INTERVIEW – Isabelle Balkany se confie sur son ami Éric Zemmour : « C’est quelqu’un de très angoissé »

Pour elle, il n’a jamais été un polémiste mais plutôt un « petit frère« . Amie d’Éric Zemmour depuis plus de 40 ans, Isabelle Balkany a été la témoin privilégiée de son entrée fracassante en politique. À moins de trois mois de la présidentielle, l’épouse de Patrick Balkany revient pour Gala.fr sur cette amitié hors du commun. Et sur cette candidature qu’elle ne voyait pas forcément d’un bon œil…

Ira ? Ira pas ? À la rentrée 2021, lorsque toute la France s’interroge sur la candidature d’Éric Zemmour à l’Élysée, sa conseillère et compagne Sarah Knafo n’est pas la seule femme à murmurer à son oreille. Entre deux déplacements pour la tournée promotionnelle de son livre, La France n’a pas dit son dernier mot, « Z » peut en effet compter sur les conseils avisés d’une figure familière de la droite : Isabelle Balkany. Amie de 40 ans et « grande sœur« , l’ex-première adjointe à la mairie de Levallois-Perret a longtemps évoqué avec lui cette tentation de la présidentielle en privé. Mais l’a-t-elle encouragé ? Pas totalement, comme d’autres membres de sa garde rapprochée. C’est ce qu’elle nous explique aujourd’hui, sans oublier de livrer quelques confidences sur les origines de son lien hors du commun avec le sulfureux candidat de « Reconquête ».

Gala.fr : Pouvez-vous nous raconter votre rencontre avec Éric Zemmour ?

Isabelle Balkany : J’ai connu Eric en tant que journaliste stagiaire. C’était au Quotidien de Paris avec Philippe Tesson, l’un des hommes de ma vie qui m’a formée intellectuellement. J’ai l’ai connu à ce moment-là et on a tout de suite eu un coup de foudre intellectuel.

Qu’est-ce qui vous a immédiatement plu chez lui ?

J’aime l’homme et je l’aimerai toujours parce qu’il est complexe. Je ne vais pas tomber dans les choses bateau, mais il est d’une intelligence supérieure et d’une culture générale hallucinatoire. Un fou d’histoire, même s’il est un peu monomaniaque. Si vous voulez savoir à quelle heure Napoléon a fait pipi à Waterloo, vous lui demandez ! Et je me suis toujours fichue de lui pour ça (rires).

Vous êtes toujours restés en contact ?

Pendant 40 ans, lorsqu’il était journaliste et moi à la mairie de Levallois, nous avions une tradition : déjeuner une fois tous les deux mois ensemble. C’est quelque chose que nous avons gardé jusqu’à ce que je parte de la mairie par la force des choses. On se voyait en dehors de Mylène (Chichportich, l’épouse d’Éric Zemmour) et de mon mari Patrick. Il connaît Patrick, je connais très bien Mylène. Mais on déjeunait tous les deux et nous refaisions le monde. Il me traitait de gaucho et je le traitais de réac !

« Au départ, je lui ai dit : ‘Mais qu’est-ce que tu vas te mettre là-dedans ?' »

Il vous taquine toujours là-dessus ?

Oui, bien sûr ! J’ai des liens très forts avec lui. On communique beaucoup ensemble et maintenant qu’il sait se servir d’un téléphone, c’est plus facile, car il est très occupé. Donc on s’envoie des SMS plusieurs fois par jour. C’est quelqu’un avec qui je ne suis pas d’accord sur beaucoup de choses qu’il a dites, ça c’est clair ! Mais je connais le mécanisme intellectuel de l’homme et pourquoi il en est arrivé à dire ces choses. C’est un homme à la fois volontaire, droit dans ses bottes, sûr de ses convictions, mais c’est aussi quelqu’un de très angoissé, inquiet de l’avenir, et qui veut toujours bien faire.

Il paraît que vous l’avez plutôt découragé de se lancer dans la course à l’Élysée.

Il m’en a parlé avant de se lancer. Et au départ, je lui ai dit : « Mais qu’est-ce que tu vas te mettre là-dedans ? »

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Pour vous, il n’était pas capable d’encaisser la dureté du monde politique ?

Non mais je le connais et comme je vous dis, il a une sorte d’angoisse métaphysique permanente, qui fait que j’avais peur pour lui. Vous savez, il m’appelle toujours sa grande sœur, et pour moi c’est mon petit frère.

Finalement, il ne vous a pas écoutée.

C’est vrai qu’au départ, j’ai aussi eu la réaction de la mère juive. Je suis juive berbère comme lui. Donc j’ai été inquiète et je le suis toujours quand je vois le déferlement de haine à son encontre.

Qu’est-ce qui vous fait vraiment peur ?

C’est cette violence qui n’est plus seulement verbale. Une violence haineuse que je n’ai jamais vue en politique. Puis une violence physique.

Que vous répond-il lorsque vous lui dîtes que vous avez peur ?

Il me dit : « Ne t’inquiète pas, je suis bien protégé. » Mais bon, ce n’est pas normal de voir ça dans ce pays. Moi, ce n’est pas la France que mon père m’a vendue, entre guillemets, lorsqu’il m’expliquait pourquoi il était venu. Ce n’est pas la France humaniste et la liberté d’expression pour tout le monde, y compris pour les journalistes d’ailleurs. La liberté de penser et de dire même des conneries !

« Je suis sa communicante du cœur« 

Dans le livre « Le radicalisé » (ed. Seuil) d’Étienne Girard, on lit que vous lui avez promis d’être sa plume durant la campagne.

Non, je ne lui ai pas promis. D’abord, il n’a pas besoin de moi, car il a une équipe autour de lui. Je lui dis un certain nombre de choses et nous parlons d’un certain nombre de choses tous les jours.

Quel type de conseils vous lui donnez ?

Moi, je ne peux qu’être sa communicante du coeur.

Quel est son meilleur atout à vos yeux ?

L’intelligence ! Et j’ajouterais l’humour. Contrairement à ce que certains croient, il en a infiniment ! Un humour très fin. Ça se voyait quand même tous les soirs dans son émission avec Christine Kelly. J’ai eu l’occasion d’aller le voir à CNews quand Patrick est sorti de prison et il m’a présentée à Christine Kelly en disant : « Voilà Isabelle, je t’en ai déjà parlé, c’est la seule gauchiste que j’aime ! » L’homme n’a pas changé. Ça fait 40 ans qu’il me traite de gaucho.

Vous soutenez un candidat qui n’est donc pas chez Les Républicains.

Je le soutiens entre guillemets, ce n’est pas officiel. Tout le monde s’en fout de mon soutien ! C’est un soutien du cœur. Et puis Les Républicains, je n’y suis plus depuis plusieurs années.

Vous pensez quand même qu’Éric Zemmour incarne aujourd’hui le RPR et la droite que vous avez connue ? C’est ce qu’il revendique.

Oui, davantage que d’autres ! Si vous voulez, le RPR a disparu quand l’UMP a été créé. C’est-à-dire quand le RPR a fait alliance avec les centristes. À l’époque, je trouvais déjà que c’était une erreur. Et d’ailleurs, ça correspond à peu près au moment où l’on a décidé avec Patrick de ne plus être une permanence RPR/UMP à Levallois mais de devenir le Rassemblement pour Levallois. Donc on était sans doute parmi les premiers à sentir que c’était une mauvaise initiative.

On n’a pas évoqué Sarah Knafo. Que pensez-vous d’elle ?

Je ne la connais pas. Il m’en a parlé, mais je ne la connais pas du tout.

Un pronostic sur son score à la présidentielle ?

Alors là ! Malgré tous mes liens avec Madame Soleil, qui est inhumée à Levallois et que j’ai contribué à lancer sur Europe 1, je ne peux pas vous donner le résultat d’une élection (rires).

Crédits photos : Christophe Clovis / Bestimage

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