Pascal Rambert : "Je ne fais jamais d'audition, je rencontre les gens qui veulent travailler avec moi"

Interview. – Auteur, metteur en scène, chorégraphe, l’ancien directeur du théâtre de Gennevilliers se pose cet automne à Paris aux Bouffes du Nord, le temps d’un festival sur mesure. Zoom sur un Moment Rambert, autour de la passion des mots, du texte et des autres.

Ses pièces font le tour du monde. Toujours entre deux avions et deux productions (il revient du Japon et travaille par Zoom avec la Thaïlande), Pascal Rambert fait une halte à Paris. Le Théâtre des Bouffes du Nord, à Paris, lui consacre un «Moment Rambert» cet automne avec quatre de ses pièces : Sœurs (Marina & Audrey), Clôture de l’amour, 8 ensemble et Deux amis.

« Clôture de l’amour », avec Audrey Bonnet et Stanislas Nordey.

Madame Figaro. – Ce «Moment Rambert» est votre deuxième festival aux Bouffes du Nord. Déjà en 2015…
Pascal Rambert.
– En fait, j’ai créé Clôture de l’amour, avec Stanislas Nordey et Audrey Bonnet, il y a dix ans à Avignon. Moi qui déteste les anniversaires, disons que c’est une façon de continuer l’aventure.

Il y a vingt-trois versions ?
Vingt-cinq, je crois… Il y a beaucoup de traductions, de pièces chorégraphiques, de films… Je reçois une à deux propositions par semaine. Je donne mon accord, les choses se font, je ne les contrôle pas.

À quoi attribuez-vous ce succès ?
Je viens de travailler avec un producteur thaïlandais. Deux ans après avoir vu la pièce, il m’a appelé : «Je ne parle pas français, mais j’ai tout compris.» Or, la pièce dure deux heures dix. Cela vient des acteurs, de la rencontre entre une personne et des mots. C’est l’art du théâtre. Cela est arrivé tout de suite avec l’Italie, l’Espagne, le Mexique…

Vous dites que vous écrivez pour les acteurs…
Stanislas Nordey a une manière de projeter les sons, une manière articulée de dire la langue française, de faire du langage une respiration entière du corps. Stanislas et moi, on a une passion pour l’engagement, on est des amoureux du théâtre d’art, l’amour absolu des textes nous unit. J’ai écrit une autre pièce, Deux amis, pour lui et Charles Berling. Ajoutons qu’on a tous autour de la cinquantaine. Au-dessus de notre génération, il y avait Patrice Chéreau, Claude Régy, Jean-Pierre Vincent…

Vous avez autour de vous comme une troupe informelle constituée de Marina Hands, Emmanuelle Béart, Denis Podalydès, Laurent Poitrenaux…
Marie-Sophie Ferdane, Valeria Bruni-Tedeschi, Jacques Weber… Je suis fidèle. Je rencontre les gens qui veulent travailler avec moi, je parle avec eux, je ne fais jamais d’audition. Moi, je n’ai pas d’opinion. Je commence à m’animer dans le désir que j’ai des autres ou qu’ils ont de moi. Pour moi, la vie, c’est l’absolu désir. Je suis peut-être victime de l’idéologie de la fin des années 1960.

« 8 ensemble », huit jeunes acteurs réunis autour de la passion des mots.

Deux cents spectacles, dix productions par an… Comment faites-vous ?
Je ferai ça jusqu’à ce que je tombe à genoux de fatigue ! On a un projet avec mon ami l’auteur et metteur en scène Oriza Hirata pour 2052 ! On aura 90 ans. On va raconter nos vies parallèles, lui à Tokyo, moi à Paris.

À écouter : le podcast de la rédaction

C’est le «Moment Rambert» donc. Vous, quel instant de théâtre citeriez-vous ?
Pina Bausch… pour la question du corps. Elle a autorisé toute une génération, celle des 40-60 ans à faire du théâtre autrement.

Sœurs (Marina & Audrey), du 26 au 30 octobre, Clôture de l’amour, du 31 octobre au 7 novembre, 8 ensemble, les 5 et 6 novembre, et Deux amis, du 9 au 14 novembre, au Théâtre des Bouffes du Nord, à Paris. www.bouffesdunord.com

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