Rouge pour Christian Louboutin, jaune pour Léna Mahfouf… Ce que leurs couleurs fétiches disent d’eux

Chanteuse, influenceuse, créateur… Pour nous, ils posent dans leur couleur fétiche le temps d’une séquence photo ultrachromatique. Michel Pastoureau, spécialiste de symbolique, interprète ces choix qui résonnent avec l’intime et l’époque.

Aurélie Saada, auteure – compositrice, interprète et réalisatrice : «Je ne me sens jamais too much en doré»

Pourquoi avoir choisi le doré ?
Parce que cela m’évoque à la fois quelque chose de très familier et de grandiose. Le doré fait aussi bien référence aux bracelets de ma grand-mère cuisinant le couscous qu’à la robe de Peau d’âne. Je porte toujours du doré sur moi, je trouve ça joyeux, et je ne me sens jamais too much. Cette couleur se promène entre le magnifique et le vulgaire, entre la richesse et le toc, mais elle crée toujours de la lumière.

Quel est votre rapport à la couleur ?
J’ai toujours porté des couleurs, elles sont source de vitamines et racontent quelque chose de vous qui n’est pas neutre. Mes couleurs fétiches ? L’or, le vert, les bruns, le rouge vif, et récemment j’ai fait une fixette sur le rose pâle. J’adore le costume en soi, et il m’arrive d’opter pour un total look monochrome, je trouve ça gai.

Que vous évoquent «les couleurs» ?
Immédiatement les tableaux de Gustav Klimt, comme Judith I. Il y a quelque chose de tellement fragile et de profond dans ses peintures. Il osait l’or, les couleurs, les mélanges de motifs, et tout s’harmonisait parfaitement.

Aurélie Saada réalise «Rose», avec Françoise Fabian, Aure Atika, Grégory Montel… Sortie le 8 décembre

Laurence Arné, actrice : « Le vert respecte ma personnalité »

Pourquoi avoir choisi le vert ?
Ayant grandi en Charente dans une maison bordée d’arbres, le vert a toujours fait partie de mon décor. Je trouve cette couleur positive, elle me réconforte, m’apaise, elle diffuse de bonnes vibrations. Je suis dans mon élément quand je porte du vert, cette couleur respecte ma personnalité et en plus, elle sublime les blondes !

Quel est votre rapport à la couleur ?
J’opte pour des teintes discrètes afin de me fondre dans la masse, mais il m’arrive de me laisser tenter par des pièces colorées – un manteau rouille ou, plus récemment, un pantalon violet, que je ne porterai sans doute jamais… ! En revanche, j’ai besoin de couleurs chez moi ; j’aime que ce soit gai. Cela me vient sans doute de ma mère hollandaise, car aux Pays-Bas les couleurs sont vives et explosives.

Que vous évoquent «les couleurs» ?
Je pense tout de suite à Monet et aux impressionnistes. Je trouve le mélange de couleurs poétique, apaisant et riche, cela apporte quelque chose de spirituel qui m’inspire. Je peux rester des heures devant les tableaux du Musée d’Orsay, j’aimerais m’y plonger, comme dans Mary Poppins.

Laurence Arné a coécrit et joue dans «8, rue de l’Humanité», de Danny Boon, actuellement sur Netflix.

À écouter : le podcast de la rédaction

Christian Louboutin, créateur : « Le rouge est devenu mon talisman »

Pourquoi avoir choisi le rouge ?
C’est le rouge qui m’a choisi ! En 1993, j’ai recouvert le noir d’une semelle de chaussure avec du vernis à ongles rouge. Trouvant cela joli, je l’ai gardé. J’ai aussi pensé que les gens qui n’aiment pas la couleur portent quand même du rouge : une femme en total look noir osera, par exemple, une touche de rouge à lèvres et des ongles rouges. Cette couleur est archétypale, tout a commencé avec elle. Ses premières traces datent de 35.000 ans, et Dieu a créé Adam avec de la terre rouge. Cette couleur étant devenue mon talisman, j’en porte toujours une touche sur moi.

Quel est votre rapport à la couleur ?
J’ai toujours aimé les couleurs, si bien qu’à l’école on m’appelait le perroquet ! Cela me vient de mon goût pour le cinéma (Bollywood et Hollywood), le musical, le Crazy Horse, aussi pour l’Inde, le Bhoutan, les affiches des années 1970…

Que vous évoquent «les couleurs» ?
Matisse, et le jardin de Great Dixter, en Angleterre, imaginé par Christopher Lloyd, avec beaucoup d’amarantes. J’associe aussi les couleurs aux pivoines, aux pensées, aux oiseaux exotiques, au soleil, à la lumière, et à Orhan Pamuk, qui a écrit Mon nom est rouge, un livre extraordinaire.

Christian Louboutin présente «Le CorREDdor», à la Villa Noailles, à Hyères, jusqu’au 23 janvier.

Mademoiselle Agnès, journaliste mode : « J’ose maintenant le total look violet… »

Pourquoi avoir choisi le violet ?
J’ai longtemps détesté le violet, que j’associais à la couleur des vieilles dames. Mais quand je suis devenue blonde il y a trois ans, pour le Festival de Cannes, je me suis laissée tenter par un costume violet clair qui fonctionnait très bien avec ma nouvelle coloration. Je trouve intéressante cette couleur à la fois mystérieuse et monarchique. Et comme je suis attirée par le monochrome pour ses airs d’uniforme, j’ose maintenant le total look violet.

Quel est votre rapport à la couleur ?
Le maquillage apporte facilement de la couleur au quotidien. Je peux m’amuser à me maquiller avec du pourpre ou de l’amarante pour faire ressortir le vert de mes yeux noisette, ou me laisser tenter par du doré, du crayon bleu épais… En mode, ma fille m’a appris à manier les teintes : avec ses yeux d’enfant, elle ose des mélanges très marqués et son sens de la couleur s’avère prescripteur pour moi.

Que vous évoquent « les couleurs » ?
Parmi les créateurs, je pense à Demna Gvasalia, chez Balenciaga. Son approche minimaliste de la couleur m’a redonné envie d’en porter. En art, j’ai le souvenir d’avoir été fascinée, enfant, par un tableau bleu de Vassily Kandinsky, et je vois le noir de Pierre Soulages comme une couleur à part entière.

Mademoiselle Agnès joue dans «Christmas Flow», de Nadège Loiseau, le 17 novembre sur Netflix.

Léna Mahfouf, influenceuse et auteure : « C’est un bon mood, le jaune ! »

Pourquoi avoir choisi le jaune ?
J’associe chaque moment de ma vie à une couleur ou à une forme. Cela porte un nom : la synesthésie. Quand j’ai commencé à travailler sur mon livre Toujours plus (1), j’imaginais une couverture jaune, et cette couleur m’accompagne depuis sa sortie en 2020. Le jaune n’est la couleur préférée de personne alors que je l’associe, moi, à quelque chose de solaire et de joyeux. C’est un bon mood, le jaune !

Quel est votre rapport à la couleur ?
Au collège, j’étais celle qui ne voulait pas se faire remarquer. Je misais donc sur l’uniforme de l’époque : jean slim, doudoune grise Belair et Converses. Aujourd’hui, je reste souvent dans ma zone de confort en portant du noir ou du blanc, mais j’ose plus facilement la couleur, que j’associe à une forme d’effort, de courage. Je m’amuse à marier des teintes peu communes, comme le vert et le rose.

Que vous évoquent «les couleurs» ?
Je pense au chanteur et musicien Julien Granel, très inspirant, qui s’habille de toutes les couleurs. Nous avons récemment travaillé ensemble sur une musique du jeu vidéo Just Dance. En art, cela m’évoque Takashi Murakami et ses couleurs très simples, parfaitement dosées.

(1) «Toujours plus, + = +», de Léna Situations, Éditions Robert Laffont, 152 pages, 19,50 €.

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