cécile Delarue évite de croiser le chemin et le regard de la star du JT. «Je passe mon temps à fuir PPDA. Dès que je le vois dans un couloir, je fais demi-tour, je ne prends plus l’ascenseur mais les escaliers. Je comprends que si je veux fonctionner dans cette rédaction, il faut absolument que j’évite cet homme», se rappelle-t-elle. «PPDA n’a pas lâché. Un an de harcèlement, de SMS baveux, d’appels tardifs et de messages vocaux poisseux, que j’ai tous effacés pour oublier, pour avancer», se souvient pour sa part Emmanuelle Dancourt.

Selon Libération, Florence Porcel pourrait déposer une nouvelle plainte, pour un viol qui se serait produit en 2009 et serait donc non prescrit. Sollicité par nos confrères de Libération, Patrick Poivre d’Arvor a rappelé qu’une décision de justice avait été donnée et lui «était favorable». Invité à commenter les témoignages et l’enquête du quotidien, il considère que «cette tentative de ­contournement médiatique d’une décision d’ordre judiciaire» est «regrettable, inquiétante, et dangereuse».

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