Francesca Gee dénonce à son tour l'emprise pédophile de Gabriel Matzneff

Après la publication début janvier 2020 de l’ouvrage Le Consentement, dans lequel Vanessa Springora dénonçait les actes pédophiles de Gabriel Matzneff, Francesca Gee s’est à son tour exprimée dans un livre auto-édité, L’Arme la plus meurtrière, paru le 23 septembre.

«J’ai pris conscience que la personne dont j’étais amoureuse était malade, pathologiquement malade», confiait Vanessa Springora dans Le Consentement, un ouvrage paru le 2 janvier 2020 aux éditions Grasset. Elle y dénonçait les actes pédophiles de Gabriel Matzneff, un prédateur dont elle était tombée sous le charme à l’âge de 14 ans. Depuis, Fransesca Gee s’est à son tour exprimée dans un livre auto-édité, L’Arme la plus meurtrière, paru le 23 septembre. Cette ancienne journaliste de 63 ans aurait vécu une relation traumatisante avec l’auteur français durant trois ans, et ce, dès l’âge de 15 ans – il en avait 37.

Fransesca Gee est alors une adolescente passionnée de littérature, dont les parents sont trop préoccupés par «leur mélo personnel» pour «s’intéresser à ce qu’elle devient». Un soir, la jeune fille et sa mère sortent du cinéma lorsqu’elles croisent Gabriel Matzneff, l’ancien amant de cette dernière. L’écrivain fait de Francesca Gee la cible de ses avances. «Mes appas, mon intelligence, ma simple existence sont portés aux nues, relate-t-elle dans un extrait dévoilé sur son site. Comment résister à te tels compliments ? Comment refuser de vivre, enfin, la vie d’une héroïne ?»

« Je faisais totalement partie de cette histoire »

Puis l’écrivain se jette sur elle, à l’occasion d’une promenade sur les quais, suscitant chez elle un certain dégoût. Elle n’ose pas refuser d’avoir avec lui des relations sexuelles, durant lesquelles le lit devient pour elle «comme une arène». «Ma mère était très opposée à cette liaison, mais mon père y était très favorable, a expliqué Francesca Gee à l’antenne de France Inter, ce lundi 27 septembre. Il était tout à fait d’accord pour que je sois la maîtresse de Matzneff.» Pour Gabriel Matzneff, c’est un «dogme», leur amour est mutuel. Elle trouvera le courage de rompre à l’âge de 18 ans. Et plus tard celui de livrer son témoinage dans un livre, encouragée par l’impact de celui de Vanessa Springora.

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Sous influence

Tout commence en 1973, à Paris. Francesca Gee affirme avoir rencontré l’écrivain par le biais de sa mère, qui l’a connu quelques années plus tôt. L’auteur est, à l’époque, souvent convié aux dîners de famille, se souvient David, le frère cadet de Francesca. Un invité de marque qui aurait rapidement conquis leur père, un journaliste britannique soucieux de se faire une place dans la société française.

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« Cette image de moi me poursuit »

À l’âge de 18 ans, Francesca Gee parvient à se libérer de l’influence de l’écrivain, et se montre plus critique envers lui. «C’était le fait de grandir, en fait», estime-t-elle avec le recul. Mais, si elle parvient à mettre un terme à cette relation traumatisante, cessant tout contact avec l’auteur, elle est incapable de s’en défaire totalement. L’écrivain, qui l’avait encouragée à lui écrire «des centaines de lettres à connotation amoureuse ou sexuelle», selon le New York Times, les a en effet reprises dans certains de ses livres sans l’aval de la jeune fille – notamment dans Les Moins de seize ans, paru en 1974.

«Aujourd’hui, je considère qu’elles m’ont été extorquées et employées comme armes à mon encontre», poursuit Francesca Gee. Cette dernière est également au centre de son journal La Passion Francesca, daté des années 1974 à 1976 et paru en 1998. Sur la couverture d’Ivre de vin perdu, paru en 1981, figure par ailleurs une réplique d’un cliché de la jeune fille à l’âge de 15 ans. «Cette image de moi me poursuit, elle est comme un double malveillant», commente Francesca Gee dans les colonnes du quotidien américain.

C’est seulement à l’âge de 35 ans qu’elle le réalise : ce qu’elle a vécu n’était pas une histoire d’amour. En 1992, elle contacte Gabriel Matzneff pour qu’il arrête d’utiliser ses lettres et les lui rende. Il s’exécutera. Douze ans plus tard, Francesca Gee tente de faire paraître un manuscrit pour dénoncer la pédophilie de l’écrivain. «Il n’a cessé de se servir de moi pour justifier l’exploitation sexuelle des enfants et des adolescents», y écrit-elle notamment. Peine perdue : l’auteur est encore trop puissant. Il possède des amis dans bon nombre de maisons d’édition, et son dernier livre, L’Amante de l’Arsenal, a été publié en novembre 2019 aux éditions Gallimard. Dans son manuscrit, Francesca Gee décrivait son passé avec l’auteur comme un «cataclysme qui s’était abattu sur moi à 15 ans, et qui devait changer le cours de mon existence».

*Cet article, initialement publié le 31 mars 2020, a fait l’objet d’une mise à jour.

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