Virginie Grimaldi: découvrez un extrait de "Les possibles", son nouveau roman

Femme actuelle vous propose de découvrir un extrait de Les Possibles, le nouveau roman de Virginie Grimaldi, paru chez Fayard. La romancière la plus lue en France signe un livre très émouvant qu’elle dédie à son père. Il va vous emporter.

  • Maxime Chattam
  • Marc Levy

Nous vous avons récemment invités à découvrir Celle qu’il attendait de Baptiste Beaulieu (éd. Fayard, 342 p., 18,50 €) ainsi que 1991 de Franck Thilliez (éd. Fleuve noir, 504 p., 22,90 €), “Le cerf-volant” de Laetitia Colombani (éd. Grasset, 224 p., 18 €)) et Intuitio, de Laurent Gounelle (Calmann Lévy, 400 p., 15,99 €) ou encore L’illusion, le nouveau polar de Maxime Chattam avec sa tendre dédicace à Faustine Bollaert (éd. Albin Michel, 464 p., 22,90€). Mais aussi Loin du bruit du monde, le cinquième et dernier roman de Valéry Giscard d’Estaing, paru avant sa mort. Nous vous avons également dévoilé le talent de romancière Marina Carrère d’Encausse qui a publié un polar saisissant Les Enfants du secret (éd. Héloïse d’Ormesson, 176 p., 17 €).

Aujourd’hui c’est un extrait de Les Possibles de Virginie Grimaldi, paru chez Fayard que nous vous proposons de découvrir (378 p., 19,50 €).

Le nouveau livre de la romancière la plus lue en France, que Femme Actuelle avait eu le plaisir de recevoir en studio, honore la promesse des huit précédents : l’humour et l’émotion affleurent entre les lignes d’une jolie histoire de famille dans laquelle beaucoup se reconnaîtront. La tendresse y ouvre peut-être encore plus grand ses ailes. Sans doute parce que Virginie Grimaldi a mis beaucoup d’elle dans ce roman qu’elle dédie à son père. L’amour pudique qui unit Jean, un retraité tête en l’air, fan de téléachat à Juliane, sa fille chez qui il vient s’installer va vous emporter. Vous faire sourire et pleurer. Belle lecture!

“J’attendais la pause déjeuner en comptant les secondes. Je m’arrête au fast-food, je commande un menu XL, un sandwich supplémentaire et une glace en dessert. Au dernier moment, j’ajoute des nuggets et des potatoes. En passant à la caisse, j’affirme dans un sourire que mon fils m’attend à la maison. Je ne voudrais pas que la jeune fille puisse penser que tout est pour moi.

Je tourne sur le parking du centre commercial jusqu’à trouver une place à l’écart des autres voitures. Je me gare, recule le siège, ouvre le bouton de mon jean et commence mon festin.

Le plaisir est intense mais bref. Au bout de quelques bouchées à peine, je déborde, mais je continue. Je sais que je vais le payer, avoir mal au ventre pendant des heures, la nausée, sans compter la culpabilité. Je vais me trouver faible, lâche, sans volonté. Je sais que je vais le regretter, mais ça ne suffit pas à me faire renoncer au réconfort immédiat que m’apporte la nourriture. Je ne reprends pas mon souffle entre deux bouchées, je mâche à peine, je ne mange pas, j’avale, j’engloutis, je dévore, je me remplis, je m’étouffe.

Je bouffe mes émotions. Je mastique mes chagrins, j’engouffre mes angoisses, j’ingurgite mes joies.

Il ne reste que la glace. Je regrette de ne pas avoir apprécié davantage, c’est passé vite.

C’est fréquent, ces derniers temps. C’est par périodes, depuis toujours. La première fois, j’avais dix-huit ans. C’était après mon premier régime. Pendant trois semaines, je me suis nourrie exclusivement de sachets protéinés. Le garçon que j’aimais me trouvait trop grosse, et j’étais assez d’accord avec lui. J’ai perdu cinq kilos, et toute confiance en moi.

À la maison, j’évite les tentations. J’achète de la nourriture équilibrée et je prends le temps de cuisiner. Il existe bien un placard interdit, qui contient les gourmandises pour Charlie, que je ne veux pas priver. Il m’arrive de succomber, mais, le plus souvent, je tiens bon. Ça me demande un effort. Ce n’est pas naturel. Ma relation à la nourriture n’est pas naturelle. Je suis dans le contrôle absolu ou dans l’excès, il n’y a pas d’équilibre. Je mange des légumes pour aller bien, je bouffe des frites pour aller mieux.

La glace est terminée. Je racle le fond du pot, il ne reste plus que des cadavres d’emballages et un infini dégoût. Je rassemble les déchets et les fais disparaître dans une poubelle. J’attrape mon téléphone dans mon sac et, comme chaque midi, j’appelle Gaëtan. J’ai hâte de lui raconter à quel point ma salade était délicieuse.”

Les possibles, de Virginie Grimaldi, éd. Fayard, 378 p., 19,50 €

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