Maria de Medeiros est tout simplement renversante dans "L'Ordre moral"

Maria de Medeiros incarne une figure phare du féminisme au Portugal, héritière, actrice, intellectuelle qui paya cher le prix de sa liberté. L’actrice livre une interprétation au cordeau dans ce film d’époque à la somptueuse reconstitution.

C’est une personnalité méconnue en France, mais son histoire et son combat passionnèrent les gazettes et les foules dans le Portugal du début du XXe siècle. Le réalisateur portugais Mario Barroso rend enfin hommage à Maria Adelaide Coelho da Cunha. Héritière, propriétaire du journal Diário de Notícias, cette femme de la haute envoya valser luxe et confort à 48 ans, pour s’enfuir avec son chauffeur, de 22 ans plus jeune qu’elle.

Mais au-delà de cette passion qui défie les conventions, et le patriarcat, c’est surtout la lutte pour la liberté et l’indépendance de notre héroïne que filme Mario Barroso. Car mari (infidèle) et fils (qui déflore les bonnes) ne sont pas prêts à lâcher Maria Adelaide, qu’ils veulent faire passer pour folle et interneront de force. Mais contrairement à une Camille Claudel, placée à la même époque, la lettrée portugaise ne sombre pas. «C’est une femme qui a décidé de choisir sa vie, à une époque où c’était extrêmement difficile de le faire», relate le réalisateur. Mais elle l’a fait.

Maria de Medeiros, force et sobriété

Maria de Medeiros, l’actrice lusitano-française, incarne cette héroïne avec un mélange de force, de sobriété et de délicatesse renversants. Elle porte ce film fait pour elle avec grâce, étourdissante dans le jeu de mise en abyme lorsque Maria Adelaide se fait actrice, mettant en scène des pièces pour la grande société lisboète de l’époque. Car, dans ses notes d’intention, Mario Barroso le confesse d’emblée : «Ce projet est né d’un désir : filmer une actrice, ses expressions, son regard, son visage, ses mains, son corps, filmer l’actrice Maria de Medeiros». Celui qui est aussi directeur de la photographie renommé, (il a notamment travaillé pour Joao César Monteiro et Manoel de Oliveira), opère une reconstitution somptueuse, maître dans l’art d’éclairer les velours bourgeois, l’austère clinique, et surtout «l’étrange beauté» de Maria de Medeiros. Un regard poète à la Fernando Pessoa, qui nous redira «e assim nas calhas de roda, Gira, a entreter a razão, Esse comboio de corda, Que se chama coração» («Et ainsi, en ses engrenages, Tourne, jouet de la raison, Ce petit train mécanique, Qui de cœur a reçu le nom», traduction d’Armand Guibert).

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