"Athena", une tragédie spectaculaire signée Romain Gavras

Quatre ans après Le monde est à toi, qui avait été présenté à la Quizaine des Réalisateurs cannoise, le réalisateur français Romain Gavras, membre du collectif Kourtrajmé, débarque sur Netlix avec Athéna, co-écrit avec son ami Ladj Ly, réalisateur de Les Misérables, César du meilleur film 2020. 

Le film serait, selon les arguments promotionnels avancés par Netflix et ses auteurs, ni plus ni moins qu’une « tragédie », et on est clairement dans ce registre, puisque le film est centré sur une fratrie disloquée dans un décor de champ de bataille, sans oublier le nom du quartier en question, Athena, ou encore les origines grecques du réalisateur, fils du grand Costa-Gavras : « Petit, je n’ai jamais eu le droit de regarder des films de Walt Disney, j’ai été bercé avec la tragédie ou la mythologie grecque, un adolescent qui tue son père, qui marie sa mère, qui se crève les yeux, ou une femme qui va manger ses enfants, donc j’ai toujours été pétri d’images symboliques fortes. Et c’est ce qu’on a essayé de retranscrire à l’intérieur de ce film, il n’y a pas une seconde où on lâche le spectateur. »

« On a essayé en même temps de de rapporter une iconographie qui est intemporelle, pour dépasser le côté fait-divers sociétal et l’inclure dans une dimension plus intemporelle. »

à franceinfo

Différents points de vue

L’histoire c’est donc celle de trois frères, Abdel, militaire qui veut apaiser les tensions, Moktar, voyou, et Karim, qui devient le leader des émeutiers
des violences déclenchées par la mort d’Idir, le plus jeune membre de cette fratrie, après une intervention policière. Romain Gavras nous embarque avec ces trois personnages et leurs confrontations mais nous présente aussi Jérôme, un CRS tombé du nid joué par Anthony Bajon. « Dans le film je pense qu’il n’y a pas de gentils, pas de méchants, que tout le monde a sa part d’ombre, et c’était important pour moi de montrer un personnage de CRS, puisqu’ils n’ont pas le droit à la parole, selon la loi, souligne le réalisateur. Et l’idée c’était de montrer un jeune CRS, pour ce qui est sans doute sa première mission, dont le costume est trop grand pour lui, qui a envie de s’échapper de tout ça. Et donc avoir justement tous ces points de vue-là, et des personnages qui réagissent différemment face au feu. »

Si Athena est si fort, c’est d’abord grâce à son style visuel spectaculaire, avec de la pyrotechnie, au premier sens du terme, sans oublier une scène d’introduction de dix minutes inouïe, en plan-séquence. Gavras est très bon aussi lorsqu’il s’agit de caster des « gueules », avec des comédiens très charismatiques, sans oublier le fond, et une réfléxion sur la violence comme impasse, le pouvoir des images, et la manipulation.

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