Cancer du sein : un niveau plus élevé d'activité physique divise par deux le risque de développer la maladie

“L’activité physique régulière tout au long de la vie réduit les risques de développer un cancer, en particulier du côlon, du sein et de l’endomètre”, rappelle la Haute Autorité de Santé dans son guide de consultation et prescription médicale d’activité physique, publiée le 6 septembre 2022. 

Si les bénéfices de l’activité physique pour lutter contre le cancer du sein (avant, pendant et après la maladie) sont étudiés depuis des années, un lien de causalité entre les deux n’a pas encore été clairement établi.

Ainsi, en 2011, une étude publiée dans la revue Springer Link avait déjà noté une corrélation entre l’exercice régulier et la réduction des risques de développer un cancer du sein, sans pour autant prouver le lien de causalité.

Mais de nouveaux travaux de recherche, parus le 3 juillet 2022 dans The British Journal of Sports Medicine pourraient bien changer la donne. 

 “Notre étude fournit des preuves solides qu’une plus grande activité physique globale, ainsi que la pratique vigoureuse de l’exercice (au moins trois fois par semaine, ndlr) et un temps de sédentarité réduit sont susceptibles de réduire le risque de cancer du sein. L’adoption plus généralisée de modes de vie actifs pourrait réduire le fardeau du cancer le plus courant chez les femmes”, peut-on y lire. 

Prouver le lien entre exercice régulier et prévention du cancer du sein 

Si des études observationnelles montrent que l’inactivité physique et les comportements sédentaires sont liés à un risque plus élevé de cancer du sein, prouver qu’ils causent le cancer du sein est une autre affaire.

Afin de mettre un point final à cette interrogation, l’équipe de chercheur.ses internationale a mené une étude d’envergure. 

Ils / elles ont analysé les données de 130 957 femmes, « dont 69 838 avaient des tumeurs qui s’étaient propagées localement ; 6667 avaient des tumeurs qui ne s’étaient pas encore propagées ; et un groupe témoin de 54 452 femmes qui n’avaient pas de cancer du sein ». 

Les données 76 études « qui avaient utilisé le vaste référentiel de données de la UK Biobank sur les explications génétiques potentielles de la prédisposition globale à l’activité physique, à l’activité physique vigoureuse ou au temps assis ; tel que mesuré par des trackers d’activité portés au poignet ; à génétiquement prédire le degré d’activité physique ou d’inactivité de leurs propres participants à l’étude », précise le site news-medical

Afin de ne pas fausser leurs résultats, les chercheur.ses ont également estimé le risque global de cancer du sein chez leur échantillon, selon si les femmes étaient ou non ménopausées et ont « observé leurs résultats par type de cancer (positif pour l’œstrogène ou la progestérone, ou HER-2, ou positif/négatif pour les 3 hormones), stade (taille et étendue de la propagation de la tumeur) et grade (degré d’anomalie des cellules tumorales) ».

C’est via une technique de “prédiction génétique appelée randomisation mendélienne” que l’équipe a ainsi déterminé si l’activité physique et le temps passé assis tout au long de la vie pouvaient avoir un lien causal.

« La randomisation mendélienne (RM) évalue la causalité en simulant des groupes d’essais randomisés à l’aide du génotype. Nous avons évalué si l’activité physique tout au long de la vie ou le temps sédentaire, évalué à l’aide du génotype, pouvait être causalement associé au risque de cancer du sein global, avant/après la ménopause et par groupes de cas définis par les caractéristiques de la tumeur », précisent les scientifiques. 

Un niveau plus élevé d’activité physique réduit le risque de cancer du sein de 41 %

Ainsi, les résultats ont montré qu’un niveau plus élevé d’activité physique, ou de mouvement général, était associé à une réduction de 41 % du risque de cancer du sein invasif

« Une plus grande activité globale prédite génétiquement était associée à un risque global de cancer du sein plus faible et pour la plupart des groupes de cas. L’activité vigoureuse (plus de trois fois par semaine) était associée à un risque plus faible de cancer du sein pré/périménopausique. Un plus grand temps sédentaire était associé à un risque de tumeur négatif pour les récepteurs hormonaux plus élevé », souligne l’étude. 

Plus précisément, chez les femmes pré et périménopausées, une activité physique intense, pratiquée au moins trois jours par semaine était liée à une réduction de 38 % du risque de cancer du sein. Et à l’inverse, un niveau plus élevé de temps passé assise, était associé à un risque plus élevé de développer un cancer du sein triple négatif (+104%). 

« On pense que l’activité physique réduit le risque de cancer du sein parce qu’elle diminue la quantité d’hormones œstrogènes et androgènes circulant dans le sang. Une réduction de l’inflammation peut également être un facteur”, indique Pr Brigid Lynch, co-auteure de l’étude auprès de The Guardian.

L’activité physique comme traitement préventif

Si Pr Brigid Lynch se félicite du lien établi par ses équipes, elle précise toutefois que l’une des limites de l’étude est qu’elle n’inclue que des données provenant de femmes d’ascendance européenne.

« Nous ne pouvons pas dire avec certitude que ces instruments génétiques sont applicables à différents milieux raciaux », regrette-t-elle.

Il n’empêche que selon l’experte, ces résultats devraient « rétablir les priorités en matière de prévention ». « Il faut une plus grande concentration de la lutte contre le cancer portant sur l’activité physique et le temps sédentaire en tant que facteurs de risque de cancer modifiables est justifiée », martèle-t-elle, dans un communiqué publié sur le site de l’Université de Bristol. 

« Le cancer du sein représente un tiers de l’ensemble des nouveaux cas de cancer chez la femme et la première cause de décès par cancer chez la femme », rappelle Santé Publique France. 

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