Bernard Tapie, icône préférée du rapgame français

Homme aux milles vies, Bernard Tapie,
décédé ce dimanche à l’âge de 78 ans, a aussi marqué de son empreinte le monde de la musique. En poussant la chansonnette dans les années 1960, sous le nom de « Tapy », puis vingt ans plus tard avec le titre Réussir sa vie, coécrit avec Didier Barbelivien. Les fans de Starmania se souviennent aussi de sa reprise du Blues du businessman en 1985, qui prend une saveur toute particulière dans la bouche de l’homme d’affaires.

Mais c’est dans un tout autre registre qu’il a marqué les esprits : le rap. Il laisse derrière lui l’un des feats les plus improbables du rapgame avec Doc Gynéco à la fin des années 1990, mais surtout une source d’inspiration inépuisable pour de nombreux artistes. Orelsan, Niro, Naps, Sadek, Zola… Bernard Tapie est devenu au fil des années l’une des icônes préférées des rappeurs français.

« Hey fomblard, j’ai rencard avec Nanard »

Certains ne se remettent toujours pas de ce duo surréaliste. On est en 1998, Doc Gynéco est alors au sommet de son art, porté par l’immense succès de Première consultation sorti deux ans plus tôt. Le rappeur publie une nouvelle compilation où figurent de nombreux artistes allant de Pit Bacardi à Renaud en passant par Catherine Ringer. Mais un duo éclipse tous les autres : C’est beau la vie avec Bernard Tapie. Le feat signe le retour médiatique de l’homme d’affaires après plusieurs années de déboires judiciaires, au cœur de ce titre de près de quatre minutes. « Alors putain dis-moi ce match on t’la vendu ? », lance notamment Gynéco. « Mais tu rigoles j’les aime à Valencienne », lui répond Tapie.

Autre réplique notable : « Et quoi qu’il arrive sur Terre, dans le foot, les affaires, le rap, les ministères, c’est toujours… », commence le rappeur, « le gangster », termine l’homme d’affaires. Un clip accompagne cette chanson lunaire mêlant musique et politique, où les deux interprètes se mettent en scène dans une voiture pourchassée par des hommes armés jusqu’aux dents. Mais tous deux gardent le sourire malgré les attaques, bercés par le refrain entonné par la chanteuse Assia, « c’est beau, c’est beau la vie ».
Interrogé par Augustin Trapenard en 2016, Doc Gynéco était revenu brièvement sur cette étrange collaboration. « Bernard Tapie on n’a toujours pas compris… », s’amusait le journaliste. « Oui des fois j’me goure dans mes choix, c’est pas facile d’être un visionnaire », répondait l’artiste avec humour.

« Comme Bernard Tapie »

S’il s’agit du seul duo de Bernard Tapie avec un rappeur, on retrouve des références à l’homme d’affaires dans de nombreux titres de rap dans les années 2000/2010. « Lunettes noires, poker face, j’pose tapis/Arrêtez d’faire chier Bernard Tapie », rappe Orelsan dans la chanson Christophe. « J’ai la disquette à Bernard Tapie, t’es dépassé comme Bernard Lama », écrit Niro dans Fenwick. « J’ramène la Ligue des Champions à la Bernard Tapie », avance encore Naps dans T’as raison d’y croire. Et ils sont loin d’être les seuls : Mac Tyer, Sadek, YL, Disiz La Peste, Freeze Corleone… Difficile de compter les mentions à l’homme d’affaires tant elles sont multiples. Récemment en 2018, le rappeur Zola lui a même consacré un titre qui porte son nom et qui a pour refrain : « J’avale ma pilule, je rentre dans le fight qu’ils finissent au tapis, eh/Comme Bernard Tapie, c’est tout pour la monnaie/Comme Bernard Tapie j’suis dans l’game et j’fais des millions ».

Depuis des années des artistes multiplient les clins d’œil à son parcours mouvementé de self made man, son rapport à l’argent, ses liens avec le monde du foot, mais aussi sa personnalité haute en couleurs. Dans une interview à SoFoot en 2013, Seth Gueko était interrogé sur la question suivante : « Tu t’autoproclames « fils de Jacques Mess' », t’es pote avec Dodo la Saumure : t’es pas nostalgique du foot des années 80, celui des « présidents voyous » ? » « Je préférais, ouais. Tapie, validé, répondait alors l’artiste. Tu peux le mettre dans la même lignée que Mesrine et Dodo la Saumure : c’est le même bagout, un personnage atypique, une gueule, une voix. Des mecs francs du collier et qui alignent les mots dans le bon sens ». S’il n’a jamais réussi à percer lui-même dans la musique, Bernard Tapie aura en revanche été complètement adoubé par le rap game français.

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