Plus belle la vie, c’est fini : retour sur la série qui a marqué les Français

Clap de fin pour Plus belle la vie. Ce vendredi 18 novembre, France 3 diffuse les derniers épisodes du feuilleton suivi d’un prime spéciale riche en surprise et émotion pour « remercier le public » d’avoir suivi la série pendant près de 18 ans. Un programme devenu culte qui a marqué l’histoire de la télévision française par sa longévité, ses personnages et son engagement sociétal.

Ce vendredi 18 novembre marque la fin d’une longue histoire. Celle qui a commencé à 20h20 sur France 3, il y a 18 ans, devenue un rendez-vous. Celle de Plus belle la vie. Alors que les acteurs pensaient célébrer les 20 ans du feuilleton avant de faire leurs adieux, le Mistral ferme ses portes plus tôt que prévu sur demande de Newen, la société de production derrière la série. La rumeur courait déjà depuis quelques années, mais son officialisation a été un bouleversement pour les fans de la première heure, les téléspectateurs attirés par une nouvelle génération de personnages haut en couleur, mais aussi pour les comédiens. Certains étaient déjà là pour le premier épisode, d’autres n’avaient signé que pour quelques semaines de tournage, mais y ont passé de nombreuses années devenant des visages cultes du quartier marseillais.

Rien, ou presque, ne prédestinait Plus belle la vie à un tel succès. Les premières audiences du feuilleton ne sont pas bonnes. Le public peine à s’attacher aux personnages. Pourtant le mot d’ordre était « pas de star » au casting pour que les téléspectateurs puissent se reconnaître et s’attacher à leurs nouveaux voisins marseillais. « Le premier épisode n’est ni fait ni à faire », reconnaît Hubert Besson, producteur à l’origine de la série au Parisien. Face à la lenteur du programme, au manque de rythme et aux intrigues peu prenantes, les scénaristes sont invités à réécrire la dynamique du Mistral sous peine de fermeture par manque d’audience.

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Comment PBLV s’est imposée

Sans prendre de grands virages, la ligne éditoriale est modifiée. Désormais, il se passe toujours quelque chose dans le quartier marseillais où les personnages défilent quand d’autres deviennent l’essence du feuilleton à l’instar de Roland Marci, campé par Michel Cordes. Face à lui, des personnalités plus sombres viennent donner du relief à cette vie de quartier aux allures de réalité qui, peu à peu, lève des tabous et casse les codes en évoquant des sujets de société. Les premiers : le mariage homosexuel et l’adoption pour tous. C’est Thomas Marci qui s’y colle : « Dans l’une de ses premières séquences, il dit naïvement qu’il va adopter des enfants et se marier. Sauf qu’on est en 2005 et il est hors de question de parler de mariage et d’adoption pour les homosexuels. Il était précurseur », raconte à Gala.fr son interprète Laurent Kerusoré.

« Je ne pensais pas que ça allait durer aussi longtemps, au contraire. Le secret de l’acceptation de Thomas par le public, c’est que je n’ai jamais joué un homosexuel« , reconnaît l’acteur qui a incarné l’un des premiers personnages homosexuels du petit écran à une heure de grande écoute. Après lui, les sujets de société se sont enchaînés. Céline Frémont (campée par Rebecca Hampton) devient mère pour la première fois grâce à un parcours de GPA (gestation pour autrui), l’influenceuse transgenre Meryl Bie a fait son entrée dans le programme au cours de l’année 2022 pour reprendre le sujet évoqué des années plus tôt avec l’acteur Jonas Ben Ahmed venu aider Clara Bommel (jouée par Enola Righi) dans sa transition. Patrick Nebout (joué par Jérôme Bertin) est victime d’un viol. Là encore, un homme violé, une grande première sur le petit écran français. La scène choque le public, le CSA monte au créneau.

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« Au regard de la violence de ces scènes et des images suggérées d’un viol, il [le CSA] a considéré que l’épisode aurait dû être accompagné d’une signalétique de catégorie III (déconseillé aux moins de 12 ans, ndlr) », peut-on lire sur le site de l’autorité. « On a ouvert la porte à une liberté de ton, à être en corrélation avec l’actualité », rappelle la réalisatrice et productrice Claire De La Rochefoucauld à Gala.fr. Une ligne éditoriale maintenue jusqu’au bout avec le déni de grossesse de Barbara Evenot. Son interprète Léa François se réjouit d’avoir pu « défendre » ce sujet « qui est plus courant qu’on ne le croit » : « Rien qu’autour de moi, j’ai plusieurs femmes qui ont fait des dénis de grossesse (…). Je suis contente d’avoir eu la chance d’aborder ce thème avant la fin. Ça revient aux essences de ce que la série fait avec des sujets société et dont on ne parle pas forcément », nous confie-t-elle. Anne Décis complète : « La réalisatrice et productrice Michèle Podroznik a dit : ‘Si on veut savoir ce qu’était la France dans les années 2010-2020 il faut regarder Plus belle la vie‘. Je trouve ça très juste ».

Plus belle la vie et ses années d’or

Au fil des intrigues faites d’histoire d’amour, d’enquêtes policières et parfois même de surnaturel, PBLV trouve son public. Fidèle, il permet au feuilleton de battre des records d’audience. Là où il atteignait à peine les 6% de part d’audience sur les 8% demandée à ses débuts, il dépasse largement la barre des 10% en janvier 2005. Plus belle la vie devient une fourmilière où techniciens et acteurs se croisent toute la journée, les séquences s’enchaînent, les tournages sont quotidiens : « On a donné l’exemple en termes de production en sortant 260 épisodes par an. On a été le laboratoire », explique Claire De La Rochefoucauld. Si au départ les acteurs n’étaient pas connus du public, très vite, ils deviennent des personnalités populaires.

Certains fans les confondent même avec leur personnage et certains rôles collent très vite à la peau de leur interprète. Laurent Kerusoré est marqué par Thomas qui le suit jusque dans ses projets loin des studios de PBLV : « Combien de fois j’ai fait demi-tour parce qu’à un casting on m’appelait Thomas. Si la directrice de casting ne sait pas que je m’appelle Laurent, il y a un souci ». Et s’il peut être « stigmatisé », le comédien se réjouit d’avoir « aidé par [son] rôle ». À tel point qu’il a fait les unes du New York Times ou encore du Washington Post. Laurent Kerusoré n’est pas le seul comédien emblématique de PBLV à avoir attiré l’attention sur lui. Laëtitia Milot, alias Mélanie Rinato, a laissé derrière son tablier de serveuse du Mistral pour fouler le parquet de Danse avec les stars sur TF1.

La comédienne s’est imposée comme une personnalité populaire en jouant dans plusieurs fictions de la une : La vengeance aux yeux clairs, Olivia, Coup de foudre à… En plus de la télé, la jeune maman rencontre le succès dans les librairies avec ses ouvrages Liés pour la vie, Ma clé du bonheur, On se retrouvera et Sélia. Comme elle, Fabienne Carat quitte la série et son rôle de Samia Nassri en 2021. Le public la retrouve quelques mois plus tard dans DALS et Section de recherches. Ambroise Michel (Rudy Torres) est quant à lui resté sur France Télévisions après son départ du feuilleton. Le comédien a joué dans de nombreuses productions comme Cut!, Double je, Le Rêve français ou encore Nina. Dounia Coesens (alias Johanna Marci) a depuis été aperçue dans le téléfilm La doc et le véto avec Michel Cymes sur France 3, L’Art du crime sur France 2, mais aussi la série Joséphine, Ange gardien sur TF1.

De la gloire, à la déchéance

Malgré l’attachement du public aux nombreux personnages, aux intrigues sans cesse renouvelées ne laissant aucune place à la lenteur et à l’ennui, le succès s’éloigne peu à peu de PBLV. Les premières rumeurs de fin commencent à courir. Diffusé à 20h20, France 3 programme le feuilleton à 20h10 dès 2009 avant d’être reculée à 20h30 pour retrouver son horaire historique en août 2018 pour faire face à l’arrivée de la fiction Un si grand soleil sur France 2. À ce changement s’ajoutent de nombreux départs. En 2018, Laetitia Milot quitte le feuilleton contre son gré : « Depuis trois ans, je me rends disponible, quelques mois dans l’année, en prévision du retour de Mélanie dans Plus belle la vie, sur France 3. Malheureusement, les auteurs n’ont pas encore trouvé le bon scénario pour faire revenir mon personnage au Mistral, confiait-elle à Télé 7 Jours.

« Mes années dans Plus belle la vie me manquent, je ne vais pas dire le contraire. Ça n’a pas été une décision de ma part mais celle de la production qui n’a pas voulu suivre les aventures de Mélanie. J’ai de merveilleux souvenirs et j’aurais été très heureuse de pouvoir les continuer », ajoutait-elle dans les colonnes de Gala. Si elle n’a pas participé aux derniers tournages, Claire De La Rochefoucauld assure : « Ce n’était pas une volonté de notre part de ne pas la faire revenir. Lætitia Millot a fait beaucoup pour PBLV, on y a pensé un moment. On a réfléchi à des histoires possibles… On a écrit cette fin très vite puisqu’on n’a pas eu beaucoup de temps pour le faire, et on n’a pas trouvé la bonne histoire pour la faire revenir« .

Si la maman de Lyana a été la grande absente de ce final, Virgile Bayle a fait son retour. L’interprète de Guillaume Leserman annonçait en 2017 son départ sur Twitter : « Bonsoir, aujourd’hui, j’ai tourné ma dernière séquence pour Plus belle la vie. Emotion! 10 ans de ma vie ! Show must go on ! Merci à toutes et à tous ». Plus tard, c’est Sara Mortensen (alias Coralie Blain) qui part. Une pétition est lancée par les fans pour que la comédienne revienne malgré ses désaccords avec les scénaristes quand son personnage s’amourache de son beau-fils mineur. « La forme était violente, le fond justifié, insiste aujourd’hui Sara Mortensen. Même si c’est triste de quitter ainsi une aventure si forte : je n’ai pas eu droit à ma dernière séquence, ni pu dire au revoir aux équipes », confie-t-elle au Parisien.

Vient ensuite le tour de Fabienne Carat. L’interprète de Samy Naceri fait ses adieux à PBLV en 2021. « Je n’ai pas du tout arrêté Plus belle la vie pour Section de recherches. Pour Plus belle la vie, j’ai eu juste envie de mon plein gré d’arrêter parce que ça faisait quinze ans et que j’avais envie de vivre autre chose », explique-t-elle sur Sud Radio. « Samia n’était pas une étiquette, mais un tatouage », confie l’actrice qui a fait son retour sur la 3 pour les derniers épisodes du feuilleton. Mais les départs à la suite entraîne une baisse d’audience à laquelle plusieurs chaînes font face depuis quelques années : « Il faut croire qu’on a trop baissé… Il faut essayer de comprendre le diffuseur », souligne Claire De La Rochefoucauld.

Interrogée sur le renouvellement du casting, jugé trop rapide par certains fans, elle explique : « Ce n’était pas tellement de la stratégie. On a eu quatre générations de lycéens, ils ont grandi et il faut se renouveler parce qu’on ne peut pas garder tous les personnages de la série. Il y a également des comédiens qui ont eu envie de partir, d’autres qu’on a dû remplacer. Quand on est une quotidienne, on peut être pressé ». Une urgence de tournage qui a pu laisser place à quelques incohérences dans le scénario : « C’est inhérent à la quotidienne. N’oublions pas qu’on a dû traverser le Covid et ça n’a pas aidé ».

[#SudRadio] 🗣️ @FABIENNE_CARAT : "Je n'ai pas arrêté #PlusBelleLaVie ( @France3tv ) pour #SectiondeRecherches ( @TF1 ). Je suis partie de #PBLV de mon plein gré, mais Samia restera un personnage de la télévision française."

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La fin de PBLV, une annonce qui passe mal

C’est dans la presse que les équipes de PBLV apprennent la fin du feuilleton : « Il y a eu l’article dans Le Parisien. À l’époque, j’étais réalisatrice, je tournais. On ne savait pas si c’était vrai ou pas, et puis ça nous a été confirmé par la direction de France TV », se souvient Claire De La Rochefoucauld. De son côté, Léa François a été informée « par des copines » : « J’étais à Séville en week-end en famille et j’ai reçu une tonne de messages m’annonçant la fin. Je ne comprenais pas bien. C’était un peu désagréable de l’apprendre par des amis ou des gens que je ne connaissais pas ». Si elle reconnaît que « ça aurait pu être fait différemment », elle relativise : « On connaît les grosses machines. Il est parfois compliqué de tout contrôler« .

« C’est vrai que je l’ai lu dans la presse. Et en même temps, je m’y attendais », raconte de son côté l’actrice Rebecca Hampton à Télé 7 jours le lundi 8 août 2022. Regrettant un manque de communication, elle s’est dite peinée de ne pas avoir participé à l’annonce officielle de la fin qui lui a causé un véritable « coup de cafard » : « Il y a eu une grande réunion sur le plateau. Étant donné que je suis Marseillaise, je pensais que j’y serais conviée. Mais je n’y étais pas car ils n’ont pris que les gens qui étaient présents ». De son côté, Anne Décis dit ne pas « faire partie des gens qui ont été en colère », bien qu’elle trouve « ça dommage parce qu’il y a un tel vivier de savoir-faire« .

Avant d’ajouter : « Je pensais à la fin, oui. Pas tant que la série allait s’arrêter, mais que cette aventure s’arrêterait pour moi ». Si « ça fait des années qu’on prédit notre départ », Laurent Kerusoré et « les récurrents » n’y croyaient « pas vraiment » : « Ça a été un peu brusque parce que cette annonce, si elle était tombée deux ans plus tard, on n’aurait pas été surpris. 18 ans de feuilleton pour partir en cinq mois, c’est comme si on nous demandait de partir en 5 minutes, mais c’est la vie ». Pour autant, il ne garde aucune animosité envers France Télévisions : « Ce sont des décisions qui sont prises au sommet. On les a un peu subies les premiers jours, les premières heures ».

La vie d’après…

Désormais, les acteurs se tournent vers l’avenir et la suite de leur carrière. « Comme tout le monde », Laurent Kérusoré se retrouve « pour la première fois au chômage » : « Sans trop en dire, j’ai des propositions de théâtre, de musique… Je pense qu’il va y avoir des demandes, mais que d’abord les chaînes et les producteurs vont attendre avant de me confier un rôle ». « J’espère qu’on ne va pas me mettre au placard. Là, je serais un peu déçu d’avoir donné autant d’énergie à ce personnage et peut-être même à l’évolution d’une société, pardon d’être prétentieux, pour ça », poursuit l’acteur qui pour l’heure ne s’inquiète de la suite et rêve « de retrouver un rôle récurrent« .

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En attendant, « un livre est prévu et fin novembre, je sors un single et un clip qui a été créé par un décorateur de PBLV. Le titre, c’est Barbara ». Il promet à son public : « En tout cas, on ne me verra jamais dans les émissions ‘Que sont-ils devenus ?' » Optimiste, Léa François l’est aussi : « C’est un saut dans le vide. On ne sait pas ce qui va nous arriver. On fait ce métier pour cette adrénaline. Je suis ouverte à ce qui peut se passer. J’ai quelques projets à l’image, j’espère qu’ils vont pouvoir se concrétiser ».

« Les productions sont plutôt curieuses de nous rencontrer, assure Anne Décis. Elles demandent à nous voir. Si pour certaines ce n’est pas possible comme pour le cinéma, qui est un milieu fermé, d’autres sont curieuses. J’ai été contacté pour le théâtre et là, j’ai passé des essais et j’attends une réponse ». Quant à l’étiquette PBLV qui pourrait leur coller à la peau, ils ne la regrettent pas : « Plus belle la vie ne m’a jamais empêchée de faire des choses à côté. Il y a une époque où être comédienne dans cette série pouvait nous fermer des portes, mais ça nous a ouvert d’autres portes », insiste l’interprète de Luna Torres. « Je suis persuadée que Plus belle la vie va rester dans l’histoire de la télé, je pense qu’elle va devenir culte », se réjouit d’avance Claire De La Rochefoucauld.

Crédits photos : PATRICK BERNARD / BESTIMAGE

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