Fleur Pellerin : "Dans 'Game of Thrones', certains coups tordus m'ont rappelé la vie politique"

L’ancienne ministre de la Culture et de la Communication présidait cette année sa quatrième édition du Festival Canneséries. L’occasion d’évoquer son coup de cœur pour Euphoria, sa rencontre avec l’interprète de Jaime Lannister, et la représentation des femmes sur le petit écran. Entretien.

L’espace d’un instant, Fleur Pellerin a «retrouvé son âme d’enfant». La présidente du Festival Canneséries a rencontré en personne Nikolaj Coster-Waldau, l’interprète de Jaime Lannister dans Game of Thrones. Ce moment privilégié avec le président du jury 2021 revêt, aux yeux de l’ancienne ministre de la Culture et de la Communication – entre 2014 et 2016 -, une symbolique particulière. Il faut dire que le show, signé HBO, est l’un de ses favoris. Il lui rappelle, confie-t-elle, ses années en politique, entre «coups tordus» et «motivations» obscures.

Voilà déjà quatre ans que l’ex-Secrétaire d’État dirige le Festival Canneséries. La présidente de l’événement international, qui s’est tenu du 8 au 13 octobre, a pris ses fonctions en 2017, en plein éveil du mouvement Me Too. Elle entend désormais assurer une meilleure représentation des femmes sur le petit écran. Bon nombre d’entre elles l’ont impressionnée. Fleur Pellerin évoque avec admiration Zendaya, antihéroïne complexe d’Euphoria. Et ne tarit pas d’éloges sur Phoebe Waller-Bridge, créatrice de Fleabag et scénariste de Mourir peut attendre, qu’elle a rencontrée durant une précédente édition de Canneséries : l’un des «petits bonheurs» que procure la vie de présidente de festival, glisse-t-elle dans un sourire. Avant d’évoquer les ambitions «immenses» de l’événement.

Ces femmes qui façonnent le petit écran

Madame Figaro. – Qu’avez-vous ressenti lors de la cérémonie d’ouverture du festival Canneséries ?
Fleur Pellerin. –
Pour cette quatrième édition, j’ai ressenti une immense joie à l’idée de revenir sur la scène du Palais des festivals. Nous avons eu de la chance, en octobre 2020, parce que nous avons pu organiser la saison 3 de l’événement entre deux confinements. Mais nous avions mis en place des jauges réduites. Cette année, c’était beaucoup plus agréable de voir une salle très fournie, sans espace entre les gens et avec un public heureux de célébrer les séries.

Cette année, le Variety Icon Award a été décerné à Connie Britton, le Madame Figaro Rising Star Award remis à Phoebe Dynevor, et le prix Konbini de l’engagement attribué à Laurie Nunn. En quoi était-ce important pour vous de remettre ces trophées à des femmes ?
Cela m’a fait particulièrement plaisir que ces prix mixtes et non-genrés soient remis à des femmes. Ils couronnent une carrière naissante ou, au contraire, une carrière longue et brillante. Ils récompensent aussi un engagement en matière de genre et de diversité. C’est vraiment le signe que les femmes, après avoir été très sous-représentées dans l’univers de l’audiovisuel, commencent à prendre leur place. Je suis très contente que cela soit un sujet important à Canneséries, et que nous le mettions en avant de cette façon.

Comment, à l’avenir, valoriser encore davantage ces femmes qui façonnent le petit écran ?
Nous sommes très engagés, à Canneséries, dans les questions de représentation des femmes devant et derrière la caméra. Chaque année, nous recevons environ 200 propositions de séries. Or, sur ces 200 projets, seuls 25 % sont réalisés ou co-créés par des femmes. Le comité de sélection s’assure donc de choisir 60 % de séries dirigées, ou co-dirigées par des femmes. Cela n’est pas forcément de la discrimination positive, mais pour nous, il est très important que cette sélection mette en avant les femmes. D’année en année, nous faisons passer le test de Bechdel (un indicateur du sexisme dans les films, NDLR) à nos séries, et vérifions que les femmes sont aussi bien représentées devant la caméra. Beaucoup de festivals ne sont pas encore parvenus à un tel niveau d’engagement.

Un symbole fort

Vous êtes devenue présidente du Festival Canneséries en 2017, en plein avènement du mouvement Me Too. Pensez-vous que c’était un symbole fort de nommer une femme à la tête d’un festival qui rayonne autant à l’international ?
Le fait que je sois une femme était certes une forme de symbole. Cependant, j’aimerais me dire qu’à l’avenir, on n’en fera plus quelque chose d’exceptionnel. Il faudrait que cela devienne tellement naturel qu’on ne le remarque même plus. Cette décision de me nommer présidente s’inscrivait peut-être dans le cadre du mouvement Me Too, mais elle était aussi due au travail que j’ai accompli au côté de David Lisnard, le maire de Cannes, autour de ce projet.

Quel est votre meilleur souvenir du Festival Canneséries ?
Je garde un très bon souvenir de ma rencontre avec Phoebe Waller-Bridge, que je ne connaissais pas très bien à l’époque. Quand j’ai été immortalisée avec elle, je ne savais pas à quel point c’était un génie. Rétrospectivement, c’est un souvenir qui compte énormément pour moi.

« Mister 8 » et « Game of Thrones »

Cette année, parmi la sélection cannoise, y a-t-il une série qui vous a tout particulièrement marquée ?
Il y a un programme finlandais que je trouve très original. Il s’appelle Mister 8 (qui a remporté le prix de la meilleure série, NDLR), et a été tourné en noir et blanc. Il porte sur une histoire un peu déjantée : celle de Maria, une cheffe d’entreprise qui a sept conjoints, un pour chaque jour de la semaine, mais tombe amoureuse d’un huitième homme. Sa réalisation est vraiment originale.

Votre série préférée de tous les temps ?
Ce n’est pas seulement parce que le président du jury est Nikolaj Coster-Waldau, l’interprète de Jaime Lannister, mais je suis une très grande fan de Game of Thrones. Cette série porte une réflexion qui va bien au-delà de la surface de l’intrigue. Comme j’ai fait de la politique, j’y ai retrouvé plein de motivations, de coups tordus, d’éléments qui me rappelaient un univers familier. C’est une série extrêmement bien faite, magnifique sur le plan esthétique, et très bien jouée.

Comment s’est passé votre rencontre avec Nikolaj Coster-Waldau ?
Parfois, on retrouve un peu son âme d’enfant. Rencontrer l’un des personnages principaux de cette série qui est absolument magique et a eu autant de succès, me rendre compte qu’il est très accessible et très drôle, a été un vrai bonheur.

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D' »immenses ambitions »

Y a-t-il un show que vous avez récemment passé des heures à regarder ?
Quand je voyageais énormément en avion, je profitais de ces vols long-courrier pour consommer des séries en très grande quantité. J’ai eu un énorme coup de cœur pour Euphoria, dont la bande-son est incroyable et le casting complètement fou. Zendaya y est ultra-charismatique.

Nous parlions de l’importance de la représentation des femmes sur le petit écran. Quelles sont vos autres ambitions pour le Festival Canneséries ?
Nous ne sommes qu’au début d’une histoire. Nous sentons bien que nous allons devoir travailler pas mal pour attirer de plus en plus de talents étrangers. C’est très important que nous soyons le festival international de référence pour les séries, qui soit considéré à la fois comme exigeant sur le plan artistique et accessible pour le grand public. J’aimerais que nous soyons un endroit où nous continuons à dénicher les talents. Je suis très contente que nous ayons découvert Killing Eve, notamment, qui est devenu un immense succès par la suite. C’est important de ne pas oublier les shows qui ont été distingués. Il faut qu’ils aillent à la rencontre du public et qu’ils connaissent le succès, si possible à l’international.

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