“J’ai pris des grosses claques” : Corinne Masiero victime de discrimination, elle se souvient…

Porte-voix des pauvres et féministe enragée, Corinne Masiero ne passe jamais pas quatre chemins pour diffuser les messages qui lui tiennent à cœur. Présidente du Festival du film de demain, début juin, l’actrice de 58 ans s’est livrée à Politis sur les blessures de son enfance qui ont façonné sa personnalité.

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  1. Corinne Masiero

Du haut de son mètre 80, Corinne Masiero n’a jamais eu la langue dans sa poche. Et l’industrie du cinéma le lui rend bien. Bluffante dans la série Capitaine Marleau, sur France 2, l’actrice de bientôt 60 ans était, début juin, la présidente du Festival du film de demain. À cette occasion, la comédienne a accordé une entrevue à Politis, dans laquelle elle s’est livrée sur les discriminations qu’elle a subies pendant son enfance à Douai (Pas-de-Calais). Questionnée sur le terme de “prolophobie” qu’elle utilise régulièrement dans ses interventions, Corinne Masiero s’est souvenue de deux fois où des “gosses de bourges” l’ont rabaissée.

“En cinquième, quand j’ai changé de collège, j’ai subi cette prolophobie en raison de ma manière de parler. Chez moi, dans le Nord, on parlait en patois. On m’a dit : ‘Ton accent, c’est sale. Ici, on parle correctement.’ Tu imagines la violence ? On n’est pas bien, d’où on vient ? J’avais 12 ans !” a-t-elle rapporté à Politis après avoir expliqué que l’essentiel résidait dans ce que l’on choisissait de faire “de son héritage culturel et financier”. Toujours la première à prendre la défense des classes sociales les moins aisées dans l’espoir de réveiller les consciences et faire bouger les choses, Corinne Masiero semble avoir puisé dans les injustices de son enfance pour se forger cette image de militante inarrêtable.

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L’interprète de Louise Wimmer au cinéma raconte ainsi comment ses rêves de petite fille ont été balayés par les préjugés de son entourage. “Quand j’étais gosse, je voulais faire de la danse. Je ne me rendais pas compte de tout ce que ça représentait comme symbole, mais bref : c’était mon rêve. J’avais des affiches dans ma chambre”, relate-t-elle d’abord. “Quand je le disais autour de moi, on me répondait qu’il fallait aller à l’Opéra de Paris. Moi qui habitais à côté de Douai, même Lille j’y avais jamais foutu les pieds ! Je devais avoir 7 ans et, déjà, je me suis dit que ma vie était foutue”, poursuit-elle, enragée d’avoir laissé ces commentaires brouiller sa vision de l’avenir.

“Dans notre société, être pauvre consiste toujours à être éloigné des normes”

Au final, la petite Corinne finit par prendre des cours, mais ses camarades sont loin de faire partie de la même frange de la population qu’elle. “Autour de moi, j’entends que les filles n’allaient pas dans la même école que moi. (…) Elles me toléraient. Un bonjour, c’est tout. Je me suis rendu compte très tôt que je n’aurais jamais leurs codes”, admet l’actrice qui avait fini nue sur la scène de la cérémonie des César en 2021 avec, marqué sur sa poitrine : “No culture, no future”. “Je ne m’habillais pas de la même façon, je n’avais pas les mêmes sujets de conversation, les mêmes références. Ça, je l’ai pris en pleine gueule”, continue-t-elle dans Politis.

Le summum de cette “prolophobie” dont Corinne Masiero parle tant a été atteint lors d’un énième cours de danse. Celui de trop pour sa professeure qui a l’a exclue à cause de sa tenue. “On nous demandait tels chaussons, tels collants, tel tutu… Je n’avais pas tout ça. Un simple justaucorps récupéré je ne sais où. Je lui ai dit que je n’avais pas de sous. Ces habits, je ne pouvais pas me les acheter. Elle m’a dit de dégager – d’ailleurs, en plus de mes fringues, c’était ma taille qui n’allait pas. J’étais trop grande. Pas dans la norme. C’est ça, la prolophobie”, insiste l’héroïne des Invisibles, un film touchant tiré d’une histoire vraie dans lequel elle incarne une travailleuse sociale dans un centre d’accueil pour femmes SDF sur le point de fermer.

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“Dans notre société, être pauvre consiste toujours à être éloigné des normes”, pointe celle qui s’est courageusement confiée sur les trois avortements auxquels elle a eu recours. Aujourd’hui, Corinne Masiero fait partie des actrices françaises engagées les plus respectées du milieu. Le meilleur pied de nez possible à tous ceux qui, dans son enfance et son adolescence, l’ont réduite à son accent et aux finances de ses parents.

Crédits photos : COADIC GUIREC / BESTIMAGE

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