INTERVIEW – Dominique Lagrou-Sempere et la mort de son mari : « Mes enfants ont été des bouées »

Il y a un an, Dominique Lagrou-Sempere publiait Après l’orage (Ed. Flammarion), à la façon d’un journal intime, dans lequel elle se confiait sur la mort de son mari Claude et racontait comment elle s’était relevée après ce drame. Depuis, la journaliste a quitté TF1 et a lancé sa chaîne YouTube. L’occasion pour Gala.fr de prendre de ses nouvelles…

Après l’orage, voici venu le soleil. Depuis qu’elle a officialisé son départ de TF1, Dominique Lagrou-Sempere s’est fait plutôt discrète. Si elle n’apparaît désormais plus sur la première chaîne, la journaliste et grand reporter a multiplié les projets dans l’ombre. Riche de l’enseignement de son premier ouvrage, Après l’orage, un écrit à la fois intime et percutant dans lequel elle se confiait sur la mort de son mari, l’ancienne complice de Jean-Pierre Pernaut s’est attelée à l’écriture d’un deuxième manuscrit. En parallèle, cette amoureuse des mots, qui a suivi un cursus littéraire, a décidé de lancer sa chaîne YouTube, dans l’espoir de maintenir le lien, si important à ses yeux, avec le public. À travers des pastilles portant sur ses « coups de coeur » ou ses « rencontres », Dominique Lagrou-Sempere s’adresse non seulement à celles et ceux qui la suivaient sur TF1, mais également à tous les autres amoureux de littérature et de culture en général. Rencontre avec une femme aussi sensible qu’authentique.

Gala.fr : Vous ne travaillez plus pour TF1 depuis un an. Pourquoi ce départ après vingt ans de maison ?

Dominique Lagrou-Sempere : Il y a un réalisateur que j’aime particulièrement, c’est Claude Sautet. Il a fait de nombreux films dont un qui m’est très précieux, qui s’appelle ‘Les choses de la vie’. Et je vais vous répondre par cette phrase, ce sont les choses de la vie.

Gala.fr : Vous avez créé votre chaîne YouTube en septembre dernier. Comment est née cette envie ?

Dominique Lagrou-Sempere : Vous l’avez très justement dit, c’est une envie. Dans ce monde des médias, il faut généralement avoir des plans de carrière ou des stratégies. Ces mots-là, je les trouve terrible. Je suis une fervente admiratrice de l’humain dans son authenticité. Cette vie-là, je la veux la plus proche de ce que je ressens. Ça passe par la liberté, la liberté de créer ce qu’on aime et de faire ce qui nous correspond.

« Je n’aspire qu’à retourner à la télévision »

Gala.fr : Vous avez lancé une série de pastilles, allant de vos « coups de cœur » à vos « rencontres ». Pouvez-vous nous en dire plus sur cette démarche ?

Dominique Lagrou-Sempere : J’en ai beaucoup parlé avec Jean-Pierre Pernaut, qui me disait de foncer et que j’étais faite pour écouter les autres. Être ce vecteur, ce passeur de mots. C’est tout ce que j’ai fait pendant vingt ans en écoutant les témoignages des femmes et des hommes de cette terre. C’est aussi ce qu’on a créé avec Jean-Pierre, cette proximité avec les gens, sans jamais tricher. J’ai pu montrer ce que j’aime à ceux qui me suivent : recueillir la parole d’hommes et de femmes loin du buzz médiatique ou des débats houleux qu’on peut entendre. En cette période difficile, c’est important d’avoir ce moment d’authenticité, cette parenthèse où on peut se poser, écouter l’autre, ressentir, mais aussi rire et pleurer. C’est ce qu’on a mis en place avec mon ami, Pascal Lucas, qui est le réalisateur de ces formidables rencontres.

Gala.fr : Il y a aussi cette volonté de maintenir le lien avec le public…

Dominique Lagrou-Sempere : La télévision me manque. Je reçois des lettres de téléspectateurs qui me disent : ‘mais où êtes-vous ? Que faites-vous ? Revenez-nous’. Je n’aspire qu’à ça, encore faut-il que je trouve cette parenthèse qui me permette de donner la parole à ces gens-là. Pour le moment, je ne la trouve pas. Donc la meilleure manière de faire, c’est de la créer soi-même. Je savais ce que j’avais au fond des tripes, forte de mon expérience de grand reporter et de ce lien que j’ai eu avec Jean-Pierre. C’est ainsi que c’est né. Écouter les gens, retranscrire ce qu’ils sont, que ce soit à travers les livres que je présente ou des interviews que je mène, c’est ma manière de dire qui je suis et ce que je veux faire. J’espère de tout mon cœur que cette chaîne YouTube touchera le plus grand nombre et qu’elle prendra davantage d’ampleur.

https://youtube.com/watch?v=xk35uYWiIKA%3Frel%3D0%26showinfo%3D1%26start%3D1

Gala.fr : Quel(s) message(s) souhaitez-vous transmettre à travers ces « Rencontres », dont le premier numéro avec Claude Lelouch a été diffusé ?

Dominique Lagrou-Sempere : Quand on vit un drame comme celui que j’ai vécu, doublé d’une autre disparition, celle de mon complice professionnel qui est Jean-Pierre, ça ne laisse pas indemne. Ça vous oblige à aller chercher au fond de vous cette force qui vous permet de vous dire : ‘la vie est belle et dégueulasse. Là, elle a été particulièrement dégueulasse, mais elle est belle.’ Moi j’y crois à fond à cette beauté de la vie. La seule chose sur laquelle nous avons prise, c’est l’instant. Cet instant, je le dédie à mes envies, à mes passions, à mon authenticité qui est de rencontrer des gens. Souvent, on parle de quelqu’un sans le connaître. Mais derrière la carapace, il y a toujours une humanité. En chacun de nous, il y a une sensibilité, une empathie. En toute humilité, j’ai ce talent et cette envie d’aller à la rencontre des gens et faire sortir le meilleur d’eux-mêmes. En ce qui concerne Claude Lelouch, il a été bouleversant d’humanité, parce qu’il s’est livré comme jamais.

Gala.fr : Il paraît que vous auriez aimé pouvoir interviewer Jean-Pierre Pernaut dans ce cadre. Que vous a-t-il enseigné tout au long de votre collaboration ?

Dominique Lagrou-Sempere : Je lui avais proposé de faire ces pastilles à l’antenne, avec des personnalités, mais aussi des gens de l’ombre. Il aurait adoré, mais ça ne s’est pas fait. Jean-Pierre a été celui qui m’a permis de me révéler. Il m’a toujours dit : ‘Reste qui tu es, ne triche pas, ne prends pas une posture. Écoute les critiques, mais si elles vont à l’encontre de ce que tu es, continue à l’être.’ Il n’a jamais joué un jeu. Quand on faisait nos opérations et qu’on allait prendre le train, il était d’une patience avec les gens. À la fin de sa carrière, il était fatigué, mais il prenait toujours ce temps-là. On s’est reconnus tous les deux, on était du même ADN. II est arrivé sur mon chemin comme une évidence.

Gala.fr : Est-ce que vous auriez aimé lui succéder à la tête du journal de 13 heures de TF1 ?

Dominique Lagrou-Sempere : J’aurais adoré le remplacer, mais ça ne s’est pas fait. Faire des plateaux, ça ne vous coupe pas du terrain, parce que vous ne parlez pas à la caméra mais aux gens derrière la caméra. Quand je parlais à la caméra, j’étais riche de tous ceux que j’avais rencontrés. Je parlais à ces gens dans les villages, à ceux que j’aime, à ma famille, à mes amis, à mes parents, à mes enfants, à mon amoureux… C’est ça la jouissance de ce travail.

« Nathalie Marquay a été très présente pendant la maladie de mon mari »

Gala.fr : Vous êtes aussi proche de sa femme Nathalie Marquay. Est-ce que vos liens se sont renforcés depuis sa disparition ?

Dominique Lagrou-Sempere : Il faudrait lui demander ce qu’elle en pense (rires). Quand j’ai rencontré Jean-Pierre, je sais que Nathalie lui a dit qu’elle m’appréciait beaucoup à l’antenne. Après, j’ai appris à la connaître plus intimement. Elle a été très présente pendant la maladie de mon mari (Claude Sempere, ndlr), sachant elle-même ce que voulait dire la maladie, parce que ça l’a touchée en son corps, puis avec les problèmes de santé de Jean-Pierre. Comme lui, elle est d’une très grande authenticité. On aime échanger ensemble. J’ai également beaucoup d’affection pour ses enfants.

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« Mes enfants sont les soleils de ma vie »

Gala.fr : En 2021, est sorti votre premier livre, Après l’orage (Ed. Flammarion), dans lequel vous racontez votre reconstruction après la perte de votre mari. L’écriture a-t-elle été une thérapie pour vous ?

Dominique Lagrou-Sempere : Ce livre n’est absolument pas thérapeutique. Claude est tombé malade en 2017 et à partir de ce moment-là, ma vie a pris une autre dimension. Sans le savoir, vous commencez déjà à mettre en place un mécanisme de survie et de thérapie. Ce livre n’a été que le point final de tout ça. Mes enfants, qui sont les soleils de ma vie, ne sauront jamais combien ils m’ont permis d’affronter cette difficulté.

Gala.fr : Ce sont d’ailleurs vos deux enfants, Mathilda et Esteban, qui vous ont poussée à publier ce livre. Comment vos rapports avec eux ont-ils évolué suite à cette épreuve ?

Dominique Lagrou-Sempere : On a été tous les trois des bouées les uns pour les autres. Au départ, ce sont des lettres que je voulais leur transmettre. Je voulais qu’à tout moment, ils puissent lire pour se dire : ‘c’est là, ça a existé et on n’oubliera pas.’ Il n’y a rien de pire que le temps, la mémoire se distille. Quand ils ont lu ces lettres, ils m’ont dit : ‘Merci mais ce que tu as écris-là, ton amour de la vie, il faut que tu le transmettes.’ Quand vous entendez vos adolescents qui ont vécu une telle horreur vous dire ça, la moindre des choses, c’est de le faire. Mes enfants ont eu cette force-là, je la livre maintenant pour d’autres, parce qu’on vit tous des drames qui peuvent nous mettre par terre.

« Avec mon nouvel amoureux, il n’ya pas de tabou »

Gala.fr : Aujourd’hui, vous êtes à nouveau amoureuse. Est-ce qu’il vous arrive de parler du père de vos enfants avec votre compagnon ?

Dominique Lagrou-Sempere : Bien sûr, il y a des photos de Claude partout. L’important, c’est que la présence de celui qui n’est plus là ne doit pas être ce fantôme qui rode et qui gêne. C’est ça qu’il faut éviter. Avec mes enfants et mon nouvel amoureux, il n’y a pas de tabou. On ne va pas s’empêcher de parler de celui qui n’est plus en se disant que c’est triste. Mes enfants n’ont plus de père et n’en auront plus jusqu’à leur mort. C’est une douleur qui sera permanente, mais que fait-on de cette douleur ? Est-ce qu’on la met au fond d’une poche, avec un mouchoir dessus et on n’en parle plus ? J’estime que c’est suicidaire et destructeur, parce qu’à un moment, ça remonte. Je parle de Claude avec mes enfants, mais aussi avec mon nouvel amoureux. C’est très sain. Comment voulez-vous être jaloux d’un mort ? Il est suffisamment intelligent et sensible pour comprendre.

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Gala.fr : En avril dernier, dans nos pages, vous affirmiez que « les coups durs donnent des ailes. » Qu’est-ce qui a changé chez vous suite à cette épreuve ?

Dominique Lagrou-Sempere : Je ne suis plus tout à fait la même, ni tout à fait une autre. Une mort brutale comme celle que l’on a vécue permet de prendre beaucoup de recul sur les petits tracas de la vie. Quand l’orage est passé, la mort peut-être aussi vue comme un cadeau de la vie. Évidemment que je voudrais que Claude puisse être encore là auprès de nous, mais puisqu’il n’est plus, j’aime à penser qu’il m’a transmis un cadeau de force. Si la mort doit avoir un sens, Claude m’a donné ce sens : ‘fais-toi confiance, avance comme tu le sens, aime et fais que nos enfants ressortent de ce drame encore plus vivants.’

Gala.fr : Avez-vous prévu d’en écrire un deuxième à l’avenir ?

Dominique Lagrou-Sempere : Je viens de terminer un deuxième livre qui va sortir en mars prochain chez Flammarion. Je ne vous donnerai pas le titre, mais je peux déjà vous dire que c’est un roman. Les romans sont à la fois inspirés des gens que vous avez rencontrés, des situations que vous avez vécues, mais vous avez cette possibilité de le retravailler. Un roman, c’est un endroit où vous vous livrez comme jamais. Un écrit, c’est beaucoup plus pudique. Dans mon livre ‘Après l’orage’, j’ai décrit le processus de maladie, de mort et de renaissance, mais sans jamais trahir son intimité. Tout comme j’ai préservé l’intimité de mes enfants, en sachant ce que je disais et ce que je garderais pour moi. Ce qui est jouissif dans l’écriture du roman, c’est que personne ne saura le vrai du faux. Ce livre raconte une histoire de renaissance, celle d’une femme qui, pour comprendre et aimer la vie, doit apprendre à s’aimer elle-même.

Crédits photos : CEDRIC PERRIN / BESTIMAGE

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