Le choix d'une traductrice blanche pour les poèmes d'Amanda Gorman fait polémique aux Pays-Bas

Son poème The Hill We Climb a fait sensation lors de l’investiture de Joe Biden. Depuis, Amanda Gorman suscite l’intérêt des maisons d’éditions qui souhaitent traduire ses textes. Aux Pays-Bas, le choix d’une jeune traductrice blanche a déclenché une polémique.

Révélée au grand public américain et à l’étranger grâce à l’investiture de Joe Biden le 20 janvier, Amanda Gorman a bouleversé les spectateurs par la lecture de son poème The Hill We Climb (la colline que nous gravissons, en français). Depuis, le texte de la jeune Afro-américaine de 22 ans a fait le tour du monde et les maisons d’éditions étrangères se positionnent pour en acquérir les droits pour le traduire et le publier. Aux Pays-Bas, c’est Marieke Lucas Rijneveld, écrivain de 29 ans et lauréate 2020 de l’International Man Booker Prize, qui avait été choisie pour traduire le texte de la poétesse-star.

“Un choix incompréhensible”

Un choix critiqué dès son annonce par la militante et journaliste noire Janice Deul. Dans un édito du 25 février pour le quotidien Volkskrant, cette dernière défend l’idée que le message de Gorman serait «plus puissant» s’il était traduit par «une artiste de l’oralité, jeune, femme et […] noire». Marieke Lucas Rijneveld est «un choix incompréhensible» pour elle et pour beaucoup d’autres «qui ont exprimé leur douleur, leur frustration, leur colère et leur déception via les réseaux sociaux».

Selon Janice Deul, les textes et la vie d’Amanda Gorman «sont colorés par ses expériences et son identité de femme noire. N’est-ce pas – pourrait-on dire – une occasion manquée de choisir Marieke Lucas Rijneveld pour ce travail ?» Empruntant les mots de la poètesse Amanda Gorman, la journaliste conclut en appelant les professionnels de l’édition et de la presse «à élargir leurs horizons» et à être «la lumière, pas la colline».

En vidéo, “The Hill We Climb” par Amanda Gorman

Une auteure attachée à l’égalité des sexes

À la suite de la polémique créée par la publication de l’article sur les réseaux sociaux, les éditions Meulenhoff ont expliqué que «le fait qu’Amanda Gorman et son équipe aient immédiatement répondu positivement à notre proposition nous a confirmé que nous avions trouvé la traductrice idéale en Marieke Lucas Rijneveld.» Cette dernière «est attachée aux questions de l’égalité des sexes et de la résilience, et nous reconnaissons en elle la passion et la lutte pour une société inclusive», ont-ils ajouté.

Une traduction française par la chanteuse Lous and the Yakuza

Choquée par les critiques, Marieke Lucas Rijneveld a pourtant décidé de se retirer du projet. «Je me serais volontiers consacrée à la traduction du travail d’Amanda, en sachant que la plus grande tâche est de garder sa force, son ton et son style», a-t-elle déclaré. «Je souhaite toujours que ses idées atteignent autant de lecteurs que possible et ouvrent les cœurs», a-t-elle ajouté.

En France, la Maison Fayard a confié la traduction des textes d’Amanda Gorman à la chanteuse belgo-congolaise Lous and the Yakuza (nom de scène de Marie-Pierra Kakoma).

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